Article publié le 07/10/2007 Dernière mise à jour le 07/10/2007 à 18:47 TU
Un an après le meurtre de la journaliste dans sa cage d'escalier, en plein centre de Moscou, les Moscovites lui ont rendu un nouvel hommage. Manifestations, exposition photo, dépôt de fleurs devant son immeuble... Alors que l'enquête en cours suscite bien des critiques, les membres de l'opposition et les défenseurs des droits de l'homme ont une nouvelle fois interpellé le pouvoir en place.

De notre correspondante à Moscou, Virginie Pironon
« En tant que citoyen, je me sens obligé de soutenir les journalistes honnêtes, qui en dépit des difficultés qu'ils rencontrent, nous tiennent informés de ce qui se passe, par exemple, en Tchétchénie. Anna Politkovskaïa était unique. Son travail était exemplaire ». Un parapluie à la main, une photo de la journaliste de l'autre, Nikolaï, retraité moscovite, n'a pas hésité un instant à rejoindre la manifestation de l'opposition, organisée à l'appel du parti de Mikhaïl Kassianov, ancien Premier ministre.Tout autour de la Place Pouchkine, un important dispositif de sécurité a été mis en place. Quelque 2500 policiers ont été déployés dans les rues de la capitale russe. Devant les détecteurs de métaux, et sous l'œil vigilant des OMON, les unités spéciales du ministère de l'Intérieur, Nadir, qui distribue des tracts avec la photo d'Anna Politkovskaïa, fulmine : « Cette mort, explique-t-il, ce n'est pas seulement un assassinat. C'est aussi la mort de la Russie libre, celle qui voudrait se rapprocher de l'Europe. Il n'y a rien de plus important au monde qu'une vie humaine. Or ici, en Russie, la vie ne vaut rien. Que ce soit les meurtres politiques, les détentions arbitraires, ou encore, les nettoyages en Tchétchénie et dans d'autres villes ».
Gratin militaire
Un an jour pour jour après le meurtre, l'enquête menée par les autorités russes suscite bien des critiques. A en croire la version du procureur général de Russie, Iouri Tchaïka, l'assassinat serait l'œuvre d'un commando de la mafia tchétchène manipulé depuis l'étranger. Des suspects ont été relâchés, tandis qu'un ancien responsable de l'administration tchétchène pro-russe, Chamil Bouraev, a été inculpé le mois dernier pour complicité d'assassinat.
Mais les preuves apportées par les enquêteurs, dont l'équipe a été remaniée, paraissent bien minces. A Novaïa Gazeta, les anciens collègues d'Anna Politkovskaïa n'ont qu'une crainte : que la justice russe mette tout en œuvre pour retrouver les meurtriers, mais pas... les commanditaires. « Les risques politiques sont bien trop importants, y compris pour les procureurs », explique Dimitri Mouratov, rédacteur en chef du bi-hebdomadaire.
Bravant le froid sous la pluie, Ekaterina, retraitée de 56 ans, se désole que la manifestation n'ait pas attiré plus de monde. « Une grande partie de la population est passive, explique-t-elle. Les gens restent chez eux, devant leur télé, ils touchent leur salaire et peu leur importe le reste. Moi, le 14 avril dernier, j'ai participé à la Marche des Mécontents. [Manifestation organisée par le mouvement Une Autre Russie, de l'ancien champion d'échecs Garry Kasparov] Les policiers m'ont fait mal à la main, j'ai eu mal pendant un mois. Mais je suis venue quand même, ils ne me font pas peur ». Au même moment ce dimanche, sur les bords de la Moskova, un autre rassemblement a eu lieu. Celui des jeunesses pro-Kremlin, qui ont fêté l'anniversaire de leur leader, Vladimir Poutine. Le président russe reçoit ce soir au Kremlin le gratin militaire du pays.