| |||
| 30/09/2008 | |||
| Guide : en Algérie, des voyageurs forcément futés | |||
| (MFI) La 4e édition du Petit Futé s’attelle à décrire tous « les plus » de l’Algérie, un pays aux ressources attrayantes – mais qui n’est toujours pas une destination sûre. Dernier en date, l’attentat à la voiture piégée, dimanche 28 septembre 2008, à Alger, témoigne d’une actualité cruelle pour ceux qui rêvent de voir le pays s’ouvrir aux touristes. | |||
| « La paix est revenue – et l’euphorie économique avec », affirment les auteurs du Petit Futé Algérie 2009-2010. Et d’ajouter tout de suite que les plus pessimistes – ou les plus prudents – s’interrogent quand même sur l’avenir du pays « si souvent secoué par des séismes, telluriques ou non », qui les ramènent à leurs « pires cauchemars ». Cette mise en garde est importante car ni au Sahara ni dans les villes du Nord ni sur les plages du littoral méditerranéen – fussent-elles « les plus belles de la Méditerranée » –, cette destination ne remplit les conditions de sécurité suffisantes pour y envoyer des touristes en toute quiétude. Seul les voyageurs avertis qui « doivent » se rendre en Algérie pourront donc utiliser avec profit le « pense futé » qui prodigue conseils pratiques et adresses utiles à la bonne organisation d’un séjour (consulats, bibliothèques, sites Internet de voyagistes). Les autres se contenteront de feuilleter – en attendant des jours meilleurs – les descriptions alléchantes des principales régions à visiter… et découvriront ainsi l’histoire du patrimoine d’une « Algérie multicolore » qui regorge de trésors – que ce guide a le mérite de décrire avec talent et éloquence. On peut rêver d’aller à Ghardaïa Alger-la-Blanche – El-Djezaïr –, « féérie inespérée et qui ravit l’esprit » (Guy de Maupassant), y occupe une place de choix (60 pages) suivie de la description de ses environs, de Blida à la plaine de la Mitidja, en passant par Tipaza. Une partie est également consacrée aux villes du Nord-Ouest (Oran, Tlemcen), une autre à celles de Kabylie (Tizi-Ouzou, Bejaïa) et du Nord-Est (Constantine et le massif des Aurès, Annaba et la côte). Quant au Sud, base du tourisme algérien depuis des lustres, il est longuement décrit (Ouest saharien, route du Sud, M’Zab, Grand Erg oriental, Tamanrasset et le Hoggar, le Tassili n’Ajjer). On peut rêver d’aller à Ghardaïa, l’emblème de l’architecture algérienne. A six-cents kilomètres au sud d’Alger, aux portes du Sahara, la « ville aux sept cités », dont certaines sont quasi millénaires, s’étire le long de la vallée du Mzab. Ses cités fortifiées « en forme de pyramides » sont entourées « de palmeraies où l’on pratique depuis plusieurs siècles le développement durable, un système de gestion égalitaire de l’eau si rare ». Au Sud, le Sahara et ses grands espaces sont tout sauf monotones. Ainsi, autour de Tamanrasset, capitale du Hoggar, s’étend un « désert minéral aux paysages grandioses qui culminent à 3000 mètres dans le massif de l’Atakor ». L’Algérie en 50 mots-clés permet d’intégrer en douceur le langage quotidien. Quelques exemples, par ordre alphabétique : bled ou « pays » ou « intérieur des terres par rapport à la mer » ; casbah, centre le plus ancien des villes, souvent citadelle datant de l’époque ottomane ; couscous, plat national ; Imazighen ou Berbères ; indépendance : 1962 ; harkis, supplétifs de l’armée française ; hidjab, haïk, kamis, déclinaisons de la tenue islamique ; hittistes, jeunes désœuvrés qui « tiennent le mur » ; Juifs algériens ; pieds noirs ; pétrole et gaz, principales rentes du pays ; oasis, où les fruits sortent du désert ; paraboles, placées sur les balcons pour capter la télé par satellite ; trabendo, contrebande ; Visa, chanson de Cheb Mami ; youyous, « stridulations vocales qui signalent les réjouissances »… Barberousse contre Charles Quint Comme dans tout bon guide, une partie est consacrée à l’histoire : celle des rois numides (berbères) au 12e siècle avant J.