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France/Palestine

De quoi Arafat est-il mort ?

Selon <EM>Le Canard Enchaîné</EM>, Yasser Arafat est mort d’une cirrhose dite « mécanique ». 

		(Photo : AFP)
Selon Le Canard Enchaîné, Yasser Arafat est mort d’une cirrhose dite « mécanique ».
(Photo : AFP)
Rumeur persistante d’empoisonnement, secret médical, maladie inconvenante du leader palestinien : Yasser Arafat ne pouvait pas mourir comme un simple mortel.
 Dès qu’il est question d’hospitaliser Yasser Arafat en France parce que son état de santé s’est fortement dégradé, la rumeur de son empoisonnement commence à courir au Proche-Orient. Plusieurs responsables palestiniens font des déclarations publiques en ce sens, notamment  Khaled Mechaal. Le chef du bureau politique de l’organisation radicale palestinienne Hamas a déclaré» sur Al-Jazira : « j’accuse Israël d’avoir empoisonné le sang d’Abou Ammar (nom de guerre de Yasser Arafat). Il y a sept ans, lorsque j’ai été victime d’une opération d’empoisonnement similaire, les médecins n’avaient pas pu en trouver la preuve dans mon sang ». Ces déclarations jettent le trouble sur la fin d’Arafat puisque le chef du bureau politique du Hamas a été effectivement victime, en 1997, d’une tentative d’empoisonnement par le Mossad, à Amman, en Jordanie. Les auteurs de cette tentative avaient été démasqué et les Israéliens avaient dû fournir l’antidote pour sauver la vie de Khaled Mechaal.

Arafat serait mort d’une maladie souvent associée à l’alcool

Lorsqu’Arafat, très affaibli, arrive à l’hôpital militaire de Percy, en région parisienne, l’un de ses médecins habituels évoque justement un problème sanguin, provoqué par  « une infection d’origine virale, un cancer, ou un empoisonnement sanguin ». La rumeur d’un empoisonnement se met alors à enfler. Au fur et à mesure de la dégradation de l’état de santé du leader palestinien, les communiqués des médecins militaires français sont si lapidaires qu’ils entretiennent le mystère sur le réel état de santé du « Vieux », puis sur les causes de sa mort. Depuis son décès, même Leïla Shahid, représentante en France de l’Autorité palestinienne, relance la rumeur en déclarant : « je ne peux pas vous dire que, médicalement, nous en ayons les preuves » (qu’il n’a pas été empoisonné) alors qu’elle avait démenti publiquement cette hypothèse pendant le séjour d’Arafat à l’hôpital.

La rumeur est utilisée à des fins politiques. Les successeurs de Yasser Arafat lui donnent parfois du crédit quand ils veulent se montrer fermes dans la perspective d’une reprise des négociations avec Israël. De leur côté, les communautés juive et musulmane de France ne comprennent pas la position de la France qui reste depuis le début sur la même ligne : le secret médical ne permet pas de dire de quoi Arafat est mort. C’est donc par le biais de l’hebdomadaire satirique français le Canard Enchaîné qu’une information cruciale est arrivée : Yasser Arafat est mort d’une cirrhose dite « mécanique ». L’information vient de l’un des médecins de l’hôpital militaire.

Rien à voir avec la cirrhose du foie provoquée par l’abus d’alcool, mais selon ce médecin, « dans le contexte, (la responsabilité de l’équipe médicale de soigner l’une des grandes figures du Proche-Orient) ça n’était pas possible » de dire que le chef palestinien est mort d’une maladie dont le nom est dans les esprits souvent associé à l’alcool. Les perturbations de la formule sanguine du malade, dont les médecins militaires ont dès le départ parlé publiquement, étaient liées à ces lésions hépatiques, le foie étant un organe vital dans la purification du sang du corps humain.

