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Politique française

Nicolas Sarkozy : vertige des comptes

par Patrice Biancone

Article publié le 30/11/2007 Dernière mise à jour le 30/11/2007 à 13:17 TU

Nicolas Sarkozy lors de son entretien télévisé dans son bureau de l'Elysée, le 29 novembre 2007.(Photo : AFP)

Nicolas Sarkozy lors de son entretien télévisé dans son bureau de l'Elysée, le 29 novembre 2007.
(Photo : AFP)

Le président de la République est intervenu jeudi soir à la télévision pour annoncer des temps difficiles. « Les caisses de l’Etat sont vides », a-t-il dit, faisant appel au « courage » des Français pour améliorer leur pouvoir d’achat. Il propose, une nouvelle fois, de travailler plus pour gagner plus.

Augmenter le pouvoir d’achat, il a toujours été plus facile d’en parler que de le réaliser. Nicolas Sarkozy a illustré l’affirmation, hier soir, en modifiant quelque peu sa promesse de campagne. S’il veut toujours améliorer le quotidien des Français, en revanche il explique désormais qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’Etat et que ceux qui désirent progresser socialement n’ont pas de cadeaux à attendre. « La France n’est pas en faillite », a-t-il tout de même précisé. Mais il faudra travailler plus pour avoir plus. D’où notamment la proposition de rachat des RTT (journées de récupération du temps de travail) par l’employeur et l’accent mis sur les heures supplémentaires.

Dans une période où les Français manifestent pour faire part de leur inquiétude sur la baisse de leur pouvoir d’achat, cela signifie qu’ils vont devoir tout simplement compter sur eux-mêmes. Une annonce qui ne va pas les aider à retrouver la confiance. Or, sans confiance, difficile d’obtenir plus de croissance, ce qui risque bien de compliquer encore plus une situation déjà bien difficile. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs fait un autre aveu qui a le mérite de la clarté : « Je ne suis pas le père Noël » a t-il commenté. Autrement dit, le 1% de croissance qu’il voulait aller chercher « avec les dents » si nécessaire, sera quasiment impossible à trouver et il l’avoue de façon détournée.

Le sujet sera débattu à la grande conférence sociale annoncée par le président pour la fin de l’année. Il s’agira alors de trouver – « tous ensemble » -, comme le dit le slogan de campagne, des solutions alternatives acceptées par tous.

On notera que Nicolas Sarkozy, lors de son intervention télévisée, a été très élogieux avec les partenaires sociaux jugés « responsables ». Et qu’il va également leur proposer de réfléchir à la meilleure façon de donner plus de flexibilité aux entreprises. Plus de flexibilité contre davantage de protection qui pourrait prendre la forme d’un droit à la formation. Une mesure assortie de quelques autres, dont la volonté d’indexer les loyers sur l’inflation et non plus sur le prix à la construction. Et les 5 milliards pour les universités financés par la vente de 3% d’EDF…

Fermeté présidentielle

S’il n’y a plus d’argent dans les caisses, il n’y en a pas pour investir dans les quartiers difficiles. Donc rien à attendre de ce côté là. A propos des banlieues, le président a simplement renvoyé au plan en préparation, plan baptisé « respect et égalité » de Fadela Amara, la secrétaire d’Etat à la ville.

Nicolas Sarkozy s’est montré compassionnel et soucieux vis-à-vis des deux jeunes victimes et des familles des victimes de l’accident de Villiers-le-Bel. Tout comme il s’est montré soucieux et ferme sur la nécessité de punir « la minorité » qui provoque les émeutes, tire sur la police et trafique dans les quartiers. « Nous retrouverons les tireurs, a-t-il dit, cela prendra le temps qu’il faudra, mais nous y parviendrons ». Discours volontariste assorti d’un passage sur la solidarité gouvernementale dont on dit qu’elle tangue sérieusement depuis quelques semaines.

Ainsi, Michèle Alliot-Marie et Fadela Amara ont-elles été citées pour leur efficacité et pour leur bonne attitude pendant les émeutes de Villiers-le-Bel, alors qu’on disait, hier encore, le président très mécontent de la gestion de la première, ministre de l’Intérieur. Et contrarié par le silence de la seconde, secrétaire d’Etat à la Ville.

Nicolas Sarkozy

Intervention télévisée du 29/11/07

« La seule façon de donner du pouvoir d'achat c'est de créer les conditions de la croissance et de réhabiliter le travail. »

29/11/2007

Nicolas Sarkozy

« Nous retrouverons les tireurs, nous mettrons les moyens qu'il faut. »

29/11/2007

Claude Bartolone

Député socialiste

« [A propos du pouvoir d'achat] Finalement, sur l'immédiat, rien, et pour le reste, c'est renvoyé au bon coeur des entreprises. »

29/11/2007 par Eric Chaurin

Alexander Law

Economiste

« A l’heure actuelle, on ne peut pas dire que le président Sarkozy a réglé d’un coup de baguette magique le problème du pouvoir d’achat en France ».

29/11/2007 par David Baché