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Cameroun

Paul Biya réélu sans surprise à la tête du RDPC

Paul Biya (en juin 2006), reconduit à la tête du RDPC. «<em>Nous attendions un congrès qui s'achève par la désignation de nouveaux personnels</em>», regrettent les déçus du congrès. 

		(Photo : AFP)
Paul Biya (en juin 2006), reconduit à la tête du RDPC. «Nous attendions un congrès qui s'achève par la désignation de nouveaux personnels», regrettent les déçus du congrès.
(Photo : AFP)
Le président Paul Biya a été reconduit vendredi à la tête du parti au pouvoir, le Rassemblement national démocratique du peuple camerounais (RDPC), dont il a délivré le «bilan de santé» aux militants, mettant en cause la place du «folklore», de «l’argent (et) la capacité d’organiser des fêtes où l’on danse plus qu’on ne pense», entre autres «errements». Saluée par de nombreux militants, la sortie de celui qui conserve sans surprise les rênes du parti au pouvoir a laissé sur leur faim une frange de camarades qui espéraient une occasion pour une action d’envergure.

De notre correspondant à Yaoundé

18 h 50, ce 21 juillet 2006 : dans cette salle du Palais des congrès où plus d’un millier de délégués aux assises attendent le fin mot de cette rencontre statutaire de leur parti, la première «indiscrétion» pour  l’opinion fuse. Cavaye Yegué Djibril, le président de l’Assemblée nationale, dans son rôle de circonstance de président du bureau du Congrès extraordinaire, lâche, au détour d’une phrase, «Monsieur le président élu…». Salve d’applaudissement. Et Paul Biya est invité à prononcer une allocution. «Je vous remercie sincèrement de m’avoir reconduit à la tête de notre grand parti national. Vous l’avez fait à une unanimité qui me touche et m’honore. Je saurai me montrer digne», promet le président, visiblement heureux et auréolé d’une nouvelle légitimité au sommet du RDPC. Nouveaux applaudissements. Des militantes hystériques entonnent un air devenu célèbre à travers les âges depuis le parti unique tenu alors de mains fermes par feu Ahmadou Ahidjo. «Paul Biya. Paul Biya. Notre président. Père de la Nation. Paul Biya toujours en avant». Elles sont soutenues par des militants survoltés. Deux minutes que cela dure. Fin d’un vrai-faux suspense. Fin aussi  des controverses autour d’une certaine «illégalité» qui planait sur le mandat du président national. Porté à la tête du parti le 7 juillet 2001, à la faveur d’un Congrès extraordinaire, pour une période non écrite de cinq ans, Paul Biya avait dû convoquer, un peu à la hussarde, la plus haute instance statutaire de son parti, le 6 juillet au plus fort de la polémique. Des jours durant, des candidatures plus ou moins farfelues avaient été avancées pour concurrencer le président sortant. Elles n’ont plus été signalées ce vendredi. Et le président a été «élu» en son absence, lors d’une réunion des délégués à huis clos.

Le matin même, Paul Biya fustigeait «le folklore (qui) n’a pas grand-chose à voir avec l’engagement politique», sous un tonnerre d’applaudissements. Un discours vérité dans lequel il déplorait la tendance des «personnes dites ressources» à «se substituer aux responsables de sections (élus à la base, Ndlr)». Non sans observer que «C’est le mérite et le militantisme vrai qui doivent présider au choix des responsables et des investitures. Ce n’est ni l’argent, ni la capacité d’organiser des fêtes où l’on danse plus qu’on ne pense». Attribuant nombre de «ces errements» dont sont coupables ses camarades à «une formation insuffisante», M. Biya est allé jusqu’à envisager la résurrection d’une survivance du parti unique : «l’école des cadres», qui pourrait se muer en «académie».

«Un langage moins transcendant et un peu plus engagé»

Une sortie largement saluée. «Le président national a montré qu’il connaît le RDPC et surtout les pratiques qui minent son fonctionnement», analyse Charles Ateba Eyene, figure de proue des jeunes du parti qui ont depuis rompu le silence. Les «modernistes» du RDPC, ne sont pas en reste. Depuis trois ans, leur courant avait sévèrement  critiqué certaines pratiques dénoncées ce jour par Paul Biya. «Le président national qu’on attendait au tournant a tenu un langage moins transcendant, et un peu plus engagé dans la mêlée actuelle où il fallait prendre option avec la modernisation. Il vient de donner des signaux forts à des prévaricateurs dont on avait tendance à croire qu’il était leur complice et vis-à-vis desquels il semblait complaisant», commente le professeur d’université Hubert Mono Ndjana, en écho au nouvel engagement pris par Paul Biya dans la lutte contre les détournements de fonds publiques.

Au soir du 21 juillet, nombreux étaient pourtant les militants impatients. «Nous attendions un Congrès ordinaire qui vienne remettre à plat toutes ces questions et qui s’achève par la désignation de nouveaux personnels dans les instances dirigeantes du parti», regrette en chœur l’armée des déçus. Des militants avaient été désignés ou élus dans ces structures du RDPC pour un mandat de cinq ans depuis…1996. Ce n’est visiblement pas le dossier le plus urgent pour Paul Biya. Au grand dam de ceux qui croyaient que ce Congrès serait l’occasion pour le président du RDPC de départager la multitude de ses «dauphins», souvent auto-désignés.



par Valentin  Zinga

Article publié le 22/07/2006Dernière mise à jour le 22/07/2006 à TU