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UE/Ukraine

L’Ukraine, entre Europe et Russie

par Piotr Moszynski

Article publié le 21/07/2008 Dernière mise à jour le 22/07/2008 à 04:35 TU

Angela Merkel était ce lundi à Kiev alors que la présidence française de l’Union européenne s’apprête à proposer à ses partenaires européens de signer un accord d’association avec l’Ukraine. Mais les perspectives européennes de ce pays sont loin d’être clairement définies et ne font pas l’unanimité au sein de l’UE.
La place de l'Indépendance à Kiev.(Source: Flickr/ Panoramas)

La place de l'Indépendance à Kiev.
(Source: Flickr/ Panoramas)

« Quand on va en Ukraine, quand on visite Kiev, on est devant une capitale européenne – et si on veut regarder honnêtement les choses,  c’est difficile de faire un constat  différent ». Les propos de Nicolas Sarkozy, prononcés à Varsovie un mois avant le début de la présidence française de l’Union européenne, ont dû mettre du baume au cœur des dirigeants ukrainiens. D’autant plus que la France ne cache pas sa grande prudence quant aux futurs élargissements de l’UE. Mais l’on sait que le diable se cache dans les détails, et ceux-ci ne manquaient pas dans le discours de Nicolas Sarkozy.

« Sur le plan du principe – poursuivait le président français – que l’Ukraine et que Kiev appartiennent à l’Europe géographique, culturelle, c’est, me semble-t-il, une évidence. D’ailleurs, en tant que président de l’Union, j’aurai à organiser le sommet Union européenne – Ukraine, qui se tiendra en septembre. Mais, en l’état actuel de choses – et j’ai rencontré plusieurs fois le président ukrainien – sa préoccupation n’est pas celle d’une adhésion. Sa préoccupation est celle d’un partenariat renforcé sur un certain nombre de plans. J’aurai l’occasion de faire des propositions de partenariat à ce moment bien précis. (…) Sur le principe de l’appartenance à notre continent – je ne parle pas juridique ni même politique – il me semble difficile d’avoir un autre constat ».

« Partenariat » ou « association » ?

C’est toute la nuance : appartenir à l’Europe « géographique » ou « culturelle » sans avoir le droit de la rejoindre dans le sens « juridique » et « politique » du terme. Pour les Ukrainiens, la différence est de taille. Leur pays est non seulement coincé entre la Russie et l’UE, mais aussi divisé à l’intérieur : l’est du pays est russophone et russophile, l’ouest est très pro-occidental, tout comme l’actuel président Viktor Iouchtchenko et son Premier ministre Ioulia Timochenko.

Les dirigeants ukrainiens n’ont pas l’impression de pouvoir se permettre d’attendre sans fin une réponse claire sur l’orientation de leur pays à long terme : l’Europe ou la Russie ? Moscou – qui veut à tout prix garder l’Ukraine dans son giron – profite des hésitations européennes et multiplie des pressions, aussi bien sur l’Ukraine que sur l’UE. Kiev, de son côté, teste les intentions de l’Union et essaie d’obtenir ses engagements aussi rapidement que possible et poussés aussi loin que possible.

Ainsi, les Ukrainiens ont clairement laissé entendre que la proposition de « partenariat renforcé » ne leur suffisait plus et qu’il fallait que l’accord négocié avec l’UE depuis mars 2007 prenne la forme d’un accord d’association. La portée symbolique en serait importante. Bien que certains pays membres de l’Union, comme le Royaume-Uni, ne soient pas passés par l’étape d’« association », pour beaucoup d’autres – et surtout pour tous les anciens pays communistes – ce fut une véritable antichambre de l’UE, leur garantissant en pratique une future adhésion.

