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Guinée

Les militaires ne décolèrent pas

Dans les nuits du 2 au 3 mai et du 3 au 4 mai, toutes les casernes militaires dans les principales villes du pays ont été le théâtre de coups de feu tirés en l’air et de manifestations, violentes par endroits, des soldats qui réclamaient leur dû. Il y a eu deux morts et plus de soixante-dix blessés.

Début avril 2007 : le Premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté, lors de sa rencontre avec la communauté guinéenne de Paris. 

		(Photo : Didier Samson/RFI)
Début avril 2007 : le Premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté, lors de sa rencontre avec la communauté guinéenne de Paris.
(Photo : Didier Samson/RFI)

Face à cette situation nouvelle de revendication arme au poing, un Conseil des ministres extraordinaire a été convoqué dans l’après-midi du 4 mai «pour analyser» la situation. Selon le porte-parole du gouvernement, le président de la République «a chargé le Premier ministre de rencontrer les Forces armées nationales pour discuter en toute sérénité de toutes les questions de contestation et de revendication». En effet, dès la fin de ce conseil et de la réunion en urgence du Conseil national de Défense et de Sécurité, Lansana Kouyaté s’est rendu au camp Alpha Yaya Diallo de Conakry.

Il a été reçu par des soldats, officiers et sous-officiers confondus, qui ont d’emblée affiché leur détermination tout en précisant au Premier ministre que l’idée d’un coup d’Etat était loin de leurs préoccupations mais qu’ils voulaient recouvrer leur dû. «Ce n’est pas la meilleure manière de réclamer son droit, mais on nous oblige à le faire», confiait à l’AFP un jeune cadre de l’armée guinéenne. Les militaires guinéens accusent un groupe d’officiers supérieurs de détourner, depuis 9 ans, une partie de leur salaire par un jeu de retenues dont le montant total s’élèverait à 300 millions de francs guinéens, soit 75 000 euros.

Lansana Kouyaté, qui est allé au camp Alpha Yaya Diallo de Conakry sans a priori, a précisé à ses interlocuteurs qu’il venait à leur rencontre au nom du chef de l’Etat, Lansana Conté, qui est, par ailleurs, le chef suprême des armées. Le Premier ministre n’a rien promis, mais il a demandé aux militaires de Conakry de persuader leurs frères d’arme des villes de province de renoncer à la violence. «Je retourne voir le chef de l’Etat pour trouver une solution immédiate à vos revendications», a-t-il précisé n’excluant pas de se rendre à Kindia, Labé, Faranah, Guékédou, Macenta, Kankan, bref dans toutes les garnisons militaires où la colère gronde.

«Vol crapuleux»

Après le départ du Premier ministre du camp Alpha Yaya Diallo, les militaires ont affiné leurs revendications et ont posé quelques préalables en prévision des négociations à venir. Ils réclament la démission de certains hauts cadres de l’armée qu’ils accusent de «vol crapuleux», tels que le général Arafan Camara, actuel ministre de la Défense nationale, le général Kerfala Camara, le chef d’état-major général des armées, le général Kandet Oumar Touré, le directeur de cabinet du ministère de la Défense nationale et le colonel Bambo Fofana, l’intendant militaire des Forces armées. Ils récusent la participation de ces officiers supérieurs à tout dialogue avec eux.

Les militaires annoncent, par ailleurs, qu’ils attendent encore quelques jours que le pouvoir politique leur propose des rendez-vous de discussion faute de quoi, «nous ne tirerons pas dans les casernes mais en pleine ville, et nous n’arrêterons que lorsqu’on sera en rupture de munitions ou que le problème aura été résolu». Ils ont également ajouté à leurs exigences de discuter directement avec le président de la République, le général Lansana Conté, «les yeux dans les yeux, sans intermédiaire, parce que nous parlons le même langage».        

par Didier  Samson

Article publié le 07/05/2007 Dernière mise à jour le 07/05/2007 à 14:21 TU