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Marché de l’art

Ouverture d’une FIAC 2005 plus internationale

Les artistes du collectif russe «Blue Noses group». La Fiac a misé sur une plus grande représentation étrangère.D.R
Les artistes du collectif russe «Blue Noses group». La Fiac a misé sur une plus grande représentation étrangère.
D.R
La 32e Foire internationale d’Art contemporain, qui se tient porte de Versailles (Paris) mise cette année sur une plus grande représentation étrangère et un soutien accru aux jeunes galeries. Le coup d’envoi, au son d’un orchestre charleston avec distribution de pommes d’amour, a été donné sous la nef rénovée du Grand Palais, dans le cadre d’une fête aux allures d’ «attentat dadaïste» : des centaines de tracts dadaïstes ont été lâché par des comédiens commandités par la FIAC, depuis des nacelles d’une grande roue installée à l’intérieur. C’est en effet là que se tient une installation éphémère ouverte au public de 18 à 22 heures jusqu’au 8 octobre inclus, une sorte de «Fiac off», selon les organisateurs. Au milieu d’un florilège d’expressions artistiques déconcertantes, l’élégante DS dessinée par Flaminio Bertoni, trône dans un écrin d’obscurité comme une œuvre d’art consacrée.

On trouvera certes quelques signatures connues, et même très connues comme  Picasso, Arp, Christo, Klein, Viallat, Niki de Saint-Phalle, Andy Warhol pour n’en citer que quelques-unes. Mais l’esprit de la foire est d’ouvrir des perspectives et de présenter des travaux récents. Quelque 220 galeries, représentant plus de 3 000 artistes internationaux, sont réunies pour cette édition 2005. Martin Bethenod, commissaire général et Jennifer Flay, directrice artistique de la FIAC, ont mis l’accent cette année sur plus de représentation étrangère : l’ensemble se répartit entre 99 galeries françaises et 113 provenant de 26 pays. Le secteur Perspectives, qui regroupe des artistes récemment engagés sur la scène internationale, représente 32 galeries dont 24 étrangères ; quant au secteur Future quake («Tremblement du futur»), ouvert l ‘an dernier pour les galeries ayant au maximum trois ans d’existence, il en rassemble 25 dont 14 étrangères, qui proposent des «œuvres» ne dépassant pas 5 000 euros.

Allons à la foire : quel type d’œuvre peut-on espérer acquérir pour cette modique somme ? Celles exposées peuvent surprendre, du moins celui qui, tel Candide, débarquera sur la planète « Art contemporain» sans être trop initié à l’art conceptuel : ici des sacs de charbon en toile de jute, sales, sur une étagère ; là, entassés dans une vitrine, des sous-vêtements d’une propreté douteuse ; ailleurs une vieille botte à côté d’une pile d’assiettes en porcelaine et d’une écuelle, les trois disposées sur une sorte de bouche de métro et servant de présentoir à des lithographies ; plus loin une échelle peinte en rouge, des assemblages de peluches, des amas de tissus et de cordages. Le tout réparti dans des espaces élégants où circulent des esthètes éclairés.

Fort heureusement, il est des esprits avertis en la matière : pour preuve, une commission d’acquisition, composée de neufs professionnels et de quatre représentants du ministère ont sélectionné dans les stands des œuvres qui enrichiront le Fonds national d’art contemporain, destinées aux établissements publics, aux ministères, et aux prêts pour de futures expositions. Parmi les artistes sélectionnés : Jean-Pierre Bertrand pour une peinture sous verre et métal : Red-02579, 2005 ; Gérard Deschamps Tentacules, 2004 ; Jean-jacques Rullier Peux-tu aider le termite ?, 2005 ; Olivier Millagou, 6 cartes postales peintes encadrées sous verre.

L’art contemporain peinerait-il à s’émanciper de «Dada» ?

Mais peut-être qu’il suffit d’être armé d’humour et considérer que l’art contemporain, serait avant tout «subversif», dans la droite ligne de l’héritage esprit «Dada», dont Marcel Duchamp est emblématique : on se souvient de ses objets détournés, entre autres du porte-bouteilles devenu œuvre d’art lorsque l’artiste y apposa sa signature, et du célèbre urinoir re-nommé «Fontaine». Le dadaïsme semble encore à l’honneur en cette saison : le Centre Pompidou vient récemment d’inaugurer une rétrospective sur ce mouvement artistique. Enfin, la FIAC s’associe aux organisateurs d’un prix créé il y a cinq ans, baptisé le prix Marcel Duchamp, un prix qui sera décerné samedi à un artiste invité à créer une œuvre originale pour le musée national d’Art moderne (Centre Pompidou). Outre une dotation financière de 35 000 euros, l’œuvre sera présentée du 12 avril au 5 juin 2006.

L'artiste Christo, spécialiste de l'emballage... Il s'était illustré en 1985 en «empaquetant» le Pont neuf.
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Non initié, on pourrait en effet avoir l’impression que l’art contemporain piétine un peu, oscillant entre le dadaïsme et le Nouveau réalisme, né dans les années 60, un mouvement qui propose de revisiter la réalité en détournant les objets comme, par exemple, César qui les compresse, Jean Tinguely qui les articule ou Yves Klein qui les colore (une petite éponge bleue de moins de 8 cm de haut pouvant atteindre 30 000 euros). Mais heureusement, le néophyte curieux aura la possibilité de combler ses lacunes : les organisateurs ont imaginé un forum, réunissant des artistes, chercheurs, commissaires d’exposition, collectionneurs et critiques d’art qui se réuniront autour de débats et de conférences pour aborder les évolutions majeures de la création contemporaine et du marché de l’art. On y parlera des scènes émergentes (Balkans, Inde, Brésil), ainsi que des liens entre les arts plastiques, le cinéma et l’architecture.

Voisinant les oeuvres de Christo, de Deschamps, ou bien encore de Jannis Kounellis, une déesse : remarquée pour son élégance qui la distingue de nombreux stands, la DS, célébrée à la FIAC 2005, fait encore rêver. Plasticiens et écrivains font revivre la voiture de luxe de Citroën au gré de sculptures qu’elle a inspirées à des artistes contemporains. Le 6 octobre 1955, la plus prodigieuse voiture de série jamais inventée était dévoilée au Grand Palais Paris, et la presse de l’époque saluait «Une bombe automobile». Cinquante ans plus tard, la DS est célébrée à la FIAC, à travers une mise en scène élaborée par Jean-Paul Pigeat, où elle est traitée comme une œuvre d’art.


par Dominique  Raizon

Article publié le 06/10/2005 Dernière mise à jour le 06/10/2005 à 18:17 TU