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Liban-Israël

Violents combats entre Israéliens et Hezbollah

Un soldat israélien blessé est évacué après les affrontements avec les combattants du Hezbollah.(Photo: AFP)
Un soldat israélien blessé est évacué après les affrontements avec les combattants du Hezbollah.
(Photo: AFP)
La frontière entre le Liban et Israël s’est embrasée lundi. De violents accrochages et duels d’artillerie ont opposé l’armée israélienne aux combattants du Hezbollah, faisant des morts et des blessés de part et d’autre.
De notre correspondant à Beyrouth

Des combats d’une violence sans précédent depuis le retrait israélien du Liban-Sud, en mai 2000, ont opposé lundi des combattants du Hezbollah et l’armée israélienne. Les accrochages ont éclaté dans les fermes de Chebaa, un secteur controversé situé aux confins du Liban, d’Israël et de la Syrie, avant de s’étendre à des régions beaucoup plus éloignées. Des duels d’artillerie ont duré cinq heures alors que l’aviation israélienne bombardait des cibles distantes d’une vingtaine de kilomètres de la frontière. Le bilan provisoire s’élève au moins à quatre morts dans les rangs du parti chiite libanais et une douzaine de blessés parmi les militaires israéliens, dont deux grièvement atteints.

Tout a commencé à Ghajar, un village situé aux pieds du Golan syrien, à cheval entre le Liban et les hameaux de Chebaa. D’une superficie d’une trentaine de kilomètres carrés, cette région occupée par l’Etat hébreu en 1967 est revendiquée par le Liban. Les Nations unies, elles, considèrent ces fermes comme étant une terre syrienne.

Selon le Hezbollah, les combats ont éclaté lorsqu’une patrouille israélienne composée de deux véhicules a pénétré dans la partie libanaise de Ghajar, où elle a été attaquée par des combattants islamistes. Pour Israël, c’est le Hezbollah qui est responsable de l’escalade. Des combattants se déplaçant à moto auraient fait irruption dans le secteur occupé du village sous couvert d’un barrage d’artillerie. Ils ont été pris sous le feu nourris de soldats israéliens, postés dans la région.

Cinq obus à la minute

Deux versions contradictoires pour un même résultat : un déluge de feu et de fer s’abat près des villages du Liban-Sud et de certaines localités israéliennes. Rapidement, ce sont toutes les fermes de Chebaa qui s’embrasent. Le canon tonne violemment pendant trois heures. Des obus israéliens de gros calibre s’écrasent sur les collines surplombant plusieurs localités du côté libanais de la frontière. Le Hezbollah riposte en pilonnant quatre positions fortifiées israéliennes à l’intérieur des hameaux et deux autres postes avancés situés dans le Golan syrien occupé.

Tsahal utilise des canon de 155mm et le parti islamiste des roquettes Katioucha de 122mm et des obus de mortier de gros calibre. Au plus fort des combats, le Hezbollah tire, pendant une heure, cinq projectiles à la minute. En fin d’après-midi, les bombardements s’étendent à d’autres régions des deux côtés de la «ligne bleue» tracée par l’Onu après le retrait israélien, et qui fait office de frontière entre les deux pays. Des obus s’abattent sur les localités israéliennes de Metulla et de Kiryat Shemona, où les habitants sont invités à se rendre dans les abris pour y passer la nuit. L’aviation israélienne entre en action dans des régions très éloignées des zones de combat. Un missile air-sol touche le village de Zibqine, à neuf kilomètres à l’est de la ville côtière de Tyr (85 km au sud de Beyrouth). Un autre appareil pilonne une cible près de Nakoura, un peu plus au sud. La même région est attaquée à la mitrailleuse lourde par une vedette de la marine. L’artillerie anti-aérienne de l’armée libanaise entre en action sur le littoral contre des chasseurs-bombardiers israéliens. En soirée, l’intensité des bombardements baisse mais des tirs d’obus sont signalés à intervalles irréguliers.

Pressions internationales

Dans un communiqué, le Hezbollah affirme avoir détruit neuf véhicules israéliens dont des tanks et plusieurs positions fortifiées «lors d’une agression contre les villages» du Liban-Sud. Pour sa part, Israël accuse les Syriens et les Iraniens d’être derrière ces tirs. Selon le ministre israélien de la Défense Shaoul Mofaz, Damas et Téhéran «veulent provoquer une escalade à notre frontière et détourner l’attention au moment où la Syrie est soumise à de fortes pressions internationales et alors que les déclarations du président iranien ont été condamnées dans le monde». M. Mofaz fait allusion à l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri dans laquelle des responsables syriens de haut rang sont mis en cause, et au président iranien Mahmoud Ahmadinejad qui s’est attiré les foudres occidentales après avoir dit qu’il fallait «rayer Israël de la carte».

Cet embrasement fait suite à une série d’incidents de moindre importance mais qui laissaient présager une explosion d’envergure : tirs d’obus de part et d’autre, recrudescence des vols de reconnaissance de l’aviation israélienne, mise en garde contre une tentative du Hezbollah d’enlever des soldats de Tsahal. Il intervient aussi moins d’un mois après un imposant défilé militaire du parti islamiste au cours duquel le chef du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah, a réitéré sa détermination à poursuivre «la lutte armée pour libérer tout le territoire libanais occupé». Par ailleurs, ce développement survient à un moment où la communauté internationale, Etats-Unis et France en tête, réclame avec de plus en plus d’insistance la mise en oeuvre de la résolution 1559 des Nations unies exigeant «le désarmement des milices libanaises et non-libanaises (palestiniennes)». Une demande qui est loin de faire l’unanimité chez les Libanais.


par Paul  Khalifeh

Article publié le 22/11/2005 Dernière mise à jour le 22/11/2005 à 09:05 TU