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Eglise catholique

Les 100 jours du Pape Ratzinger

Cent jours après son élection au trône de Saint-Pierre, Benoît XVI n’a pas encore véritablement imprimé son style à son pontificat. On sait juste qu’il sera très différent de celui de Jean-Paul II.

De notre correspondant au Vatican

Respecter l’héritage de son prédécesseur mais ne pas tenter d’en imiter le style. Cet avis partagé par de nombreux cardinaux à la sortie du conclave le 19 avril dernier était aussi celui du nouvel élu. « Je ne suis qu’un humble serviteur », telles furent les premières paroles de Benoît XVI, de la loggia principale de la basilique Saint-Pierre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’après la débauche médiatique qui a accompagné les dernières heures de Jean-Paul II, les 100 premiers jours du pontificat du « Papa Ratzinger » comme l’appellent les Italiens auront été à l’enseigne de la plus grande discrétion. Un seul déplacement, très furtif, à Bari, dans le sud de l’Italie, pour un congrès eucharistique. Une seule nomination de taille, celle de son successeur à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Peu de références à la politique internationale durant les traditionnelles audiences générales du mercredi. Le contraste avec Jean-Paul II était recherché. Mission accomplie. Par petites touches, Benoît XVI a déjà imprimé un style. Volkswagen a dû renoncer à construire une nouvelle papamobile, le Pape faisant savoir que cet argent serait mieux utilisé en œuvres de charité. Il ne préside plus les cérémonies de béatification, alors que Wojtyla avait battu tous les records en la matière. Mais après trois mois de gouvernement, et dans un contexte international aussi chaotique, ce style risque aussi de confiner excessivement au minimalisme, et toute le monde, y compris dans les couloirs du Vatican, attend encore de savoir quelle direction va prendre le pontificat.

Dès lors, sa première sortie internationale, du 18 au 21 août prochain à Cologne à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), sera très observée. S’il sera difficile à Benoît XVI d’égaler Jean-Paul II dans son contact avec les foules, et particulièrement avec les jeunes, quelques événements au programme promettent d’être riches en symboles. Ainsi, 60 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et pour la seconde fois dans l’histoire, le pape allemand entrera dans une synagogue, celle de Cologne. Il rencontrera également des représentants de la communauté musulmane de la ville, un rendez-vous qui, selon le porte-parole du Pape, l’éternel Navarro-Valls, « n’était pas au programme dans la première mouture ». Signe que la récente vague d’attentats terroristes a définitivement convaincu Benoît XVI de l’opportunité du dialogue interreligieux.

Des changements se préparent

Dès le début du pontificat, il avait déclaré s’inscrire à cet égard dans la lignée de son prédécesseur, mais depuis quelques semaines à Rome on sentait un léger flottement sur ce point. Le 7 juillet notamment, le jour des attentats de Londres, lorsqu’une version officieuse, vite corrigée, du télégramme du Pape adressé aux victimes parlait d’un « acte antichrétien ». Un lexique usé et abusé par les groupes de pression néo-conservateurs. Ces derniers jours, sollicité par les journalistes, Benoît XVI a récusé l’idée d’un choc de civilisation et invité à rechercher dans l’islam les interlocuteurs prêts au dialogue. Difficile, cependant, de ne pas noter, là encore, une ligne sensiblement différente de celle de Jean-Paul II, qui était résolument engagé en faveur du dialogue interreligieux.

Durant ses vacances dans le Val d’Aoste, depuis le 11 juillet, le Pape a beaucoup écrit et beaucoup reçu, affirme son entourage. Il aurait ainsi terminé un livre entamé avant le conclave. Il aurait commencé à mettre sur papier les grandes lignes de sa première encyclique, exercice obligé pour un nouveau pontife. Il a limé très probablement les textes de ses discours à Cologne. Et puis, murmure-t-on dans la chaleur romaine, Benoît XVI préparerait une restructuration de la Curie romaine et un train de nominations très attendues. En avril, sitôt élu, le Pape a confirmé les postes les plus importants, mais plusieurs cardinaux ont dépassé, certains largement, la limite des 75 ans. C’est notamment le cas du numéro 2, le cardinal Sodano, secrétaire d’État. Ou encore du responsable de la culture, le cardinal français, Paul Poupard. Les moyens de communications du Vatican (radio, centre télé, presse, internet) pourraient faire l’objet d’un regroupement qui donnerait au cardinal qui en aurait la charge un poids non indifférent dans les équilibres de la Curie. Bref, derrière la chaleur et l’atmosphère feutrée de l’été vatican, des changements se préparent.

Quant aux voyages, hormis Cologne, aucune visite n’a été officiellement confirmée, même si un voyage en Pologne ne serait pas une surprise. Benoît XVI a été invité en Israël par Ariel Sharon, en Turquie par le patriarche œcuménique de Constantinople. En Inde, au Canada. Il aimerait aller en Russie. Réponse à l’automne, peut-être. On l’imagine mal sillonner la planète comme Jean-Paul II. On le voit tout aussi mal rester confiné au Vatican.

par Laurent  Morino

Article publié le 27/07/2005 Dernière mise à jour le 27/07/2005 à 08:28 TU