France 2007 - élection présidentielle
Besancenot : facteur toujours, candidat deux fois

(Photo : AFP)
Mai 68, il n’a pas connu. Et ça ce voit. Olivier Besancenot est né en 1974. Ses luttes, à lui, ont commencé à l’aube des années 90, dans la France du chômage et des banlieues. Il est de la génération mondialisation, pas libération. Ce sont les injustices sociales et le racisme qui ont éveillé la conscience politique de celui qui n’était alors qu’un adolescent. Il a 14 ans quand un jeune de son quartier, à Louviers (Eure), est assassiné à cause de ses origines. Un meurtre qui le pousse vers SOS-Racisme. Il se sent concerné par les discriminations même s’il n’est pas directement touché et se trouve plutôt protégé. La cité où le drame a lieu, il la connaît mais il n’y habite pas.
Car la famille Besancenot ne vit pas côté HLM mais côté pavillons. Le déménagement d’Asnières, où le petit Olivier a passé ses premières années, à Louviers, en 1979, a correspondu à l’installation dans une petite maison avec jardin. Pas de luxe mais du confort. Chez les Besancenot, on ne manque de rien : papa est professeur de physique dans un collège, maman est une institutrice reconvertie en psychologue scolaire. Olivier est le petit dernier des trois enfants. Il a un frère et une sœur. Rien que de très banal.
Tout commence au collège
Mais l’environnement ne fait pas l’homme. Sa famille est plutôt de gauche, sans plus. Pourtant, la fibre sociale, ou antisociale (?), d’Olivier Besancenot s’exprime dès le collège et le pousse dans une quête de radicalité. Et comme les choses sont bien faites, c’est dans son établissement scolaire qu’il rencontre l’homme qui va l’aider à développer son envie de militantisme : son professeur d’allemand. Lui-même engagé, il ouvre à l’adolescent les portes des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR). Le premier pas est fait. Quand les lycéens organisent un mouvement de grève en 1990, Olivier Besancenot en est, bien sûr. Et en 1991, il poursuit son cheminement militant et adhère à la Ligue communiste révolutionnaire, l’organisation des grands. En 1996, il fait déjà partie du comité central et en 1999, il entre au bureau politique. Il a 25 ans.
C’est donc un étudiant engagé qui s’inscrit à la faculté de Nanterre, en histoire, après avoir passé son bac. Coup de chance, il n’a pas longtemps à attendre pour avoir une occasion de montrer ses qualités de leader. Il s’illustre dans les grandes grèves organisées en 1995. Il fait ses armes dans les assemblées générales et participe activement à entretenir la mobilisation étudiante. Est-ce parce qu’il multiplie les activités extra-scolaires qu’il met cinq ans à passer sa licence ? Peut-être. Il est vrai qu’en plus de son engagement politique, Olivier Besancenot travaille pour payer ses études. Il est magasinier à mi-temps dans un supermarché. Un job alimentaire qu’il prend tout de même au sérieux puisqu’il s’y implique au point de monter une section syndicale CGT dans le magasin. On ne se refait pas.
Le profil social idéal
Si Olivier Besancenot est jeune, c’est donc tout de même un vieux militant. Et pour cause, il a commencé à l’âge des goûters et des patins à roulettes. A défaut des années, il a du métier. C’est certainement en grande partie pour ça qu’Alain Krivine et la direction de la LCR l’ont sollicité en 2002 pour être candidat à l’élection présidentielle. Il avait fait ses preuves de militant sur le terrain, notamment en participant à plusieurs forums sociaux (Porto Alegre, Gênes). Et il avait le profil social idéal. Car Olivier Besancenot travaille à la Poste, bastion du service public et des luttes syndicales. Il y est entré en 1997, s’est affilié au syndicat Sud. Il a été affecté centre de Levallois avant d’être envoyé à Neuilly-sur-Seine, la ville de Nicolas Sarkozy ! Il habite un quartier populaire de Paris (18e arrondissement) et vit dans un studio. A force de correspondre au portrait-robot du militant d’extrême-gauche, on pourrait croire qu’il l’a fait exprès. Mais quoi de mieux pour être crédible et défendre les thèmes chers à la LCR : la dénonciation des méfaits du libéralisme, des abus des grands patrons, des délocalisations, des licenciements, des magouilles des politiques, la défense des sans-papiers…
En terme d’image, l’arrivée d’Olivier Besancenot sur le devant de la scène politique représente un renouvellement incontestable. Sa bouille ronde le faut paraître encore plus jeune qu’il n’est. Ses jeans et ses tee-shirts sont passe-partout dans la rue mais bien singuliers à la télé en face des caciques de la politique avec lesquels il débat sans complexe. Son langage décontracté, un brin populaire, en fait quelqu’un de proche, accessible. Mais quand on l’entend parler, on comprend qu’il ne faut pas se fier à son air presque angélique.
Décontracté mais redoutable
Olivier Besancenot est un véritable professionnel de la politique. Son discours est bien huilé, ses arguments attendus mais dispensés avec aisance et fluidité. Il n’est pas arrivé là par hasard. S’il est plus pragmatique que dogmatique et ne porte pas le trotskisme en bannière (il préfère Che Guevara), il maîtrise tous les registres de la problématique «communiste révolutionnaire» et notamment celui du rejet de la gauche libérale. Le Parti socialiste ne trouve pas grâce à ses yeux. Il s’inscrit dans la lignée, voire un peu plus à gauche, que les aînés qui l’ont coaché : François Sabado et Alain Krivine, dont il a d’ailleurs été l’attaché parlementaire en 2000, lorsque celui-ci était député européen à Strasbourg. Le seul intermède durant lequel il n’a pas distribué le courrier pour gagner sa vie.
Olivier Besancenot est convaincu et engagé, disponible et investi. Mais il ne vit pas seulement pour la LCR. Il sort, il s’amuse et il ne s’en cache pas. Il fait du sport, de la boxe française et du football dans l’équipe de son centre de tri. Il aime le rap (Joey Starr est son copain), le hip-hop, et les boites de nuit, le trentenaire révolutionnaire vit avec son temps. Même s’il s’est un peu assagi depuis 2003, l’année où il est devenu papa. Olivier Besancenot ne médiatise pas énormément sa vie privée mais il ne se présente pas en moine de la politique. Plutôt en pourfendeur des politiques.
par Valérie Gas
Article publié le 01/02/2007 Dernière mise à jour le 01/02/2007 à 09:35 TU
