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Kazakhstan

Le parti unique est de retour

Article publié le 19/08/2007 Dernière mise à jour le 19/08/2007 à 14:52 TU

Avec 88% des suffrages, Nour Otan, le parti du pouvoir kazakh, a écrasé l’élection parlementaire anticipée de ce samedi. Du coup, aucune des six autres formations qui se présentaient aux suffrages de 8,8 millions de Kazakhs n’a franchi la barre des 7% nécessaires pour siéger au Majilis, la chambre basse du Parlement de cette ancienne république soviétique d’Asie centrale.

 

Le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, fêtait déjà la victoire de son parti avant le résultat complet des élections.(Photo : Reuters)
Le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, fêtait déjà la victoire de son parti avant le résultat complet des élections.
(Photo : Reuters)

A Almaty, de notre correspondant en Asie centrale, Regis Genté

Et si le Kazakhstan d’aujourd’hui, c’était « en avant vers le passé » ?  Le score à la soviétique raflé par Nour Otan (Lumière de la patrie), 88%, lors des élections parlementaires anticipées de ce samedi, a des airs de déjà vu dans cette ancienne république de l’URSS, riche en ressources pétrolières et minières. Mieux, compte tenu des nouvelles règles entrées en vigueur avec les amendements constitutionnels de mai dernier, plus un seul député de l’opposition ne représentera désormais les 15 millions de Kazakhs au nouveau Majilis, la chambre basse du Parlement.

En septembre 2004, Alikhan Baimenov, le chef de file d’Ak-Jol, parti d'opposition modéré, avait été le seul à être élu dans les rangs de l’opposition. Sa formation, créditée cette fois de 3,2% des voix, est loin d’avoir obtenu les 7% des voix requis. Même chose pour l’OSDP (Social Démocrate) qui ne récolte que 4,6% des bulletins. Des chiffres qui, à propos de la réforme de la Constitution de mai dernier, vont à l’encontre du but affiché par le president Nazarbaev, au pouvoir depuis 1989, à savoir d’être un progrès dans le sens de la démocratie.

Le système majoritaire étant abandonné au profit de la proportionnelle et le nombre de députés passant de 75 à 107, ces nouvelles dispositions étaient censées favoriser l’élection d’opposants au pouvoir.

Manque de transparence

L'OSCE, qui avait déployé 400 observateurs étrangers, estime que «<em>nombre de normes internationales n'ont pas été satisfaites</em>.»(Photo : AFP)
L'OSCE, qui avait déployé 400 observateurs étrangers, estime que «nombre de normes internationales n'ont pas été satisfaites
(Photo : AFP)

L’OSCE (Organisation pour la Sécurite et la Coopération en Europe), qui avait déployé samedi 400 observateurs étrangers, a estimé, dans son traditionnel rapport rendu public au lendemain du scrutin, que l’élection reflète des progrès, mais que « nombre de normes internationales n’ont pas été satisfaites », en particulier eu égard au manque de transparence pendant le dépouillement, l’inégalité devant les médias ou en raison du seuil trop élevé fixé pour entrer au Parlement.

Des critiques qui ne devraient pas trop embarrasser Noursoultan Nazarbaev qui se félicitait, samedi dans la nuit, des près de 65% de participation, saluant un vote marquant un jour « historique » pour le Kazakhstan, où « l'autorité des partis politiques » se trouve renforcée.

« En réalité, c’est le système de parti unique qui est renforcé. Nour Otan joue depuis quelques mois le rôle qui était tenu à l’époque soviétique par le Parti communiste », nous prévenait, vendredi, Evgueny Jovtis, président du Bureau international pour les droits de l'homme et le règne de la loi. « A présent, le président de Nour Otan n’est autre que Noursoultan Nazarbaev. Or, la proportionnelle s’accompagne de cette obligation pour un député d’être membre d’un parti pour pouvoir siéger. Autrement dit, c’est lui qui décide qui siège au Parlement pour Nour Otan », précise-t-il.

Or, 98 des 107 députés du nouveau Majilis seront issus des rangs du parti présidentiel. Les 9 autres membres de la chambre basse du Parlement sont nommés par le président, nouveauté introduite par les amendements constitutionnels de mai dernier. « Nour Otan tend depuis quelques mois à se confondre avec les institutions politiques à proprement parler, il est aussi en charge de l’idéologie du pouvoir tandis qu’il s’attache à encadrer fortement la jeunesse. Ce sont des choses que nous connaissons bien ici, dans cette ancienne république soviétique », ironise M. Jovtis.