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Balkans

Statut du Kosovo : on attendra 2007

Le report des conclusions de Martti Ahtisaari débouchera-t-il sur de nouvelles violences ? 

		(Photo : AFP)
Le report des conclusions de Martti Ahtisaari débouchera-t-il sur de nouvelles violences ?
(Photo : AFP)
Le Kosovo devait être fixé sur son avenir d’ici la fin 2006. Mais Martti Ahtisaari, l’envoyé spécial des Nations Unies chargé de conduire les négociations sur le statut futur du Kosovo, a annoncé vendredi, après une réunion avec les représentants des pays du Groupe de contact, qu’il ne présenterait ses conclusions qu’après les élections législatives serbes, convoquées pour le 21 janvier 2007. Déception et inquiétude parmi les habitants du Kosovo.

De notre correspondant à Pristina

La nouvelle n’a pas vraiment surpris à Pristina. Depuis quelque temps déjà, les responsables politiques albanais du Kosovo préparaient l’opinion au report des conclusions de Martti Ahtisaari. Pourtant, l’impatience ne cesse de croître dans la population, usée par un statu quo qui dure depuis plus de sept ans. «J’ai racheté le plus bel hôtel de la ville de Peja (Pec), j’ai investi des centaines de milliers d’euros, j’ai des projets pour faire venir les touristes, je suis prêt à investir encore pour ouvrir une station de ski. Mais comment le faire si le statut du Kosovo n’est pas tranché une bonne fois pour toutes, si de nouvelles violences sont toujours possibles», déplore Afrim, un homme d’affaires qui a fait fortune en Belgique. Il refuse d’être défini comme un «nationaliste». Pour lui, l’indépendance n’est qu’un choix réaliste, qui permettra au Kosovo de commencer à reconstruire son économie. «Certains continuent de croire que l’indépendance va tout régler. Ce n’est bien sûr pas le cas, mais l’incertitude actuelle est pire que tout».

Ce constat est unanimement partagé par la population albanaise, alors que la situation sociale ne cesse de se détériorer. Les syndicats estiment que plus de la moitié de la population active est au chômage. À l’approche de l’hiver, les coupures de courant se généralisent à nouveau. Dans certaines villes, il faut se priver d’électricité deux heures toutes les quatre heures, et la rumeur veut que les réserves de lignite, le charbon utilisé dans les centrales thermiques, soient épuisées, compromettant le fonctionnement des centrales d’Obilic. «Sans indépendance, pas de privatisations, et sans privatisations, pas de progrès économique en vue», soupire Rizah Bilalli, un professeur de français de Vuhstrri (Vucitrn), une petite ville proche de Pristina. «La communauté internationale nous avait promis la résolution du statut d’ici la fin de l’année 2006, maintenant on nous dit qu’il faudra attendre les élections serbes du 21 janvier prochain, mais ensuite, il y aura encore le veto russe au Conseil de sécurité, et des grandes tractations diplomatiques qui pourront durer des mois. Les citoyens du Kosovo vont payer le prix de ces grandes manœuvre, mais les Nations Unies ont tort de jouer de cette manière avec les nerfs des Kosovars, car cela finira par déboucher sur une explosion de violence que plus personne ne pourra maîtriser», assure-t-il.

La crainte de nouvelles violences

En octobre, le président du Parlement du Kosovo, Kolë Berisha, avait déjà ouvertement joué de la menace à l’intention de la communauté internationale, en affirmant que si la résolution du statut était repoussée, «personne ne pourrait contrôler les manifestations de colère». Plus prudents, la plupart des responsables politiques albanais affirmaient vendredi qu’ils gardaient confiance dans une issue rapide, qui ne peut être, selon eux, que l’indépendance. La veille, le Premier ministre Agim Ceku, ancien commandant en chef de l’UCK, avait lancé un autre message, en rappelant que le Parlement pourrait envisager une proclamation unilatérale d’indépendance.

Sur le terrain, les militants du mouvement Vetëvendosje (Autodétermination) sont bien décidés à faire monter la pression. Ils appellent déjà à de grandes manifestations pour le 28 novembre, jour du drapeau albanais, et pourraient prendre d’autres initiatives d'ici là. Vetëvendosje rejette le principe même de négociations avec Belgrade sous l'égide de la communauté internationale, et réclame une indépendance immédiate et sans conditions. Actif depuis près de deux ans, le mouvement a réussi à construire un réseau dans tout le Kosovo, et s’est «spécialisé» dans les opérations spectaculaires et fortement médiatisées. Pour Vetëvendosje, la Mission des Nations Unies (MINUK) s’apparente à une «administration coloniale». Dirigé par l’ancien leader étudiant Albin Kurti, Vetëvendosje recrute surtout parmi les jeunes, mais il est rejoint dans ses actions par des petits partis radicaux et des anciens combattants de l’UCK.

Au Kosovo, les fonctionnaires de la MINUK ont tous en tête le scénario des émeutes de mars 2004, avec une grande crainte : que les premières cibles de la colère albanaise, la prochaine fois, ne soient plus les Serbes, mais les représentants internationaux. La semaine dernière, les soldats allemands de la KFOR ont simulé une évacuation de toutes les missions internationales dans la ville de Prizren. L’opération s’est déroulée sans heurts, mais les habitants avaient choisi de faire ville morte, et aucun journaliste albanais ne s’est même présenté au point de presse. Une manière de souligner que le fossé entre la société albanaise et les forces internationales ne cesse de grandir.



par Jean-Arnault  Dérens à Pristina,

Article publié le 13/11/2006 Dernière mise à jour le 13/11/2006 à 09:04 TU