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16/12/2008

J-35 : Le président (presque) élu...

par Anne Toulouse

Article publié le 16/12/2008 Dernière mise à jour le 16/12/2008 à 08:13 TU

L’expression « président élu », dont la presse se gargarise pour désigner Barack Obama, n’est pas exacte, bien qu’elle le soit un peu plus aujourd’hui. Lorsque les Américains ont voté le 4 novembre, ils n’ont pas désigné le président, mais les grands électeurs qui devaient voter pour lui. C’est ce qu’ils ont fait en ce début de semaine, selon l’usage qui veut que le collège électoral se réunisse, dans chaque Etat, le lundi après le deuxième mercredi de décembre pour procéder à l’élection du président.

Cette élection ne sera officielle que lorsque les votes, transmis sous pli scellé au Congrès, seront ouverts et comptés lors d’une séance solennelle des deux chambres, le 8 janvier prochain. D’ici là, le suspens n’est pas insoutenable. Les grands électeurs respectent en principe le choix du vote populaire, bien que, de temps en temps, l’un d’entre eux se rebiffe : ainsi en 2004, dans le Minnesota, un grand électeur démocrate a voté pour John Edwards, au lieu du candidat désigné, John Kerry.

On appelle ce type de grands électeurs des renégats. Cette pratique est prohibée dans 26 Etats et libre dans les autres. Elle est de toute façon très rare. Etant donné la marge de la victoire de Barack Obama, les états d’âme d’un grand électeur ne changeraient rien au résultat. L’élection peut aussi être contestée lors du décompte des voix au Congrès, si un sénateur peut prouver qu’il y a eu une irrégularité dans un ou plusieurs Etats. On n’attend pas de surprise de ce coté-là non plus !

Le système du collège électoral suscite une certaine incompréhension à l’extérieur des Etats-Unis. Les pères fondateurs l’ont institué pour arracher l’élection du président aux intérêts locaux et pour que le poids de chaque Etat soit respecté. La Constitution prévoit un nombre de grands électeurs égal à la représentation parlementaire, il y a toujours deux sénateurs quelle que soit la taille de l’Etat et un représentant pour 500 000 habitants. Ainsi, un petit Etat comme le Wyoming, dont la population est inférieure à un demi-million d’habitants, a trois grands électeurs, et la Californie, où il y en a près de 40 millions, à 55 grands électeurs.

Si l’on ne comptait que le vote populaire, les grands Etats seraient capables, à eux seuls, d’assurer l’élection du président et les petits seraient rayés de la carte politique. La Constitution n’évoque d’ailleurs même pas le vote populaire. Elle laisse aux Etats la liberté de choisir leurs grands électeurs comme ils l’entendent. La désignation par vote populaire s’est généralisée pendant le XIXeme siècle et le suffrage n’est devenu universel qu’en 1956, lorsque le 19ème amendement de la Constitution a donné le droit de vote aux femmes.