Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Constitution européenne

La Grande-Bretagne suspend son référendum

Jack Straw a annoncé lundi la suspension du référendum de ratification de la Constitution européenne.(Photo : AFP)
Jack Straw a annoncé lundi la suspension du référendum de ratification de la Constitution européenne.
(Photo : AFP)
Le chef de la diplomatie britannique Jack Straw a annoncé lundi la suspension du référendum de ratification de la Constitution européenne qui devait avoir lieu au printemps 2006.

De notre correspondante à Londres

Londres vient de porter un nouveau coup à la Constitution européenne en annonçant la suspension de son référendum, malgré les appels du couple franco-allemand à poursuivre la ratification. Le secrétaire au Foreign Office a en effet confirmé le report sine die de la présentation de la loi permettant la tenue d’un référendum sur la Constitution européenne. Lors d'une allocution à la Chambre des communes, Jack Straw a ajouté que Londres attendait désormais le conseil européen des 16 et 17 juin pour se prononcer sur la suite du processus.

«Nous nous réservons entièrement le droit de présenter à nouveau ce projet de loi pour un référendum au Royaume-Uni si les circonstances venaient à changer. Mais nous ne voyons aucune raison de lancer la procédure à l'heure actuelle», a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, avant d’ajouter qu’« il ne revenait pas au Royaume-Uni de décider seul de l'avenir du traité». Jack Straw s’est ainsi bien gardé de déclarer le traité constitutionnel mort et enterré, ne voulant surtout pas apparaître comme le fossoyeur de la Constitution.

Ceci dit en gelant son référendum, le gouvernement de Tony Blair vient d’envoyer un signal très clair à ses voisins européens: face à ceux qui voudraient continuer, la Grande Bretagne a choisi le camp de ceux qui pensent qu’il faut tout arrêter. Plusieurs parlementaires britanniques ont d’ailleurs tourné en dérision l’attitude de pays comme la France et l’Allemagne par rapport à l’état du traité en évoquant un sketch célèbre des Monty Python. Un sketch où pour ne pas avoir à rembourser un client dont le perroquet est de toute évidence mort, le marchand d’animaux persiste à dire que l’animal est « juste endormi »!

Dans le même ordre d’idées, Liam Fox, le député chargé des affaires étrangères au sein de l’opposition conservatrice, a de son côté déclaré à la chambre des Communes après l’annonce de Jack Straw: « je ne pratique peut-être plus la médecine, mais je sais très bien reconnaître un cadavre quand j’en vois un et je peux vous dire que cette constitution est bonne pour la morgue ».

Néanmoins la difficulté pour le gouvernement britannique est de ne pas être le premier à émettre tout haut cette opinion de peur de s’isoler au sein de l’Union européenne. Car si des États comme le Danemark, la République tchèque ou l’Estonie apparaissent désormais moins sûrs, la plupart des capitales européennes se sont prononcées pour la poursuite du processus de ratification.

Le processus «n'est pas mort»

Le gouvernement français a réaffirmé que «la position de la France est, comme celle de l'Allemagne, qu'il est souhaitable que le processus de ratification se poursuive». Varsovie a aussi estimé que la décision de Londres ne changeait rien, alors que Lisbonne annonçait le maintien de son référendum. Le processus «n'est pas mort» après la décision britannique, a de son côté affirmé le président en exercice de l'UE, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Enfin le président de la Commission européenne, José ManuelBarroso, a voulu dédramatiser, soulignant qu'aucune «décision définitive» n'avait été prise.

Sans compter qu’une autre tâche s’annonce particulièrement délicate pour Tony Blair: prenant les rênes de l’Union le 1er juillet prochain, c’est à lui qu’il incombera de trouver un moyen de surmonter la crise provoquée par les « non » français et néerlandais. Une crise qui pourrait d’ailleurs s’avérer beaucoup plus profonde et remettre en cause la nature de l’Union. Les eurosceptiques britanniques ont d’ores et déjà commencé à évoquer un retour à l’ancien Marché Commun tandis que le même Liam Fox n’a pas hésité à traiter Jacques Chirac et Gerhard Schröder de « dinosaures », complètement coupés de la réalité et des citoyens de l’Union.

Tony Blair va donc prendre le relais à un moment décisif pour l’Europe et devra travailler à établir un nouvel accord entre les 25 États membres. Un processus qui commencera lors du sommet européen prévu la semaine prochaine et qui a toutes les chances de dominer les six mois de la présidence britannique.


par Muriel  Delcroix

Article publié le 07/06/2005 Dernière mise à jour le 07/06/2005 à 15:57 TU

Audio

Aurore Wanlin

Chercheuse au Center for European reform à Londres

«La Constitution telle qu'on la connaît est définitivement morte.»