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Allemagne-Pologne

Angela Merkel en mission de «réchauffement climatique»

Le Premier ministre Jaroslaw Kaczynski a accueilli la chancelière Angela Merkel, à Varsovie. 

		(Photo : Reuters)
Le Premier ministre Jaroslaw Kaczynski a accueilli la chancelière Angela Merkel, à Varsovie.
(Photo : Reuters)
La chancelière allemande place sa visite en Pologne sous le signe de la décontraction. Après les réceptions officielles à Varsovie, elle sera l’hôte du couple présidentiel dans sa résidence des bords de la Baltique. Un cadre susceptible d’atténuer l’âpreté des relations entre les deux pays.

La fin de semaine en Pologne d’Angela Merkel tient du week-end à la mer, de la visite nostalgique et de la diplomatie informelle.

La chancelière allemande connaît bien la station balnéaire de Gdansk, près de laquelle le président polonais Lech Kaczynski possède la résidence où elle et son mari ont été invités.

Pour l’ancienne militante que la police est-allemande avait classé comme «anticommuniste», Gdansk résonne encore comme le symbole du réveil démocratique au sein du bloc soviétique, incarné par les grèves des chantiers navals et les manifestations de Solidarnosc. Les anciens compagnons des années 80 l’ont d’ailleurs accueilli à l’université de Varsovie ce vendredi, chargés de souvenirs de feux de camps et de chansons. Son mari actuel, Joachim Sauer, est toujours resté lié avec ses collègues universitaires polonais depuis cette époque.

Parler simplement de choses sérieuses

Le choix d’un cadre intime -la résidence présidentielle de Hel- devrait permettre aux deux chefs d’Etat de se  «connaître personnellement et (de) parler aussi simplement des choses qui nous viennent à l’esprit», comme l’a déclaré la chancelière avant son départ d’Allemagne.

La conversation entre Lech Kaczynski et Angela Merkel sera cependant tout, sauf anodine car les frictions sont nombreuses entre les deux pays. En outre, la présidence allemande à la tête de l’Union européenne exige quelques résultats: la Pologne, nouvelle adhérente, est loin de vouloir obéir aux aînés.

Le rapprochement entre la Russie et l’Allemagne, amorcé il y a trois ans, a réveillé les peurs historiques de la Pologne de se voir écrasée par ses voisins. Une série de contrats commerciaux entre les deux puissances économiques a jeté un froid à Varsovie, alors sur le point de rejoindre une Europe unie par des échanges préférentiels.

La construction d’un gazoduc reliant directement les gisements de Sibérie orientale à la Poméranie, en passant au fond de la mer Baltique, prive la Pologne de substantielles taxes. A son arrivée au pouvoir en 2005, peu après que son prédécesseur Gerhard Schröder soit nommé président du consortium germano-russe en charge du projet, la chancelière avait aussitôt tenté de rassurer les Polonais sur son souci de les intégrer à cet accord. Si proposition de coopération il y a eu, aucune n’a été pour l’instant concrétisée.

Des contentieux liés à l’Histoire

La Deuxième Guerre Mondiale pèse encore lourdement sur les relations entre les deux pays. Par intermittence, les groupes nationalistes allemands et polonais s’envoient leurs revendications à la tête.

En décembre passé, vingt-deux plaintes ont été déposées par des associations d’Allemands expulsés d’Europe de l’Est après 1945, devant la Cour européenne des Droits de l’homme. En réponse aux demandes d’indemnisations de ces anciens habitants, Lech Kascynski avait prévenu : «cette demande risque de déclencher des mécanismes dangereux» faisant allusion aux résultats d’une évaluation des destructions commises pendant l’occupation allemande de Varsovie, qu’il avait ordonnée alors qu’il était maire de la ville. Selon lui, de telles revendications pourraient «nuire gravement aux relations germano-polonaises».

Le ton est encore monté récemment avec les déclarations d’Erika Steinbach, député de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti d’Angela Merkel, et présidente d’une de ces principales associations. Celle-ci a comparé les partis au pouvoir à Varsovie à des formations néo-nazies.

La Constitution européenne en question

Les talents de médiatrice de la chancelière vont pouvoir également s’exercer sur deux autres dossiers brûlants : la Constitution européenne et le projet des Etats-Unis d’étendre son bouclier anti-missiles en Europe centrale.

A quelques jours du cinquantième anniversaire du Traité de Rome, Angela Merkel, actuellement à la présidence de l’Union européenne, aimerait convaincre son homologue polonais de ne pas vouloir réécrire «sa» version de la Constitution. La Pologne conteste plusieurs de ses principes et voudrait y voir inscrit dans le marbre la mention de l’héritage chrétien.

Alliée des Etats-Unis, la Pologne a accepté l’installation d’une dizaine d’intercepteurs de missiles destinés à contrer une éventuelle attaque de l’Iran ou de la Corée du Nord, sous le prétexte que les Européens ne prenaient pas en compte ces nouvelles probabilités. La décision avait provoqué une violente réaction de la Russie.

Les pays-membres de l’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord), de leur côté, ont commencé à réfléchir à l’organisation d’une force de défense propre à la nouvelle situation. Ces derniers ont cependant convenu que l’accord entre les Américains, les Polonais et les Tchèques relevaient de la souveraineté des pays concernés et qu’ils ne proposeraient rien avant que les conditions de celui-ci ne soient finalisées. Une stratégie qui permet de ne pas se fâcher avec la Russie.



par Marion  Urban

Article publié le 16/03/2007 Dernière mise à jour le 16/03/2007 à 18:00 TU

Audio

Amélie Poinssot

Correspondante de RFI à Varsovie

«Angela Merkel a rappelé ses arguments en faveur du Traité européen.»

[16/03/2007]