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Guyane

Une mine Seveso pour extraire l’or d’un écrin d’or vert

La déforestation du site minier Rosebel de Cambior au Surinam a été jugée excessive par le comité scientifique mis en place par l'industriel pour un projet similaire en Guyane.(Photo : Cambior)
La déforestation du site minier Rosebel de Cambior au Surinam a été jugée excessive par le comité scientifique mis en place par l'industriel pour un projet similaire en Guyane.
(Photo : Cambior)
Le Canadien Cambior qui exploite deux mines d’or à ciel ouvert au Guyana et au Surinam voisins, escompte trancher le 4 août sur la faisabilité d’une mine semblable en Guyane française. Fin 2004, l’industriel a commencé à y déboiser une partie de la concession de 30 km² accordée par le Conseil d’Etat dans le Parc Naturel Régional et à proximité d’une réserve.

De notre correspondant en Guyane

Il y a 30 kilomètres qu’un panneau a signalé l’entrée du Parc Naturel Régional de Guyane. Non loin, des marais cachent leurs caïmans noirs. Au pied de la montagne de Kaw, écrin de riches forêts où l’eau dévale en torrents rayonnants, une piste élargie aboutit à un plateau rasé à nu sur 20 hectares. Le site s’appelle Camp Caïman. Après 1400 forages d’exploration, Cambior, groupe aux 3000 salariés, côté en bourse à New-York et Toronto, prétend y construire, fin 2006, une usine de traitement de minerais. Dès lors, fin 2007, les ouvriers y seront conduits en bus jour et nuit, des camions de 90 tonnes investiront en spirale deux carrières de 160 mètres de profondeur et véhiculeront divers produits (cyanure, acides, métal de sulfite, charbons actifs...) ainsi que 700 tonnes d’explosifs par an. Le déploiement et le stockage de matières dangereuses devraient valoir au site l’estampille Seveso. « L’implantation de Cambior est aussi importante que celle du centre spatial en 1964»  estime, mine réjouie, Jean Paul Lepelletier, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Guyane. Début 2004, la Drire (Direction Régionale de l’Industrie) et la Diren (Direction Régionale de l’Environnement) ont donné un avis favorable à Asarco Guyane (filiale de Cambior) pour sa demande de concession jouxtant une réserve naturelle et empiétant sur une Znieff de type 1, une zone de grand intérêt écologique pour la faune et la flore « On avait signalé des espèces végétales  intégralement protégées par arrêté ministériel sur le futur site minier » confie Jean-Jacques de Granville, botaniste. Le 26 novembre 2004, le Conseil d’Etat a accordé à Asarco une concession minière de 30 km² pour 25 ans. Dans la foulée, les services fiscaux, ont signé pour l’industriel une convention d’occupation précaire (COP) ouvrant la porte à la défiscalisation et à des financements. « Un diktat d’Etat » écrit alors le directeur régional de l’Office national des forêts à ses collaborateurs « une COP autorisant une prise de possession anticipée, sans engagement définitif de l’industriel, et un déforestage des futures emprises. Dont acte en espérant que le projet se fera ».

« Notre souci principal c’est le coût énergétique »

L’an dernier, Asarco Guyane avait annoncé aux autorités qu’un CA de Cambior approuverait l’étude de faisabilité de la mine en novembre 2004. « Un CA statuera le 4 août » assure aujourd’hui Patrick Godin, Directeur Général du projet, dépêché du Québec. « Notre souci principal c’est le coût énergétique » souligne-t-il « la Région promet une réponse début septembre à notre demande de détaxe de carburant. Chaque année, nos véhicules consommeront 4,5 à 4,6 millions de litres et le site 5 à 6 mégawatt électriques ». Sauf construction d’une ligne à haute tension de 55 km, l’usine devrait produire son électricité. L’industriel espère aussi une dispense d’octroi de mer (acquise sur les matériels de transformation). Autre contrariété, le coût du port local (les navires en repartent à vide et le travail y cesse la nuit). Cambior y transbordera 10 000 tonnes de vrac par an pour 900 000 dollars, 7 fois le prix du port du Surinam, 3 fois celui d’Anvers. Dès lors, pourquoi Cambior qui table sur un profit « de 8 à 12% » choisit-il la Guyane ? « Nous sommes un peu des cow-boys » répond M.Godin « des pionniers du bouclier guyanais. Nous y avons développé l’expertise du matériau à manœuvrer, la saprolite, grâce à nos mines au Surinam et au Guyana. Deux succès »

