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Eglise catholique

Le cardinal Ratzinger devient Benoît XVI

Le cardinal allemand Joseph Ratzinger a été choisi par ses pairs. Le pape Benoît XVI est apparu ce soir au balcon de la basilique Saint Pierre de Rome.(Photo : AFP)
Le cardinal allemand Joseph Ratzinger a été choisi par ses pairs. Le pape Benoît XVI est apparu ce soir au balcon de la basilique Saint Pierre de Rome.
(Photo : AFP)
Le cardinal allemand Joseph Ratzinger a été élu pape par les cardinaux après à peine plus de vingt-quatre heures de conclave.

Agé de 78 ans, Joseph Ratzinger a vingt ans de plus que n’en avait Karol Wojtila lorsque l’archevêque de Cracovie a été lui-même élu au trône de Saint-Pierre, avant d’entamer un règne de vingt-six ans qui devait marquer, par sa durée et la personnalité exceptionnelle de Jean-Paul II, l’Église catholique.

Plus âgé, malade –il a eu une attaque cérébrale et a fait une chute dans les années 80 lors d'une visite à Pordenone, au nord de l'Italie– le nouveau Benoît XVI ne peut sûrement pas prétendre à pareille longévité à la tête de l’Église catholique. Sera-t-il pour autant un pape de transition ? Rien n’est moins sûr.

Pour commencer, le nouveau pape ne perdra guère de temps à découvrir les arcanes de la Curie romaine dont il connaît intimement tous les rouages. Prêtre aux idées progressiste dans les années 60, ce spécialiste des questions théologiques a été l’un des principaux conseillers du pape Jean XXIII lors du concile Vatican II. Toutefois, les « excès » de l’évolution de l’Église après le concile et les événements de Mai-68 à travers l’Europe ont fait basculer Joseph Ratzinger qui incarne depuis lors un rigorisme doctrinal rigide.

Gardien du dogme

C’est tout naturellement que Jean-Paul II appelle à ses côtés le cardinal allemand pour prendre en charge la Congrégation pour la doctrine de la foi, cet organisme du Vatican que l’on appelait autrefois le Saint-Office qui régnait en maître sur l’Inquisition. Ratzinger, gardien du dogme, ne laisse rien passer. Inspirateur, autant qu’exécutant de la pensée du pape Jean-Paul II, il fait plier toute dissidence. Les premiers à rentrer dans l’ordre sont les jésuites, puis viennent les prêtres et évêques latino-américains soupçonnés de complaisance à l’égard de la « théologie de la libération », dont le langage marxisant frise l’hérésie. Ensuite, ce sont des professeurs de théologie comme le franciscain brésilien Leonardo Boff ou l’Allemand Hans Küng. Ce dernier, qui fut l’un des inspirateurs du concile Vatican II et naguère très proche de Ratzinger, s’est vu imposer par ce dernier intime silence et obéissance. Küng choisit de renoncer à l’un et à l’autre, et depuis, sorti des ordres, ne perd pas une occasion de critiquer Joseph Ratzinger à qui il reproche d’avoir bradé l’héritage de Vatican II, et notamment la collégialité du gouvernement de l’Église.

Avec Jean-Paul II comme souverain pontife et Joseph Ratzinger en gardien vigilant de l’orthodoxie, l’Église catholique a accompli le mouvement inverse : une recentralisation et une concentration de toute décision entre les mains de la Curie. Durant son règne exceptionnellement long, Jean-Paul II, secondé sans faiblesse par Joseph Ratzinger, a nommé évêques, archevêques et cardinaux, composant un Sacré-Collège à son image. Sur les 117 cardinaux en vie et en âge de voter (moins de 80 ans) seuls trois n’ont pas été nommés par Jean-Paul II et avaient participé aux deux précédents conclaves. L’un des trois est Josef Ratzinger qui, de ce fait, en tant que doyen du collège des cardinaux, a présidé aux cérémonies de l’enterrement du pape et à l’organisation du conclave. Lundi matin, avant de s’enfermer, les cardinaux ont entendu une homélie sans concession de leur doyen, dénonçant la « dictature du relativisme » et le rejet de la Vérité d’un monde moderne tenté par les sectes, l’athéisme, l’agnosticisme ou le syncrétisme.

Presque un discours-programme prononcé devant ceux qui devaient l’élire sous les regards des télévisions du monde entier. Pour la plupart des observateurs, la cause est entendue : avec une vision aussi tranchée de ce qu’est sa mission, le nouveau Benoît XVI ne devrait guère surprendre dans un règne marqué par la continuité de son action. Proche par la doctrine de son prédécesseur, il est cependant loin d’en avoir le charisme, à moins que –justement– le pape Ratzinger fende l’armure et surprenne son monde.


par Olivier  Da Lage

Article publié le 19/04/2005 Dernière mise à jour le 20/04/2005 à 11:30 TU