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Cambodge

Duch, premier Khmer rouge inculpé

par  RFI

Article publié le 31/07/2007 Dernière mise à jour le 31/07/2007 à 09:42 TU

Kang Kek Leu, alias Duch, a été remis ce mardi au tribunal de l’Onu.(Photo : AFP)

Kang Kek Leu, alias Duch, a été remis ce mardi au tribunal de l’Onu.
(Photo : AFP)

Il fut l'un des pires tortionnaires du régime Khmer rouge : Duch, de son vrai nom Kang Kek Ieu, a été remis ce mardi au tribunal chargé de juger les anciens dirigeants Khmers rouges. Il a été inculpé de crimes contre l'humanité et écroué. Duch était le directeur de Tuol Sleng, un centre de torture plus connu sous le nom de S-21. Il était en prison depuis plus de huit ans, mais son transfert, annoncé par l'armée et confirmé par le tribunal des Khmers rouges, marque l'étape la plus concrète de la procédure judiciaire.

Avec son allure frêle de gamin sans histoire, Duch n'a jamais eu de responsabilités politiques au sein du régime khmer rouge, dirigé par Pol Pot entre avril 1975 et janvier 1979. Mais Duch, né en pleine Deuxième Guerre mondiale, a été bien plus que cela. Il fut l'un des principaux rouages de la mécanique génocidaire.

Duch a été converti au communisme à la fin des années soixante par un groupe d'étudiants chinois à l'université de Phnom Penh, où il apprend les mathématiques. Après le renversement du roi Sihanouk en 1970, Duch prend le maquis et devient responsable de la sécurité du parti pour la région nord de Phnom Penh.

C'est dans cette fonction qu'il va faire ses preuves. En 1975, Pol Pot lui confie alors la direction de Tuol Sleng, S-21, une ancienne école dans le centre de la capitale qui va devenir l'un des pires centres de torture de l'histoire du XXè siècle.

Entre 16 et 20 000 personnes y seront envoyées, des familles entières torturées pour leur extorquer de fausses confessions avant d'être exécutées dans un champ non loin de là. Seules 14 personnes sont sorties vivantes de cet enfer.

En tant que responsable de S-21, Duch supervisait les interrogatoires et les tortures de ces présumés « traitres » au régime.

Son nom apparaît sur de nombreux documents, comme cette feuille où figure sa signature : Duch vient d'ordonner la mise à mort de 17 enfants dont les parents étaient accusés d'être des espions. La justice ne devrait donc avoir aucun mal à prouver sa culpabilité.

Duch vivait en famille non loin de S-21. Il y est resté jusqu'au soir du 7 janvier 1979. C'est ce jour-là qu'il disparaît. Il n'est retrouvé et identifié que vingt ans plus tard, en avril 1999, par un journaliste. Il est arrêté et emprisonné quelques semaines plus tard.

Duch est le seul haut responsable khmer rouge à avoir fait de la prison parmi les cinq dirigeants qui ont été officiellement accusés le 18 juillet par le tribunal de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide. Officiellement, on ignore leur identité.

Pourtant deux d'entre eux, au moins, se considèrent déjà sur la liste du procureur : Khieu Samphan, d'abord, ancien chef d'Etat du « Kampuchea démocratique ». Il incarnait le régime Khmer rouge à l'étranger. Khieu Samphan nous a confirmé vendredi dernier qu'il se rendrait au tribunal s'il était inculpé. Nuon Chea, ensuite, surnommé « frère numéro deux », numéro deux du régime de Pol Pot.

D’autres sont supposés figurer sur cette liste : Ieng Sary, ancien ministre des Affaires étrangères et Meas Muth, gendre de l'ancien chef militaire Ta Mok décédé en juillet 2006.

Ces anciens dirigeants khmers rouges ont quatre-vingts ans ou plus. Ils nient tous en bloc leurs crimes et leurs responsabilités dans les massacres. Trente ans après les faits ils devront, s'ils sont inculpés, répondre de leurs actes.