Succès ? La mine d’Omaï au Guyana a aussi défrayé la chronique. En août 95, après une première fuite 3 mois plus tôt, l’édifice du parc à résidus s’y était fissuré en 2 endroits. L’eau cyanurée déversée dans la rivière Omaï et le fleuve Essequibo avait tué « 346 poissons » selon une commission d’enquête gouvernementale du Guyana, dont la composition, sans écologiste, avait été contestée par GHRA, la « ligue » des droits de l’homme de ce pays. La conception de la digue avait été confiée à une société « sans tierce expertise » reconnaît Patrick Godin. Les plaintes au Québec de 23 000 riverains d’Essequibo n’ont pas abouti. «Les édifices font depuis l’objet d’études diverses et, en Guyane, le cyanure sera réduit avant son dépôt dans le parc à résidus » veut rassurer M. Godin. Particularité, Camp Caïman subit de fortes pluies (4,2 mètres d’eau par an garantissant sa richesse écologique) et se dresse sur le bassin versant de la rivière Comté qui alimente Cayenne en eau potable. « L’inquiétude majeure vient de la roche primaire » estime Laurent Charlet, expert en géochimie de l’eau qui a réalisé une étude pour l’industriel « des matériaux mélangés à l’or, dont l’arsenic, jamais exposés à l’oxygène, vont être déposés en tas. Par le passé, des métaux des terrils suédois réagissant avec l’oxygène, se sont répandus dans les rivières avant de contaminer la mer Baltique. Cambior multiplie les études sur le traitement des effluents, leur application dépendra de la vigilance des pouvoirs publics ». Pour M. de Granville, membre du comité scientifique institué par Cambior : « Le site sera massacré puis remis en état du mieux possible. Je préfère une implantation à durée limitée qui prend des précautions à l’orpaillage clandestin polluant les fleuves. Lors de sa campagne de forages, Asarco a payé la transplantation de petits palmiers au tronc grêle, une espèce endémique ». Egalement au comité, Pierre Charles Dominique, Directeur de Recherche au CNRS, a étudié la faune : « la concession sera gardée, la chasse interdite et donc, hormis les 3km² déboisés, la protection y sera mieux assurée qu’ailleurs. J’ai toutefois signalé à l’industriel une déforestation excessive sur ses sites du Guyana et du Surinam par rapport aux besoins de l’extraction ». 

Pour convaincre, Cambior agite aussi les slogans de la « formation » et de « 312 emplois directs», quand la société civile se manifeste peu. A Roura, commune abritant Camp Caïman, une seule personne (un militant écologiste) a répondu à l’enquête publique sur la demande de concession. Cambior doit encore déposer deux dossiers à la Drire en septembre : une demande de permis pour l’usine, l’autre pour commencer les travaux miniers. Leur instruction respective prendra 10 et 12 mois. « Camp Caïman devrait durer 10 ans et produire 3 à 3,5 tonnes d’or par an, soit 20% de la production de Cambior », estime M. Godin « puis l’usine pourrait resservir ». Asarco Guyane et CBJ France, autre filiale de Cambior, possèdent en effet 4 permis d’exploration voisins de Camp Caïman, l’un d’eux sur le bassin versant des marais de Kaw. Enfin, si pour la députée guyanaise Christiane Taubira,  «cet or appartient au patrimoine guyanais », pour Patrick Godin «une richesse naturelle qu’on n’est pas capable d’exploiter avec profitabilité ne vaut rien. Des Français pêchent nos poissons des côtes canadiennes ou exploitent des alumineries avec notre énergie et l’on ne pose pas de barrières».


par Frédéric  Farine

Article publié le 22/07/2005 Dernière mise à jour le 22/07/2005 à 11:35 TU