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Forum mondial de l'eau

Expertise et coopération françaises

Paris s’est engagé sur des dons supplémentaires de 180 millions d’euros par an, dès 2009, principalement en Afrique.(Photo : Monique Mas/RFI)
Paris s’est engagé sur des dons supplémentaires de 180 millions d’euros par an, dès 2009, principalement en Afrique.
(Photo : Monique Mas/RFI)
L’un des objectifs principaux du sommet de Mexico est de surmonter les divergences en matière de commercialisation. Pour sa part, la France dispose d’un savoir-faire technique et d’une expertise de terrain dans le domaine de l’eau. Elle est engagée depuis longtemps dans une coopération multiforme avec les pays en développement, en particulier africains, pour favoriser l’accès à l’eau potable et à l’assainissement de ceux qui en sont encore privés. Elle utilise pour cela l’aide bilatérale et multilatérale mais aussi la connaissance du terrain des ONG et l’expertise de sociétés spécialisées.

La France est un des premiers bailleurs de fonds du secteur de l’eau, avec 268 millions d’euros par an d’aide bilatérale et 100 millions par an d’aide multilatérale. Paris s’est aussi engagé sur des dons supplémentaires de 180 millions d’euros par an, dès 2009, principalement en Afrique. La France a placé l’eau au cœur des priorités du G8 et a fait adopter un plan d’action pour l’eau (Evian 2003), reprenant en particulier les recommandations du rapport Camdessus Financer l’eau pour tous. Elle s’est aussi engagée à soutenir les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies en doublant son aide dans le secteur de l’eau, en particulier en Afrique. Dans ce cadre, elle a organisé en 2005 avec la Banque africaine de développement (BAD) une conférence internationale pour l’accès à l’eau et l’assainissement de l'eau en Afrique rurale.

Selon un rapport du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) sur l’eau et l’assainissement, publié en février 2005, l’augmentation des financements résultera d’une ouverture de crédits supplémentaires, mais aussi des redéploiements et de la diversification des outils financiers. Ces derniers consisteront notamment en une possibilité pour l’Agence française de développement (AFD) de proposer de l’assistance technique dans des pays à revenu intermédiaire ou de faire des prêts dans les pays moins avancés (PMA). L’AFD, qui a été renforcée dans le rôle d’opérateur pivot de la coopération française, contribuera significativement au doublement de l’aide publique au dévelopement dans ce secteur.

Pour un observatoire mondial de l’eau

Une bonification des prêts pourrait accroître la capacité d’intervention dans des projets de gestion des ressources (épuration, économie d’eau en irrigation, protection des bassins amont, notamment dans le pourtour méditerranéen). Sont également envisagées, des subventions pour des branchements sociaux et la mise en place d’organismes de bassin ainsi que la prise en compte de l’eau dans les Cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté (CSLP) afin que les Contrats de désendettement et de développement (C2D) puissent financer le secteur.

Parmi les objectifs de l’aide française figurent le financement dans quelques pays cibles des plans de ressources en eau et de gestion efficace : il pourrait s’agir des pays riverains des quatre fleuves internationaux prioritaires – le Sénégal, le Nil, le Niger et le Mékong. La France s’est en effet engagée à promouvoir la gestion intégrée des ressources, en particulier en Afrique, avec la création le 26 avril 2004 du Partenariat international pour le bassin du Niger.

Un calcul indicatif concernant 58 projets approuvés par le Conseil de surveillance de l’AFD pour la période 2001-2003 a montré que ceux-ci représentaient 771 000 nouveaux accès à l’eau par an et  à 245 000 nouveaux accès par an à l'assainissement (respectivement 707 000 et 241 000 en Afrique), ce qui correspondrait à un coût de 192 dollars par habitant en Afrique. Le président Jacques Chirac a par ailleurs plaidé auprès de la communauté internationale en faveur d’un observatoire mondial de l’eau, chargé de suivre la réalisation des objectifs du Sommet de Johannesburg sur le développement durable.

Les questions de suivi, d’évaluation et de diffusion des informations sont perçues à Paris comme une clé essentielle pour mesurer le chemin parcouru et celui qui reste à faire afin d’atteindre les OMD. Parallèlement, les moyens des ONG et des collectivités locales et agences de l’eau françaises ont été renforcés grâce notamment à une loi relative à la coopération internationale les concernant, adoptée le 27 janvier 2005.

Partenariat français à Mexico

L’augmentation de l’aide sera orientée en priorité vers l’assainissement, sans réduire pour autant l’effort déployé en faveur de l’accès à l’eau potable, en particulier pour les populations défavorisées, en milieu rural, semi-urbain et urbain. L’accent sera également mis sur la gestion des ressources en eau, l’épuration, les économies d’eau et l’accroissement des crédits d’études pour anticiper la préparation des nouveaux projets. La France s’est enfin fixé l’objectif de faciliter l’accès à l’eau et à l’assainissement à neuf millions de personnes en Afrique d’ici 2015.