-C., puis celle de la venue des Romains, des chrétiens ou des Vandales, et des Byzantins qui dominent la Méditerranée à l’époque. Après la mort du Prophète (632), s’ouvre une période de conquête de l’Islam sous la houlette du premier khalife Abou Bakr. Les Arabes chassent les Byzantins de la partie ouest du Maghreb qui sera conquise à partir de 650 par la dynastie des Omeyyades (Damas). Au milieu du 8e siècle, les Abbassides (Bagdad) prennent la relève. Puis les Almoravides, « musulmans intransigeants originaires du Sahara occidental », parviennent au 11e siècle à unifier pour un temps le Maghreb – et s’engagent sur la route de l’Andalousie. Ils fondent Tlemcen, bâtissent la Grande Mosquée d’Alger (1096), contrés à la fin du 12e siècle par la dynastie berbère des Almohades (El-Mahdi, Ghazali). « A la fin du XV e siècle, les Espagnols qui ont réussi à bouter hors de leur territoire les musulmans, les poursuivent jusqu’en Afrique » (Mers El-Kebir, 1505). « En 1512, Aroudj, l’un des frères Barberousse, [d’anciens corsaires au service des musulmans d’Espagne] reprend aux Génois la ville de Jijel. » (…) « En 1533, son frère Kheir Ed-Din reçoit du sultan Soliman II le Magnifique le titre d’amiral en chef de la flotte ottomane, chargé de mener la guerre contre Charles Quint, roi d’Espagne et de Naples…» L’histoire mouvementée de cette portion du nord de l’Afrique se poursuit avec l’occupation ottomane puis française au 19e siècle. Le Petit Futé consacre une double page illustrée à l’émir Abdelkader – une des figures de l’opposition armée à la colonisation et à la pénétration saharienne. Le 20e siècle est émaillé de revendications indépendantistes. L’Etoile nord-africaine, créée en 1926 par Ahmed Messali Hadj, se transforme en Parti populaire algérien (PPA, 1937), puis en Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD, 1945) et en Mouvement national algérien (MNA, 1954). Tahar Djaout, Mohamed Fellag et Pierre Rabhi « En février 1943, Fehrat Abbas [le pharmacien de Tlemcen] et quelques autres publient Le Manifeste du peuple algérien, réclamant – après l’échec du projet de loi Blum-Viollette – une constitution établissant l’égalité absolue pour tous… Après le massacre de Sétif, le 8 mai 1945, la situation se durcit. La guerre d’indépendance commence en mars 1954, menée par le Front de libération nationale (FLN)… S’ensuivent l’Algérie indépendante puis une « décennie noire »… Plus loin, un texte bouleversant clôt la partie consacrée à la religion – Quand un a-dieu s’envisage… : le testament spirituel du frère Christian de Chergé, moine de Tibhirine. Egalement mis à l’honneur dans ce guide, l’art et la culture contemporains. Le cinéma algérien, porté par la Cinémathèque créée en 1965, a connu ses heures de gloire avec la génération de cinéastes inspirés par le socialisme en marche – Mohamed Lakhdar-Hamina (Vent des Aurès, 1967 ; Chroniques des années de braise, Palme d’or à Cannes en 1975) ou Mohamed Bouamari (Charbonnier, 1972). Le « cinéma nouveau » apporte un second souffle : Merzak Allouache (Omar Gatlato, 1975), Mehdi Charef (Thé au harem d’Archimède, 1983) ou, plus tard, Mohamed Chouikh (Arche du désert, 1997). Le Petit Futé dresse une liste non exhaustive des grandes figures de la littérature algérienne, de Jean Amrouche à Kateb Yacine en passant par Assia Djebar, Yasmina Khadra ou Azouz Begag. D’autres portraits sont développés dans la partie Enfants du pays, parmi lesquels celui du grand humoriste Mohamed Fellag, du journaliste Tahar Djaout (assassiné en 1993), ou encore de Pierre Rabhi, l’écologiste avant la lettre. La musique – de l’arabo-andalouse au raï citadin et à la chanson kabyle – est bien sûr également présente… Un ouvrage très complet. Algérie 2009-2010, Le Petit Futé, 4è édition. 18 euros. www.petitfute.com | |||
| Antoinette Delafin | |||
|