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Yougoslavie / TPIY

Carla del Ponte s'en va, Mladic et Karadzic courent toujours

Article publié le 01/01/2008 Dernière mise à jour le 01/01/2008 à 05:27 TU

Carla del Ponte sera restée 8 années au TPIY, où elle s'est rendue célèbre pour sa franchise et ses coups de gueule.(Photo : AFP)

Carla del Ponte sera restée 8 années au TPIY, où elle s'est rendue célèbre pour sa franchise et ses coups de gueule.
(Photo : AFP)

Le magistrat belge Serge Brammertz succède à Carla del Ponte à la tête du parquet du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Deux défis majeurs l’attendent : l’arrestation des quatre derniers fugitifs et la tenue des derniers procès. Des affaires clés pour la justice dans les Balkans, alors que le tribunal s’apprête, à la demande de New York, à fermer ses portes.

Par Stéphanie Maupas

Un jeune garçon, aux allures de postier, tire de son sac le dernier ouvrage de Radovan Karadzic, « poète » fugitif, psychiatre et psychopathe des Balkans, patron de l’épuration ethnique en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995. Aux rares touristes de passage, sur la place de la République à Belgrade, le jeune Serbe tente une vague biographie de l’auteur. Puis dans un dernier sursaut d’impatience face à l’incurie des deux touristes lâche : « Karadzic, Carla del Ponte !... »

Au cours de ses huit années à la tête du parquet du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), le nom de Carla del Ponte a été irrémédiablement associé à ceux des ex chefs bosno serbe, Ratko Mladic et Radovan Karadzic, en fuite depuis plus de 12 ans. En huit ans, 91 ministres, chefs d’état-major, soldats, paramilitaires et présidents, sont tombés dans son escarcelle.

La stratégie mise en place par ses conseillers a payé. Elle consistait à user des leviers politiques de l’Union européenne et des Etats-Unis pour faire céder les états d’ex-Yougoslavie et obtenir la livraison des fugitifs. Mais si la magistrate suisse avait placé l’arrestation des deux hommes au cœur de son mandat, ils manquent toujours à son tableau de chasse. « Quand j’étais petite, j’adorais attraper les vipères » avait-elle déclaré à un hebdo suisse. Ce « jeu de cache-cache » fascine Carla del Ponte depuis ses premiers pas dans la magistrature, en 1981, dans le Tessin. « Lorsque j'aurai Karadzic, je lui demanderai comment il a fait pour fuir pendant dix ans ! C'est une curiosité...», disait-elle. La stratégie de Carla del Ponte réside dans ces quelques phrases.

Carla del Ponte, piètre stratège

Slobodan Milosevic, mort dans sa cellule avant la fin de son procès, en mars 2006, était « un excellent tacticien, mais un piètre stratège » disait-elle à l’ouverture du procès de l’ex chef d’état. La sentence sied à merveille à la magistrate suisse. Si son franc parlé a charmé l’opinion publique, et parfois fait trembler les diplomates, « Carla del Ponte sait aussi plier l’échine » affirme l’un de ses ex-enquêteurs. Car au-delà de ses coups de gueule, Carla del Ponte, aujourd’hui ambassadeur de suisse en Argentine, a aussi su être diplomate.

En 2005, alors qu’elle promettait de révéler les coups tordus des forces internationales en Bosnie-Herzégovine, incapables d’arrêter les deux hommes, Carla del Ponte, soumise à de multiples pressions, réservait finalement sa plaidoirie. Les soldats de l’Otan et de la force européenne (Eufor) sont toujours présents en Bosnie, mais elle ne dénonce plus que les Etats d’ex-Yougoslavie. Et c’est désormais avec eux qu’elle « négocie » pour obtenir l’arrestation des deux hommes.

A l’heure du bilan, certains lui reprochent de trop grandes compromissions pour parvenir à ses fins. Croyant aux sirènes de Belgrade, Carla del Ponte a plongé, au cours des derniers mois, dans le piège de l’indépendance kosovare. En juin 2007 à New York, elle demandait aux diplomates de laisser du temps à la négociation, relayant une requête de Belgrade. Et à La Haye, le procès intenté contre l’un des chefs séparatistes kosovar et ex-Premier ministre, Ramush Haradinaj, pourrait se solder par un échec cuisant pour la Suissesse.

Liquidation judiciaire

Le portrait des deux responsables du massacre de Srebrenica, surmonté d’un massif « Wanted », restera en bonne place lorsque le magistrat belge, Serge Brammertz, prendra ses quartiers à La Haye. Le successeur de Carla del Ponte devra aussi mener à leur terme des procès capitaux, dont ceux de l’ancien chef des renseignements de Slobodan Milosevic, Jovica Stanisic, et de l’ex-chef d’état-major, Momcilo Perisic, que le tribunal se refuse étrangement à placer au titre de ses priorités.

Promise à une fin rapide, la juridiction doit fermer ses portes, à la demande du Conseil de sécurité, aux alentours de 2010. Enclins à satisfaire New York, les juges réforment à tout va le code pénal du tribunal, pour permettre la conclusion rapide des affaires en cours. « On massacre mes actes d’accusation ! » avait dénoncé Carla del Ponte au Conseil de sécurité. Au risque d’apparaître comme le « liquidateur judiciaire », Serge Brammertz, devra lui aussi résister.