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Développement durable

Préserver le bassin du fleuve Congo, poumon du monde et patrimoine universel

La forêt, patrimoine universel ?(Photo : AFP)
La forêt, patrimoine universel ?
(Photo : AFP)

La France coordonnant le partenariat entre l’Afrique centrale et le G8 pour une meilleure gestion du bassin du fleuve Congo, le président Jacques Chirac participera le 5 février au sommet de Brazzaville organisé par la Commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac). Celle-ci regroupe les deux Congo, le Cameroun, la Centrafrique, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad qui se sont engagés à Yaoundé, le 17 mars 1999, à co-gérer ce patrimoine forestier universel, vital, non seulement pour les populations qui l’habitent, mais aussi pour la planète tout entière. Depuis septembre 2002 et la Conférence mondiale sur le développement durable de Johannesburg, la sauvegarde et le bon usage du deuxième poumon forestier du monde (après l’Amazonie), le bassin du fleuve Congo, s’inscrit dans une action internationale. Son financement sera au programme de Brazzaville, en présence du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et des bailleurs de fonds internationaux.


La lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi la recherche pharmaceutique, la conservation des espèces menacées ou le développement économique se jouent au cœur de l’Afrique, sous les frondaisons des 184 millions d’hectares de forêts humides et des 20 millions d’hectares de forêts marécageuses du bassin du fleuve Congo. Un temps baptisé Zaïre, le deuxième plus long fleuve d’Afrique (après le Nil) a donné son nom à deux pays riverains. Il a aussi permis aux Portugais de découvrir l’Angola, en remontant son embouchure atlantique signalée par des monceaux de branchages. Selon l’Institut de recherche pour le développement (IRD) le colosse aquatique charrie en effet «la moitié des eaux africaines déversées dans l'océan Atlantique». Outre les deux Congo et leur voisin austral, son bassin hydrologique de 3, 7 millions de kilomètres carrés dessert le Cameroun, la Centrafrique, la Zambie et la Tanzanie.

La France, premier importateur de bois tropical

Selon l’IRD, sa taille et ses nombreux affluents aident le Congo à supporter les variations de précipitations. Pour autant, il a quand même connu «durant la dernière décennie une forte baisse de son débit». Mais la sécheresse qui grandit en Afrique sub-saharienne n’est pas le pire fléau qui menace la fabrique de chlorophylle. La forêt régule d’ailleurs la pluviométrie et capte tout aussi naturellement le carbone qui échauffe la planète. Elle favorise la perpétuation de centaines d’espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles ou d’amphibiens et de dizaines de milliers de plantes. Ces derniers sont très recherchés des braconniers et autres amateurs d’herbier ou de faune exotique. Tout aussi régulièrement, des bruits de bottes militaires piétinent l’écosystème et prélèvent des dîmes en nature. Mais surtout, le bassin forestier du Congo produit chaque année quelque 12 millions de mètres cubes de bois, officiellement exportés en Amérique du Nord, en Asie et en Europe où la France est le premier importateur de bois tropical. En la matière, la surexploitation est la règle et le respect des critères sociaux et environnementaux l’exception.

Forêts primaires, forêts vierges, la maison des peuples dits pygmées recule devant les bulldozers. La défense internationale des «autochtones» proclamée par l’Unesco ou par les militants de la République démocratique du Congo (RDC: 110 millions d’hectares de forêt) s’accommode mal de déforestation. Le fantastique réservoir de biodiversité humaine, animale et végétale, risque de succomber face à l’industrie du bois. «L'exploitation forestière industrielle reste la principale cause de la destruction de la forêt tropicale africaine», martèle l’association écologiste Greenpeace, demandant «au président Chirac, à ses homologues d'Afrique centrale et à ses partenaires d’arrêter le pillage, la destruction et la dégradation des forêts du bassin du Congo».

Nerf de la guerre du Libéria ou, justement, de la guerre de RDC qui a vu le cours du bois chuter en Ouganda avec l’arrivée massive de grumes de contrebande congolaise, le trafic de l’or vert fait l’objet d’épais rapports de l’organisation Global Witness . Ces dernières années, ses chercheurs ont travaillé au Cameroun, avec l’accord des autorités, sur les exploitations forestières illégales. Elles sont légions dans le bassin du Congo. Les responsabilités se retrouvent aux deux bouts de la chaîne commerciale qui transforme les forêts d’Afrique en pâte à papier, en bois de construction ou en meubles précieux. Les forêts anciennes avaient mis des milliers, voire des millions d’années pour se développer et s’épanouir en essences rares. Elles ont disparu au deux-tiers, ces trente dernières années.

Depuis quelques années, les forêts d’Afrique centrale sont finalement entrées au menu principal de nombre de cénacles planétaires. Préoccupant désormais les pays riches, elles ont fait l’objet d’une résolution onusienne (résolution 54/214 de l’Assemblée générale), le 22 décembre 1999. Le 4 septembre 2002, les Etats-Unis et l’Afrique du Sud ont de leur côté regroupé une trentaine d’organisations gouvernementales et non gouvernementales «pour promouvoir la gestion durable des écosystèmes et des ressources naturelles des forêts du Bassin du Congo, ainsi que pour améliorer la vie des habitants de la région», le Partenariat pour les forêts du bassin du Congo (PFBC). Il a également été question des forêts d’Afrique centrale pendant la Conférence sur la biodiversité qui s’est tenues fin janvier à Paris, mais aussi dans la convention internationale du protocole de Kyoto sur le changement climatique qui doit entrer en vigueur, le 16 février prochain. Reste à aider les riverains africains à ne pas manger leurs forêts en herbe, mais surtout reste à dissuader les grands importateurs occidentaux et asiatiques à ne pas tuer la poule aux œufs verts.


par Monique  Mas

Article publié le 04/02/2005 Dernière mise à jour le 04/02/2005 à 08:08 TU

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