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Campagne présidentielle américaine

Le Parti démocrate inquiet, face aux divisions de ses deux candidats

par Anne Toulouse

Article publié le 29/03/2008 Dernière mise à jour le 29/03/2008 à 08:15 TU

Le chef du Parti démocrate Howard Dean.(Photo : AFP)

Le chef du Parti démocrate Howard Dean.
(Photo : AFP)

Les affrontements verbaux quasi quotidiens entre les deux candidats à l’investiture démocrate inquiètent les membres du parti et de plus en plus de voix s’élèvent pour que la sélection ne traine pas jusqu'à la convention, qui se déroulera à la fin du mois d’août. Le chef du Parti démocrate Howard Dean a, vendredi, rappelé à l’ordre les deux candidats et leur a lancé un sévère avertissement.

Un récent sondage, réalisé pour la chaine de télévision ABC et le Wall Street Journal a confirmé ce que les observateurs pressentaient, les affrontements verbaux quasi quotidiens des deux candidats démocrates sont dommageables pour celui qui obtiendra l’investiture. 19% des partisans de Barack Obama et 28% de ceux d’Hillary Clinton se disent prêts à voter pour John McCain si leur  candidat ne porte pas les couleurs du Parti démocrate. Dans un autre sondage, 16% des électeurs potentiels de chaque camp affirment que, dans la même situation, ils préféreraient s’abstenir.

Ces chiffres ne se vérifieront certainement pas en l’état au moment de l’élection générale, qui est encore distante de sept mois. D’ici là un grand nombre de démocrates auront eu le temps de digérer leur déception à condition qu’elle ne soit pas trop récente.

C’est pourquoi, de plus en plus de voix s’élèvent au sein du parti, pour que la sélection ne traine pas jusqu'à la convention, qui se déroulera à la fin du mois d’août. Le chef du Parti démocrate Howard Dean a, lui-même, vendredi, rappelé à l’ordre les deux candidats, et pour la première fois lancé un avertissement sévère : « si cette affaire n’est pas résolue d’ici le 1er juillet, a-t-il dit en substance, nous risquons de perdre cette élection ». Comme pour faire écho à son inquiétude, le candidat républicain John McCain a lancé le même jour sa première campagne de publicité pour l’élection générale, alors que celui ou celle qui l’affrontera sont encore en train de dépenser une fortune sur le marché de la prochaine primaire démocrate, la Pennsylvanie.

Une véritable foire d’empoigne

Cette semaine le gouverneur du Tennessee, Phil Bredesen a proposé que les super délégués se réunissent au mois de juin, après la fin des primaires, pour décider lequel des deux candidats constituera la meilleure chance de gagner l’élection de novembre. Il fait parti de ces notables et de ces élus, qui représentent 20% des voix à la convention, et entre les mains desquelles reposent maintenant l’investiture.

Barack Obama et Hillary Clinton.(Photo : Reuters)

Barack Obama et Hillary Clinton.
(Photo : Reuters)

Cette situation crée une véritable foire d’empoigne autour des deux candidats. Au cours de la seule semaine écoulée, vingt des plus gros donateurs de la campagne d’Hillary Clinton ont écrit à Nancy Pelosi, speaker de la Chambre des représentants et, de facto, chef de l’opposition démocrate au Congrès, pour lui demander de rester neutre. Elle avait fait quelques déclarations en faveur d’un vote des super délégués conforme au vote populaire, ce qui conforte la position de Barack Obama, en tête dans ce domaine.

La lettre contient la menace implicite de ne plus financer tous les candidats du Parti démocrate pendant cette année électorale. Immédiatement la puissante organisation, très à gauche du Parti démocrate, MoveOn.org, qui soutient Barack Obama, a contrattaqué en lançant une pétition dans le sens inverse.

Hillary Clinton ira jusqu’au bout

Les pressions grandissent sur Hillary Clinton pour qu’elle se retire de la course. Au début de la semaine une tribune du Washington Post, qui lui donnait 5% de chances d’emporter la nomination, semble avoir ouvert les vannes. Vendredi un membre important du Sénat Patrick Leahy, partisan de longue date de Barack Obama, lui a demandé à son tour de prendre en compte le bien du parti. Il a peu de chance d’être entendu, Bill Clinton qui fait campagne pour sa femme en Pennsylvanie a qualifié en termes plus verts de « non-sens », les rumeurs d’implosion du parti, et a réaffirmé que la campagne Clinton irait jusqu’au bout.

Il semble en effet peu probable qu’Hillary Clinton abandonne au moment où la situation lui est plus favorable, puisqu’elle a de bonne chance de remporter l’Etat très important qu’est la Pennsylvanie. D’ailleurs la date avancée par  Howard Dean, le 1er juillet, se situe après la fin des épreuves de sélection, ce qui semble indiquer que le Parti démocrate est résigné à ce que la compétition aille jusqu'au bout.

Ce ne serait pas la première fois qu'on voit un candidat refuser de décrocher dans une élection présidentielle. Par exemple en 1976, Gerald Ford et Ronald Reagan ont bataillé jusqu'à la convention de Kansas City, au mois d’août. A un moment la campagne de Ronald Reagan était au plus bas, à cours d’argent et le parti républicain le poussait à laisser la voie libre. Après une série de victoire il s’est spectaculairement redressé et a perdu la nomination à quelques délégués près. Mais cette année là, les républicains ont aussi perdu l’élection, au profit d’un candidat improbable Jimmy Carter.

Ce précédant fait, sans  nul doute, réfléchir les démocrates, 32 ans plus tard. Ils ont cependant encore un énorme avantage. Les sondages montrent que les électeurs penchent largement en leur faveur. De façon abstraite, 51% des personnes interrogées se disent plus favorables au Parti démocrate, contre 37% au parti républicain. Mais si une querelle interne venait dilapider cet avantage, John McCain, serait bien placé pour tirer avantage de la situation, car il récupérerait facilement les électeurs indépendants, grâce à son profil d’homme de compromis, souvent plus à l’aise avec ses adversaires qu’avec son propre parti.

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