Autre parole de poids de ce médecin  « les conditions de vie qui ont été faites ces trois dernières années (à Yasser Arafat) n’ont pas arrangé les choses ». Allusion à la vie spartiate d’Arafat dans son QG qu’il n’osait quitter de peur qu’Israël ne l’empêche d’y retourner. Le quotidien Le Monde cherche lui aussi à éclaircir les conditions de la disparition de Yasser Arafat et affirme, de très bonnes sources, que le chef de l’Autorité palestinienne souffrait, dès son admission, d’un trouble sanguin aux conséquences potentiellement gravissimes que les spécialistes dénomment « coagulation intravasculaire disséminée » (CIVD).

« Je n’ai d’autre choix de penser qu’ils cachent quelque chose »  

Au moment où l’hebdomadaire satirique français donne une information quasiment classée secret-défense sur la maladie de Yasser Arafat, son médecin personnel jordanien s’exprime dans le quotidien espagnol El Pais et coupe court aux rumeurs d’empoisonnement même si auparavant, il en avait évoqué la possibilité.  « J’ai envisagé la possibilité d’un empoisonnement parce que toutes les autres pathologies pouvant provoquer les symptômes dont souffrait Yasser Arafat pendant ses derniers jours (taux de plaquettes bas, fortes douleurs abdominales, diarrhée et vomissements) avaient été écartées l’une après l’autre ».

Ancien ministre de la Santé dans son pays, neurologue, Achraf al-Kurdi a été l’un des médecins personnels de Yasser Arafat durant ces vingt dernières années. Malgré tout, dans cette interview au quotidien espagnol, ce médecin indique qu’il n’est pas satisfait des rares précisions officielles apportées par le corps médical militaire français et qu’il ne comprend pas pourquoi ni Souha Arafat ni l’équipe médicale ne veulent révéler les causes de la mort du dirigeant palestinien. «Je n’ai d’autre choix de penser qu’ils cachent quelque chose », a-t-il indiqué dans cette interview. Dès le 11 novembre, jour du décès de Yasser Arafat, Achraf al-Kurdi avait réclamé « une enquête officielle sur les causes de la mort »du dirigeant palestinien et une autopsie « pour lever tous les soupçons ».

Le dossier médical sera transmis aux ayants-droit

Pour le moment, en tout cas, les autorités françaises ne semblent pas décidées à lever le secret médical.  Il « protège tous les citoyens, les plus célèbres ou les plus anonymes », a indiqué Michel Barnier, le ministre français des Affaires étrangères : « Le dossier médical sera transmis, conformément à la loi et aux règles, aux ayants droit qui le demanderont. La famille de Yasser Arafat aura alors la liberté de faire ce qu’elle souhaite ». Le gouvernement français cherche tout de même à couper court aux rumeurs, aussi gênantes en France qu’au Proche-Orient. L’empoisonnement a été implicitement démenti par Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement. A l’issue du Conseil des ministres, il a déclaré « si les médecins avaient eu le moindre doute, ils auraient saisi la justice. J’observe que le permis d’inhumer a été délivré ». Le porte-parole a répété, alors que des rumeurs circulent toujours dans l’opinion palestinienne et dans le monde arabe sur la fin d’Arafat, que la loi française interdit aux médecins de rendre public son dossier médical.

A Ramallah, en Cisjordanie, des responsables palestiniens annoncent la venue d’une délégation à Paris pour « demander au gouvernement français de lui remettre le rapport médical sur les véritables causes du décès d’Arafat ». On raconte pourtant que la délégation palestinienne, qui est venue à son chevet lorsqu’il était au plus mal, a été informée par le président Chirac en personne des examens et analyses médicales subies par le leader palestinien. Dans cette importante fin de partie, le gouvernement français et l’Autorité palestinienne jouent chacun leur rôle. Le dénouement viendra probablement de Souha, l’épouse, que pour le moment on n’entend pas.



par Colette  Thomas

Article publié le 17/11/2004 Dernière mise à jour le 17/11/2004 à 15:51 TU

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Envoyée spéciale permanente de RFI à Jérusalem

«Ici, la rumeur dit que ce sont les Israéliens qui auraient empoisonné Yasser Arafat.»

[17/11/2004]

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