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Culture

2007, objectif Hergé

Capitaine Haddock, personnage de Hergé. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Capitaine Haddock, personnage de Hergé.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

«Mille millions de mille sabords de tonnerre de Brest» se serait exclamé le capitaine Haddock en apprenant qu' Hergé faisait son entrée dans le Temple de l’Art moderne. A l’occasion du centième anniversaire de la naissance du créateur de Tintin, le centre Pompidou, à Paris, présente l’œuvre du dessinateur de Bande Dessinée belge. Hergé en V.O, ainsi pourrait-on résumer cette exposition qui fait la part belle aux pièces originales : revue, album, planches, croquis, lettres. Pas de copie, que de l’authentique. Au musée saperlipopette ! …Ou les nouvelles aventures de Tintin, Milou, Haddock et consorts. A suivre jusqu’au 19 février 2007.

 

La grande famille de Hergé. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
La grande famille de Hergé.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

Le Centre Beaubourg et son affiche monumentale de l'exposition sur Hergé. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Le Centre Beaubourg et son affiche monumentale de l'exposition sur Hergé.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

Et si pour écrire l’album Hergé, l’on commençait par la fin... 1983, la mort du dessinateur belge laisse Tintin en suspension entre deux cases. Près de 7 ans après sa virée chez les Picaros, le célèbre reporter à la houppette avait en effet repris du service. Hergé travaillait à un nouvel album, L’Alph-Art qui restera donc inachevé. Sur l’une des planches exposées à Beaubourg, le visiteur peut y déchiffrer un drôle de dialogue qui résonne comme un savoureux clin d’œil au destin. Un émir en veine d’investissements raconte qu’il est prêt à «offrir une somme considérable pour la raffinerie qu’on a construit récemment à Paris et dont on a fait un musée». Réponse de son interlocuteur : «Vous parlez du centre Beaubourg, excellence ?». Ironie du sort, près d’un quart de siècle après sa disparition, voici Hergé qui prend donc ses quartiers là où l’émir voyait des pipe-line. Pas pour autant roi du pétrole, Hergé, puisque l’exposition qui lui est consacrée ne se tient pas au sixième étage, le niveau des grandes expositions artistiques. Elle occupe les espaces du rez-de-chaussée et du sous-sol, telle une offrande faite au public. Le centre Pompidou l’a d’ailleurs voulue gratuite. Sans doute parce qu’«on a tous quelque chose de Tintin en nous», selon le bon mot de Laurent Bon, le commissaire de l’exposition.

Tintin, le petit héros de Hergé. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Tintin, le petit héros de Hergé.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

 

La main d’Hergé

Hergé dessine Tintin. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Hergé dessine Tintin.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

Une expo Hergé, pas payante mais pas non plus au rabais. Scénographie soignée («Comme pour Matisse ou Picasso», dixit Laurent Bon) qui, du sol aux cimaises, se drape de rouge, la couleur préférée d’Hergé, de son vrai nom Georges Rémi. Prenez les initiales, retournez les et vous obtiendrez le pseudonyme du père de Quick, Flupke, Jo, Zette, Jocko et Tintin, tous reconnaissables à la fameuse «ligne claire» qui a toujours guidé la main d’Hergé et qui pourrait se résumer comme suit : pas de détails superflus. Pas plus simple et, en même temps, gracieuse que la bouille de Tintin : un rond pour le visage, deux points pour les yeux, un trait pour la bouche, un «u» pour le nez et le tour est joué. A force toutefois d’esquisses sans cesse retouchées. Car derrière l' apparente simplicité se cachent des heures et des heures de travail. L’envers du décor… Le parti-pris précisément de cette exposition qui place le spectateur «au cœur du processus de création» souligne Laurent Bon avant d’ajouter que «la force de l’exposition tient dans la diversité des croquis, la diversité du making of. On dit au spectateur, regardez derrière les planches que vous avez compulsées dans votre jeunesse».

Le Lotus bleu : planche 18 de la version noir et blanc publiée dans le petit «<em>vingtième</em>», n°40, 4 octobre 1934. (© Hergé/ Moulinsart 2006)
Le Lotus bleu : planche 18 de la version noir et blanc publiée dans le petit «vingtième», n°40, 4 octobre 1934.
(© Hergé/ Moulinsart 2006)

Dessins d’attitudes, esquisses d’une scène, études pour l’intérieur d’une fusée, silhouettes griffonnées à l’excès, planches blanchies au typex… Plus de 20 ans après la mort d’Hergé, le public reste médusé devant cette quantité d’essais au crayon de bois, le nez scotché aux vitrines qui renferment ces trésors de patience et d’efforts. Pas de doute, après pareille «épreuve», on ne regarde plus les couvertures cartonnées des aventures de Tintin avec la même désinvolte familiarité. Entre 1930 et l’apparition de Tintin au pays des Soviets et 1976, année de la sortie des ultimes aventures du reporter, en l’occurrence chez les Picaros, ce sont des centaines et des centaines d'ébauches et de croquis documentaires qui ont été noircis. Un travail de Titan. Témoin, ce cliché où Hergé et ses collaborateurs posent sur un sol jonché de dessins. Car, à partir de 1950, le dessinateur belge n'est plus seul. Il fonde les Studios Hergé pour mener à bien l'ambitieux projet On a marché sur la lune.

