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Argentine

Cristina Kirchner, la continuité plus le changement

Article publié le 28/10/2007 Dernière mise à jour le 28/10/2007 à 22:28 TU

Cristina Fernández de Kirchner.( Photo : Reuters )

Cristina Fernández de Kirchner.
( Photo : Reuters )

Élue dès le premier tour, ce 28 octobre, l’épouse du chef de l’État sortant prendra ses fonctions le 10 décembre. Si elle ne devrait pas modifier les grandes lignes de la politique actuelle, elle aura les mains plus libres que son prédécesseur sur certains dossiers.

De notre correspondant à Buenos Aires, Jean-Louis Buchet

À 54 ans, Cristina Fernández de Kirchner concrétise enfin son rêve : être la première femme élue à la présidence de l’Argentine. Un rêve pour lequel elle a pu compter avec l’appui de son mari, le chef de l’État sortant Néstor Kirchner. Mais attention, Cristina est tout sauf une « femme de ». Depuis qu’ils se sont connus à la faculté de droit, avant de militer ensemble aux Jeunesses péronistes, à La Plata (50 km de Buenos Aires), ville dont elle est originaire, les Kirchner ont formé, un peu comme les Clinton, autant un couple qu’une association politique. Et si elle l’a ensuite suivi à Santa Cruz, dans cette lointaine Patagonie d’où lui venait, c’est parce qu’ils ont pensé que cela convenait à la carrière publique qu’ils entendaient mener en duo. Non sans attendre, en créant leur cabinet d’avocats, que passe la période la plus dure de la dictature militaire.

Dans les années 1980 et 1990, les rôles se précisent : à lui, gouverneur de la province, l’exercice du pouvoir et les batailles politiques, tandis qu’elle, bientôt élue sénatrice nationale, se fait connaître à Buenos Aires. Après la crise de 2001-2002, ils font partie des rares membres de la classe politique qui échappent un tant soit peu au discrédit général. Et, pour la présidentielle de 2003, c’est ensemble qu’ils décident, après avoir soupesé les chances de l’un et de l’autre, que Néstor est le mieux placé pour l’emporter. A charge de revanche pour Cristina.

« Nous savons ce qui reste à faire, et nous savons comment le faire »

Il ne faut donc pas s’attendre à des changements de fond entre un Kirchner et l’autre. En économie, ils partagent une même conception des choses, définie par eux comme la priorité « à la production, au travail et à la consommation ». La politique du peso faible, qui rend les exportations argentines très compétitives, sera poursuivie, de même que sera maintenu le levier des dépenses publiques. Privilégiant aussi la croissance (8,7 % par an depuis 2003), Cristina acceptera, comme l’a fait Néstor, qu’elle s’accompagne d’une inflation relativement élevée.

Il y aura, oui, un changement dans les relations internationales de l’Argentine, auxquelles Néstor Kirchner n’a jamais accordé d’importance, au-delà des sommets du Mercosur, et encore... Cristina cherchera notamment à renforcer les liens avec l’Europe et elle sera vraisemblablement un peu plus distante à l’égard du Venezuela de Hugo Chávez. Dans ses déclarations à l’égard des entreprises étrangères, elle aura un ton plus avenant que son mari. Elle y sera d’autant plus incitée que l’Argentine a besoin de nouveaux flux d’investissements.

Sur deux dossiers essentiels, la présidente élue, qui prendra ses fonctions le 10 décembre, aura une marge de manœuvre plus grande que son prédécesseur. C’est le cas du règlement de la dette à l’égard du Club de Paris (6 milliards de dollars), qui facilitera la venue d’investisseurs étrangers, et la libéralisation (très progressive) des prix des services publics. Arrivé au pouvoir avec 22 % des voix, suite à l’annulation du second tour (en raison du forfait de son adversaire de l’époque, Carlos Menem), Néstor ne s’est jamais senti en mesure de revenir sur les positions initialement affichées sur ces questions. La légitimité de Cristina lui permettra sans doute de respecter son slogan de campagne : « Nous savons ce qui reste à faire, et nous savons comment le faire ». 

Michèle Gayral

Envoyée spéciale de RFI à Buenos Aires

«C'est une victoire écrasante et dès le premier tour que remporte l'épouse du président Nestor Kirchner.»