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Economie

Tourisme médical : un business sans frontières

Un patient anglais a choisi de venir en Tunisie pour passer une IRM. 

		(Photo : AFP)
Un patient anglais a choisi de venir en Tunisie pour passer une IRM.
(Photo : AFP)
La Commission européenne réfléchit à un projet de directive pour encadrer le tourisme médical. La santé se mondialise. Les migrations médicales ne concernent plus seulement la chirurgie esthétique. Cardiologues, dentistes et ophtalmologistes proposent dans le monde entier des soins à des prix défiant toute concurrence.

Afin d’avoir un cadre juridique plus sûr, le commissaire européen à la Santé, Markos Kyprianou, compte présenter fin 2007 ou courant 2008, un projet de directive «pour réglementer les prestations sur les soins transfrontaliers». Il vient d’en présenter les grandes lignes dans un entretien publié, lundi 5 février, par le quotidien Le Figaro. Avec ce texte, Markos Kyprianou entend notamment définir quand et comment un citoyen peut recevoir un traitement médical à l’étranger et quel système de sécurité sociale devra payer ces soins. En dehors des Pays-Bas, les 27 pays de l’Union européenne sont demandeurs d’un «cadre juridique plus clair», fait valoir Markos Kyprianou. Le commissaire à la Santé se défend de vouloir «libéraliser le secteur» et explique que seule «la jurisprudence de la Cour européenne de justice (CEJ) a créé cette concurrence, en particulier lorsqu’elle rappelle que les règles du marché intérieur, s’appliquent aux services de santé». A ce sujet, la jurisprudence de la CEJ demeure relativement floue. En 2006, une patiente britannique a obtenu de la CEJ que le National Health Service réexamine son refus de la rembourser d’une opération des hanches subie en France en 2003.  

Pour l’heure, le projet de directive n'en est qu’à ses débuts. Par ailleurs, la Commission réfléchit à la constitution de pôles européens de santé qui permettraient aux patients de mieux tirer parti des domaines de spécialité médicale propres à chaque pays. En effet, le tourisme médical explose. Chaque pays a sa spécialité. Opération du cœur en Inde, greffe du foie en Thaïlande, implants dentaires en Hongrie, réfection nasale en Tunisie, greffe de cheveux à l’île Maurice, chirurgie mammaire au Maroc et fécondation in vitro en Espagne. De plus en plus d’agences de voyages proposent des séjours «chirurgie-vacances» destinés à des clients soucieux d’économies, de rapidité et de discrétion. Partout, des tours opérateurs spécialisés proposent des offres qui associent «scalpels-safari» en Afrique du Sud, «bistouri-oasis» au Maroc et «lifting-plages de sable fin» en Thaïlande.

Des tarifs de 40 à 70% inférieurs à ceux des pays industrialisés

L’Inde est l’un des pays pionniers du secteur. Le tourisme médical aurait rapporté près de 300 millions d’euros en 2003, et pourrait peser près de 2 à 3 milliards d’euros d’ici à 2012, selon le cabinet d’études McKinsey. Les premiers touristes médicaux étaient des patients des nations voisines : Népal et Bangladesh et du Moyen-Orient. Désormais, ils viennent de plus en plus des anciennes Républiques soviétiques, de Grande-Bretagne, des Etats-Unis ou du Canada. L’Asie du sud-est continue d’engranger de bons résultats. 700 000 patients étrangers sont soignés tous les ans en Thaïlande. Le pays a ainsi généré près de 560 millions d’euros de revenus en 2005. L’Afrique du Sud et les pays du Maghreb ont également développé toute une gamme de soins qui vont de l’opération de la cataracte au Maroc à la chirurgie plastique en Tunisie et en Afrique du sud. La Hongrie et la Roumanie se sont, eux, spécialisés dans les séjours dentaires, recherchés de plus en plus par les patients en raison de l’explosion des prix dans les cabinets dentaires en Europe de l’ouest.

Pourquoi New Delhi plutôt que Londres ou Berlin ? Cet engouement s’explique d’abord par des prix alléchants. Les tarifs sont en moyenne de 40 à 70% inférieurs à ceux pratiqués dans un pays industrialisé : une chirurgie cardiaque coûte 30 000 dollars aux Etats-Unis tandis qu'elle coûte 6 000 dollars en Inde. Refaire les seins, va de 15 000 à 20 000 dollars aux Etats-Unis, tandis que cette opération revient à 2 500 dollars en Thaïlande. Pour un acte dentaire de 300 à 400 dollars aux USA, son équivalent en Inde est de 20 à 40 dollars. Un lifting complet du visage (voyage et hôtel compris) peut coûter 4 500 dollars en Afrique du sud, moitié moins qu’en Occident. Reste un obstacle de taille : la crainte des problèmes opératoires. Qui assurera le suivi des actes en cas de complication, une fois le patient rentré chez lui, dans son pays ? A terme, les hôpitaux étrangers et notamment indiens, cherchent à mettre en place un système international d’accréditions avec une certification-qualité. Les assurances privées les encouragent d’ailleurs à apporter ces gages pour convaincre les patients de venir s’y soigner. De quoi réaliser de substantielles économies !



par Myriam  Berber

Article publié le 05/02/2007 Dernière mise à jour le 05/02/2007 à 15:56 TU