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Energie

Gel du projet suisse de géothermie

La première centrale géothermique suisse a généré de nombreuses mini secousses telluriques à la suite de l'injection d'eau pressurisée à 5 000 m de profondeur. 

		(Photo: AFP)
La première centrale géothermique suisse a généré de nombreuses mini secousses telluriques à la suite de l'injection d'eau pressurisée à 5 000 m de profondeur.
(Photo: AFP)
Trois séismes ont été enregistrés à Bâle (Suisse), depuis le 8 décembre 2006. Ils ont été causés par des essais de forage et de stimulation de la roche en vue de créer une centrale géothermique. Le programme, baptisé Deep Heat Mining («exploitation minière de la chaleur profonde»), avait été confié à une société exploitante, Geopower. Pour l’heure, le programme est gelé. L’analyse des risques devrait encore prendre quelques mois et si le projet devait être poursuivi, il faudrait attendre au moins un an avant l’érection d’une tour de forage.

De l’eau chaude naturelle et de l’électricité, sans que les installations génèrent pollution ou déchets, voilà ce que vise à produire une centrale géothermique. Comment ? En forant profondément dans la croûte terrestre et en injectant de l’eau sous pression dans le sous-sol afin d’exploiter la chaleur de la Terre. Le puits foré, dans lequel l’eau est injectée, est relié à d’autres puits par lesquels, au gré d’un jeu successif de pressions, l’eau circulant en circuit fermé est remontée. Plus l'on fore profond, plus la température augmente. Le principe n’est pas nouveau car l'énergie géothermique est exploitée dans des réseaux de chauffage et d'eau chaude depuis des milliers d'années en Chine, dans la Rome antique et dans le bassin méditerranéen. Mais l’installation d’un site pilote au nord de Bâle, à proximité des frontières allemande et française a suffi, dès les premiers essais de stimulation, à déclencher trois séismes en un peu plus d’un mois. Les habitants ont porté plainte. L’évaluation des risques du programme Deep Heat Mining, confié à la société exploitante Geopower, est critiquée de toutes parts.

Ici, un miroir cassé ; là, des grincements de poutre sur un toit. Les dégâts signalés, consécutifs aux séismes, sont minimes. De facto, une magnitude de 3,7 sur l’échelle de Richter (une mesure qui sert à quantifier l'énergie libérée lors d'un séisme), ce n’est pas très violent. Mais, cela suffit à inquiéter et ce, d’autant plus, quand le séisme n’est pas naturel et qu’il est ressenti comme une réponse négative de la nature à l’activité humaine. Or, le département des travaux publics de Bâle-Ville, qui endosse la responsabilité d’avoir accepté le lancement des travaux de stimulation à l’origine des désordres, n’est pas, actuellement, en mesure de se prononcer sur les réactions du sol et l’éventualité de séismes plus importants dans le cas où la totalité de l’eau, qui se trouve à 5 000 mètres de profondeur, serait pompée.

Des risques sous-évalués

Environ deux cents plaintes pénales ont été déposées. «Je ne comprends pas que ce projet ait été accepté dans une ville connue pour se situer sur une faille sismique active», s’est indigné un Bâlois dont la maison, située à quelque 8 kilomètres du site de forage a légèrement tremblé. Les habitants gardent en effet en mémoire, une peur ancestrale liée à la destruction totale de leur ville par un tremblement de terre, au XIVe siècle. Selon un expert en géophysique de renommée internationale, Max Wyss, cité par Le Temps, un journal bâlois, «il est peu probable que les travaux bâlois détendent l’énergie sismique contenue dans le sol. Il n’en demeure pas moins, souligne le scientifique, que le projet de Bâle [est] situé dans une zone à tremblement de terre reconnue, et, qui plus est, dans une ville où se trouve grand nombre d’industries pharmaceutiques».

La société d’exploitation Geopower a reconnu que la technologie utilisée était encore assez peu connue et qu’elle nécessitait des recherches approfondies. Les autorités bâloises reconnaissent, de leur côté, avoir sous-évalué les risques. La Société suisse pour la géothermie a demandé, vendredi, la création rapide d’un programme national de recherche sur la technologie utilisée dans le projet de création de cette centrale. Si le projet est maintenu, il devrait permettre d’alimenter 2 700 ménages en chauffage sans émission de gaz à effet de serre, et 10 000 autres en électricité. En attendant les compte-rendus des experts scientifiques, le ministère public rassemble et examine les plaintes civiles.

par Dominique  Raizon

Article publié le 24/01/2007 Dernière mise à jour le 24/01/2007 à 17:54 TU

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(Photo: EUMETSAT 2002)