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Pakistan

Les tactiques de l’opposition

Article publié le 23/11/2007 Dernière mise à jour le 23/11/2007 à 18:46 TU

La réponse du Pakistan au Commonwealth qui a décidé jeudi de suspendre ce pays ne s’est pas fait attendre. Pour le ministre des Affaires étrangères pakistanais, la mesure est « irraisonnable et injustifiée ». Au Premier ministre britannique Gordon Brown qui l’a jugée nécessaire afin d’encourager le Pakistan à restaurer l’état de droit, la diplomatie pakistanaise rétorque qu’elle décidera de la suite des événements en fonction de l’évolution de la situation intérieure du pays, et non pas sous la pression extérieure.

« La décision du Commonwealth de suspendre une nouvelle fois le Pakistan n’aura aucun impact sur la politique conduite par les autorités de ce pays ».Mariam Abou Zahab spécialiste du Pakistan est formelle sur ce point. Ce type de sanction, déjà maintes fois employée, n’a jamais eu la moindre répercussion sur les décisions prises par les dirigeants pakistanais, quels qu’ils soient.

La suspension prononcée jeudi avec effet immédiat depuis Kampala où se tient le sommet réunissant les responsables des 53 membres de l’organisation, vient sanctionner le maintien de l’état d’urgence décrété par le président Musharraf le 3 novembre dernier.

La Cour suprême enfonce le clou

Ce vendredi, la réaction pakistanaise montre bien l’entêtement des autorités pakistanaises : imperturbable, le ministère des Affaires étrangères juge ces pressions extérieures « irréalistes » et rappelle la raison  pour laquelle Pervez Musharraf a décidé d’imposer l’état d’urgence, à savoir une « sérieuse crise interne ».

Comme pour enfoncer le clou, la Cour suprême a validé ce vendredi les lois d’exception mises en œuvre par le président Musharraf. Sans surprise, les juges nommés au lendemain de l’état d’urgence, en remplacement de ceux qui menaçaient d’invalider l’élection de Pervez Musharraf, ont cautionné la manœuvre, en citant presque mot pour mot les motifs invoqués par le général-président. Les attaques-suicide, les enlèvements et les attentats justifient la prise de mesures exceptionnelles, telles que la suspension de la Constitution. Quant au remaniement visant la composition même de la Cour suprême, il s’explique du fait de « l’activisme judiciaire » de certains de ses membres. Leurs interventions répétées auraient eu pour effet de paralyser l’action du gouvernement dans la lutte contre le terrorisme.

Résultats, les juges démis de leurs fonctions restent aujourd’hui soumis à la surveillance des autorités, tandis que leurs remplaçants, à la botte du général Musharraf, ont eux-mêmes d’emblée renoncé à toute critique de l’exécutif pakistanais. Ils ne sont là que pour valider le processus devant mener aux prochaines élections, sans que l’on sache si le président a l’intention de lever l’état d’urgence avant la tenue du scrutin.

Le président pakistanais, Pervez Musharraf (à gauche) et l'ex-Premier ministre, Nawaz Sharif (à droite).(Photo : AFP / Reuters)

Le président pakistanais, Pervez Musharraf (à gauche) et l'ex-Premier ministre, Nawaz Sharif (à droite).
(Photo : AFP / Reuters)

L’opposition en ordre dispersé

Du coup, les partis d’opposition sont aujourd’hui tentés par un boycott du scrutin. Mais le jeu n’est pas clair, car la ligne de démarcation entre membres de l’opposition et futurs alliés potentiels du président Musharraf n’est pas franchement marquée.

Tous les observateurs notent le changement de ton adopté par Benazir Bhutto au lendemain de la visite du secrétaire d’Etat américain adjoint John Negroponte. Celui-ci a manifestement exorté Pervez Musharraf et Benazir Bhutto à aplanir leur différent afin d’aboutir à un accord de partage du pouvoir. Ce qui fait dire aux opposants les plus radicaux que celle-ci ne peut être considérée comme appartenant à l’opposition.

La division existe au sein même des partis fondamentalistes du MMA. Tandis qu’une partie des membres de cette alliance, autrefois alliée à Pervez Musharraf, souhaite boycotter le scrutin, le leader du Jamiat Ulema-i-Islam, Maulana Fazlur Rehman s’est dit prêt à se lancer dans la campagne afin de ne pas laisser le champ libre à d’éventuels rivaux.

D’après les déclarations d’un responsable du PPP, le Parti du Peuple Pakistanais de Benazir Bhutto, dans la presse pakistanaise (The Dawn du 22 novembre 2007) cela expliquerait la position actuelle du PPP. Madame Bhutto a invité les membres de son parti à remplir les formalités pour se présenter aux élections, avant le 25 novembre, date butoir pour le dépôt des candidatures, quitte à se prononcer ultérieurement pour un boycott, au cas où l’ensemble des partis d’opposition choisirait de jeter le discrédit sur ces élections.

Vers une participation de l’opposition

Ce scénario est loin d’être plausible, à en croire Mariam Abou Zahab. Selon cette spécialiste de la vie politique pakistanaise, les différents partis n’ont qu’une envie : celle d’en découdre lors du prochain scrutin. Parmi les plus offensifs, on retrouve les militants du parti de Nawaz Sharif, la PLM-N Ligue musulmane pakistanaise tendance Nawaz. Ils se posent aujourd’hui comme seuls opposants véritables, n’ayant accepté aucun compromis avec Pervez Musharraf. Leur leader en exil en Arabie Saoudite, Nawaz Sharif, a saisi l’occasion de la visite du président pakistanais à Riyad le 20 novembre pour le rappeler, en refusant d’ailleurs de rencontrer celui à qui il doit ses années d’exil depuis le coup d’état de 1999.

Toutefois, Nawaz Sharif devait rencontrer ce vendredi le médiateur saoudien, afin d’organiser son retour au pays. Il pourrait accepter de rentrer une fois bouclé le dépôt de candidatures pour les élections. Ce qui permettrait à Pervez Musharraf de sauver la face. Mais son frère et son épouse, Shahbaz Sharif et Kulsoom Nawaz, seraient, eux, autorisés à déposer leurs candidatures.

D’ores et déjà, l’entrée en campagne agite les rangs du parti de Pervez Musharaf, la PLM-Q (Ligue musulmane pakistanaise tendance Qaid), que certains membres seraient prêt à lâcher pour retourner aux côtés de Nawaz Sharif, qui dispose d’une solide base électorale dans le Penjab, la province la plus importante par le nombre d’électeurs. Cette perspective n’enchante ni le président Musharraf, ni sa rivale et future partenaire potentielle Benazir Bhutto.