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Immigration aux Etats-Unis

La réforme pointe à l’horizon

A la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. 

		(Photo: AFP)
A la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.
(Photo: AFP)
Républicains et démocrates se sont mis d’accord sur un projet de loi qui vise à réformer la politique d’immigration des Etats-Unis. Ce projet permettrait à la grande majorité des quelques douze millions de clandestins de sortir de l’ombre et d’obtenir une régularisation de leur situation. En même temps, les frontières devraient se voir renforcées.

Pendant trois mois, ils ont négocié derrière des portes fermées au public. Le fruit de ces entretiens secrets entre le président George W. Bush et des sénateurs républicains et démocrates a été présenté jeudi à Washington. Sur 380 pages, s’étale un projet de loi, qui pourrait devenir la première réforme du système d’immigration des Etats-Unis depuis quatre décennies.

Le chef d’Etat américain a immédiatement salué l’annonce de ce compromis entre républicains et sénateurs qui offre, selon lui, «pour l'immigration un système sûr, productif, ordonné et juste. J'applaudis à la réussite des sénateurs qui ont travaillé au cours des derniers mois dans un esprit transgressant les clivages partisans pour faire face à cette question cruciale pour les Américains».

En effet, depuis des mois, le baromètre est à l’orage au Congrès à Washington. Une bataille sans merci y oppose les démocrates et l’administration Bush avec, en toile de fond, le parti du président, les républicains. L’accord sur l’immigration, qui a été trouvé entre les deux camps adversaires, ressemble, du coup, à une sorte de «troc politique» : les démocrates ont réussi à imposer un programme de régularisation de masse, chose pour laquelle les démocrates s’étaient battus pendant de longues années. En échange, les républicains ont obtenu le principe d’une immigration basée sur le mérite - avec l’idée de rendre les Etats-Unis plus compétitifs dans l’arène de l’économie internationale.

Deux axes pour satisfaire l’électorat

Le projet de loi tourne principalement autour de deux axes : le premier comporte un programme de régularisations de masse des quelques douze millions d’immigrés clandestins. Ce programme comporte la création de 400 000 visas de travailleurs temporaires par an. Ces visas, renouvelable deux fois, permettraient aux travailleurs non-qualifiés de vivre et de travailler aux Etats-Unis pendant deux ans. Pour les immigrés avec un certains degré de formation, le projet prévoit de privilégier, à l’avenir, des critères de formation professionnelle, plutôt que des liens familiaux, en instaurant un système de points. Mais le volet le plus spectaculaire de ce projet de réforme est probablement la création d’un visa «Z» : le clandestin devrait se déclarer aux autorités, payer une amende de 5 000 dollars et sortir du territoire des Etats-Unis pour obtenir la fameuse «Green Card» avec, enfin, la perspective de transformer ce permis de séjour permanent en une naturalisation définitive.

Cette option de régularisations massives a été surtout chère aux démocrates, qui comptent ainsi gagner des voix précieuses  au sein de la minorité hispanique (qui représente 14,8% de la population américaine) lors de la prochaine élection présidentielle à l’automne 2008.

Pour ne pas froisser les conservateurs, voire les ultraconservateurs de l’électorat américain, qui voient dans des mesures de régularisation une «amnistie pour les clandestins ayant violé la loi américaine», ce volet de la loi est accompagné d’un renforcement spectaculaire des frontières du pays. Pour cela, le projet de réforme comporte notamment l’embauche de 18 000 gardes frontières supplémentaires, la construction de nouvelles barrières le long de la frontière avec le Mexique et le durcissement des règles et des pénalités à l’encontre des clandestins.   

«Faire sortir de l’ombre des millions de clandestins»

Le démocrate Edward Kennedy a décrit l’accord comme «la meilleure chance depuis des années de sécuriser nos frontières et de faire sortir de l’ombre des millions de clandestins».

Mais pour que ce projet devienne loi, il lui faut l’accord du Sénat et de la Chambre des représentants, or de nombreux parlementaires républicains ont déjà annoncé leur opposition et des voix critiques s’élèvent aussi au sein du camp démocrate, dont certains députés ont d’ors et déjà exigé des «améliorations» du texte.

Mais toute la classe politique, aussi partagée soit-elle, est consciente de l’échéance électorale qui pèse sur la chance historique d’entamer enfin une réforme du statut des immigrants aux Etats-Unis. Les semaines à venir représentent pour ainsi dire la dernière occasion d’agir, avant que le pays plonge dans une longue et rude bataille avant l’élection présidentielle à l’automne 2008.

Profiter de ce moment particulier dans la vie politique américaine, c’est aussi précisément le pari fait par George W. Bush. Le président avait fait de la réforme sur l’immigration une des priorités de son deuxième mandat. Mais sa proposition de sortir des millions de clandestins de l’illégalité s’est vue rejetée pendant deux ans par sa propre famille politique, les républicains. Si le projet présidentiel a aujourd’hui enfin une chance de voir le jour, c’est bien parce que les démocrates, majoritaire au Congrès depuis la fin de l’année dernière, le soutiennent et veulent le voir promulguer avant la fin de l’année.

Et c’est ainsi que la carrière du président Bush risque de se terminer sur une touche presque tragique : son seul succès tangible en matière de politique intérieure - une éventuelle réforme sur l’immigration - il pourrait bien le devoir à ses pires ennemis,  les démocrates.

D’ici là, le processus juridique que doit traverser une telle réforme est complexe et lent. Mais George W. Bush n’a plus beaucoup de temps devant lui. 



par Stefanie  Schüler

Article publié le 18/05/2007 Dernière mise à jour le 18/05/2007 à 16:29 TU