Le Lotus bleu

Le Lotus bleu : illustration extraite d'une case de la planche 96 de la version noir et blanc publiée dans «<em>le petit vingtième</em>», n°27, 4 juillet 1935. (© Hergé/ Moulinsart 2006)
Le Lotus bleu : illustration extraite d'une case de la planche 96 de la version noir et blanc publiée dans «le petit vingtième», n°27, 4 juillet 1935.
(© Hergé/ Moulinsart 2006)

Perle de l’exposition, la collection complète des 124 planches originales du Lotus bleu, dessinées entre 1934 et 1935. «Une petite chapelle Sixtine», confesse Laurent Bon. Il faut en effet pénétrer dans une pièce à part pour contempler toutes ces planches au grain bleuté. Et si Hergé n’est pas Michel-Ange, c’est tout de même avec cet album publié en 1936 qu’il donne vraiment corps à son personnage en pantalon de golf. «Jusqu’au Lotus bleu, les aventures de Tintin formaient une suite de gags. Rien n’était construit, prémédité. Je partais moi-même à l’aventure». Une phrase signée Hergé qui, en prenant la route de l’Extrême-Orient, va donc entrer dans une autre dimension. Déterminante de ce point de vue, sa rencontre avec Tchang Tchong Jen, jeune étudiant chinois inscrit aux Beaux-Arts à Bruxelles.

 

Sophie Tchang, la fille de Tchang Tchong Jen. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Sophie Tchang, la fille de Tchang Tchong Jen.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

Contacté pour renseigner Hergé sur la situation en Chine, il lui ouvre finalement de nouveaux horizons, tant culturels que graphiques. Il l’initie à l’art du pinceau et lui fait découvrir la poésie. Bien des années plus tard, Hergé reconnaîtra que s’il en est arrivé à s’«intéresser aux gens, aux pays vers lesquels, [il ] envoyai[t] Tintin par souci d’honnêteté vis à vis de ceux qui [le] lisaient, [c’était] grâce à Tchang». Lequel, en guise de remerciements éternels, prête ses traits au jeune héros chinois du Lotus bleu, un certain… Tchang. Bluffant de ressemblance, avec «sa mèche noire, sa petite taille et son courage», si l’on en croit Sophie Tchang, la fille du modèle.

 

Sophie Tchang

La fille de Tchang Tchong Jen

«Tchang Tchong Jen et Hergé se sont rencontré le 1er mai 1934 et ils ont eu tout de suite un très bon contact.»

«Tintin, c’est moi»

Tintin en cosmonaute sur la Lune. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Tintin en cosmonaute sur la Lune.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

Quant à percer le mystère du succès de Tintin, selon Etienne Pollet, éditeur d’Hergé chez Casterman, c’est peine perdu. Beaucoup, à commencer par Hergé lui-même, s’y sont cassés les dents. Etienne Pollet ose néanmoins lancer une piste, «le bel équilibre entre le scénario et le dessin». Interviewé par la télévision suisse-romande dans les années 60, Hergé tente lui aussi une explication : «Chaque événement qui lui arrive est finalement assez plausible. Il ne fait pas des choses incroyables. […] Chaque enfant peut s’identifier à Tintin». A moins, à l’inverse, que ce ne soit son côté irréel qui rende ce personnage universellement attachant, selon la version retenue par Etienne Pollet.

Tintin et Milou à l'exposition du Centre Beaubourg. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Tintin et Milou à l'exposition du Centre Beaubourg.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

Quoi qu’il en soit, «ce petit monde à la Balzac avec tous ces personnages qui entrent, qui sortent au gré des aventures» (Hergé), s’il a accaparé toute l’énergie du dessinateur belge, c’est un peu par défaut. Ce que rappellent quelques-uns des documents exposés à l’instar de cette photo où l’on peut voir Hergé en compagnie d’Andy Warhol ou de cette lettre envoyée en 1976 à Tchang et dans laquelle Hergé annonce à son vieil ami qu’il vient d’acquérir un Mobile de Calder. A la fin des années 50, Hergé a un temps nourri le rêve d’abandonner son petit personnage pour entamer une nouvelle carrière d’artiste peintre. Mais son expérience s’est vite révélée décevante. «Pas du niveau de Tintin», lui aurait-on dit lors d’une présentation de ses toiles. On comprend mieux dès lors qu’il se soit tant investi dans Tintin au point d’écrire, à la manière de Gustave Flaubert : «Tintin, c’est moi». Son chef d’œuvre à lui, «saperlipopette» !

* Pour voir d'autres photographies de l'exposition cliquez ici.



par Elisabeth  Bouvet

Article publié le 31/12/2006 Dernière mise à jour le 31/12/2006 à 17:28 TU

Biographie (repères)

Couverture du premier numéro de l’édition belge du journal Tintin, publié le 26 septembre 1946. (© Hergé/ Moulinsart 2006)
Couverture du premier numéro de l’édition belge du journal Tintin, publié le 26 septembre 1946.
(© Hergé/ Moulinsart 2006)

1907. Naissance le 22 mai à Bruxelles de Georges Rémi.

1928. Georges Rémi est chargé de créer un supplément pour les jeunes dans le quotidien Le XXe Siècle. Le premier numéro du Petit XXe parait le 1er novembre.   

1929. Naissance de Tintin et Milou dans le Petit XXe.  

1930. Tintin au pays des Soviets.

1934. Hergé rencontre Tchang, un étudiant chinois qui l'aide sur Le Lotus Bleu. Rencontre décisive pour la suite de son travail.  

1942. A la demande des éditions Casterman, Hergé reformate les histoires de Tintin  pour les publier en albums standardisés de 62 pages en couleur.

1946. Lancement de l'hebdomadaire Tintin qui sort chaque jeudi.  

1950. Hergé crée les studios Hergé. Objectif, On a marché sur la lune.

1958. Tintin au Tibet, album de l'amitié (on y retrouve Tchang) mais aussi de la crise qu'Hergé traverse dans sa vie personnelle. 

1960. Hergé ralentit son rythme de travail. Se met à voyager, découvre l'art moderne. 

1983. Georges Rémi meurt à Bruxelles le 3 mars.

1986. Création de la Fondation Hergé le 30 décembre.