Paris recommande une approche «par la base», c’est-à-dire une analyse des modalités existantes d’approvisionnement en eau, les demandes de la population en termes de service d’alimentation en eau potable et leur capacité à payer un tel service. Deux objectifs généraux ont été retenus : la pérennité des équipements et des ouvrages périphériques et l’accès permanent à une eau potable. En ce qui la concerne, la France a décidé de renforcer la coordination des acteurs de l’aide publique, au niveau national, grâce à la mise en place d’un groupe de suivi de la présente stratégie.

Paris ambitionne aussi une participation internationale à tous les niveaux. Dans le cadre du «Partenariat français pour Mexico», qui rassemble des représentants de ministères, d’établissements publics, de collectivités locales, d’entreprises, d’ONG et d’experts techniques, la France doit animer au prochain Forum mondial des sessions thématiques en collaboration avec de nombreux pays et organisations.

Affaires, humanitaire et environnement

Des compagnies françaises comme Veolia (connue dans le passé sous les noms de Compagnie générale des eaux - CGE, puis Vivendi) ou Suez, dont les activités s’étendent partout dans le monde, ont toutes établi des filiales environnement. Elles recherchent bien sûr le profit mais se déclarent aussi soucieuses de la protection des ressources de la planète et du droit à l’eau. Ainsi une filiale de Veolia Water pour les pays d’Afrique, du Moyen-Orient et du sous-continent indien dessert 8,4 millions d’habitants dans huit pays avec un chiffre d’affaires de 440 millions d’euros. Parmi ses partenaires figurent des Etats comme le Gabon, le Niger, le Burkina Faso et de nombreuses villes comme Rabat-Salé, Niamey, Libreville, Ouagadougou, Windhoek, Chennai et Jamshedpur en Inde, Ashkelon en Israël.

En Afrique, Veolia Water est à la fois un opérateur d’eau et d’électricité, ce qui permet, selon la compagnie, de développer de fortes synergies d’exploitation et de procéder à des baisses tarifaires au bénéfice des plus démunis. Même son de cloche chez Suez environnement, qui affirme vouloir contribuer à la croissance économique et au développement durable de ses clients sur les marchés mondiaux de l’environnement. Alain Mathys, Directeur du programme Eau et assainissement pour tous de Suez environnement, précise que le groupe dessert aujourd’hui 125 millions de clients en eau et assainissement dans le monde dont neuf millions vivent sous le seuil de pauvreté, en général dans des quartiers défavorisés. Ce programme s’effectue en partenariat avec le secteur public et la société civile notamment à Buenos-Aires en Argentine ou à Manaus au Brésil mais aussi en Afrique du Sud ou au Maroc.

Du côté des ONG, l’association pS-Eau (Programme Solidarité Eau), par exemple, cherche à faciliter les initiatives locales de coopération internationale et les échanges Nord-Sud et à encourager la cohérence des actions dans ce domaine. Créée au niveau européen en 1984, après la proclamation de la Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement (DIEPA), cette ONG est maintenant purement française, selon son directeur Pierre Marie Grondin. Elle anime cinq programmes d’actions: deux géographiques, «Eau et environnement en Méditerranée», «Bassin du fleuve Sénégal» et trois thématiques «Eau potable et assainissement dans les quartiers périurbains et les petits centres», «Migration, développement et initiatives économiques» et «Genre et Eau».

Libre accès payant à l’eau

Le savoir faire français dans le domaine de l’eau, c’est aussi celui des collectivités locales françaises, qui exercent la maîtrise d’ouvrage publique, des agences de bassin qui assurent une fonction de concertation et de péréquation financière sur la ressource et sur sa protection, des compagnies d’aménagement régional, des bureaux miniers, des ingénieurs conseils, des entreprises de construction... Pour ces entreprises et ONG, tout comme pour l’AFD, l’eau a un coût d’installation et d’entretien des infrastructures et de la distribution, même s’il faut aider les plus démunis à y accéder. Ce n’est toutefois pas le point de vue des alter mondialistes qui estiment que l’accès à l’eau doit être un droit inaliénable. Les mêmes soulignent que, par manque d’une eau potable, 34 000 personnes décèdent chaque jour dans le monde.

La Fondation France Libertés a lancé en octobre 2005 une grande campagne nationale de sensibilisation sur le thème du «Droit de l’eau libre, potable et gratuite» et, depuis janvier 2006, le mouvement des «Porteurs d’eau», invitant chacun à adhérer à la charte proposée par la fondation. Celle-ci demande d’inscrire le droit d’accès à l’eau potable dans toutes les constitutions, en particulier européenne, et d’opérer un prélèvement de 1 % sur le budget mondial de l’armement pendant quinze ans pour financer un programme offrant l’accès à l’eau là où les infrastructures sont insuffisantes.

Danielle Mitterrand, veuve de l’ancien président socialiste, et présidente de la fondation France-Libertés, a plaidé ce dossier dans les forums mondiaux sociaux de Bamako et de Caracas, début 2006. Si les alter mondialistes divergent sur le mode de paiement de l’eau (gratuité pour tous et financement public au lieu d’un paiement, même partiel, par les usagers), «l’ensemble des acteurs français se battent dans les enceintes internationales pour faire de l’accès à l’eau et à l’assainissement un droit effectif», fait-on observer à l’Agence française de développement.


par Marie  Joannidis

Article publié le 15/03/2006 Dernière mise à jour le 15/03/2006 à 15:29 TU

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