La présidence française semble vouloir accepter les démarches ukrainiennes. La décision finale appartiendra au sommet UE-Ukraine, prévu le 9 septembre prochain à Evian, mais la France a décidé de présenter d’ores et déjà une proposition allant dans ce sens aux ministres européens des Affaires étrangères, réunis à Bruxelles le 22 juillet. Toutefois, il faudra que la France procède habilement, car les avis sur les perspectives européennes de l’Ukraine sont très partagés au sein même de l’Union.

Une Allemande à Kiev

Dernier exemple en date : la visite de la chancelière allemande Angela Merkel à Kiev, ce lundi. A l’issue de ses entretiens avec Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko – consacrés en grande partie à l’intégration de l’Ukraine à l’UE et l’Otan – elle a exprimé son soutien à un accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine, mais a exclu toute adhésion dans l'immédiat, soulignant que ce n'était « pas à l'ordre du jour ». Déjà la veille de l’arrivée de la chancelière à Kiev, son vice-ministre des Affaires étrangères Gernot Erler a mis les points sur les « i » dans une interview à l’agence allemande Dpa. Selon lui, il serait « irréaliste » d’attendre que l’Ukraine obtienne une claire promesse d’adhésion à l’UE alors que plusieurs pays balkaniques viennent d’en obtenir une. « Cela ne veut pas dire – expliquait Gernot Erler – que nous sommes contre l’adhésion de l’Ukraine à l’Union. Simplement, le moment n’est pas encore venu ».

L’Allemagne – qui fait très attention à ne pas trop agacer la Russie – n’est pas la seule à s’opposer à toute ouverture rapide durant les actuelles négociations sur la future intégration européenne de l’Ukraine. L’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas ne sont pas moins catégoriques. Pour ces pays, il ne s’agit pas forcément d’être opposé à l’adhésion de l’Ukraine en particulier, mais plutôt à tout nouvel élargissement de l’UE avant de stabiliser ses institutions qui risquent d’être paralysées suite aux élargissements précédents.

Cependant, l’Ukraine bénéficie d’un soutien très actif d’un groupe encore plus nombreux de pays membres. Il s’agit surtout de ses voisins directs et, plus généralement, de pays qui étaient, après la Seconde Guerre mondiale, soumis à la domination de la Russie soviétique. Ils considèrent la limitation de la zone d’influence russe comme une question vitale et sont prêts à tout pour que l’Ukraine prenne, comme eux-mêmes, une orientation résolument euro-atlantique.

Que peut faire la présidence ?

Que peut faire la présidence française de l’UE pour concilier ces deux tendances opposées ? Nicolas Sarkozy lui-même vient de promettre une « association » à l’Ukraine en présentant les priorités de la présidence de son pays au Parlement européen jeudi dernier. Néanmoins, dans sa proposition d’accord soumise à ses partenaires, la France ne peut pas aller trop loin et doit chercher un sage compromis.

Ainsi, on s’achemine sans doute vers un accord qui portera le terme « association » dans son titre, mais qui – contrairement aux documents signés à l’époque avec les anciens pays communistes qui ont adhéré à l’UE en 2004 – sera vidé de toute allusion à une promesse d’adhésion. Il s’agirait donc, en quelque sorte, d’un accord d’association qui serait en réalité un simple accord de partenariat, mais qui permettrait aux dirigeants ukrainiens de parler, à cause de sa portée symbolique, d’un clair signal ouvrant une perspective européenne à leur pays.

Un tel compromis pourrait être acceptable pour tout le monde au sein de l’UE. Pour l’Ukraine, c’est moins sûr, mais elle n’aura pas beaucoup le choix et se montrera probablement réaliste. Aux dernières nouvelles, ses plus ardents alliés dans l’Union européenne, les Polonais, essayent de la convaincre de limiter ses attentes et ambitions et d’accepter les propositions de la présidence française. Il lui faudra plutôt des années que des mois pour franchir la porte de l’UE. A Varsovie, on en sait quelque chose – et on sait aussi que l’Ukraine démarre la course beaucoup plus tard et d’une position autrement plus compliquée sur le plan économique et politique.