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Etats-Unis

L'effet boule de neige de la crise

par Anne Toulouse

Article publié le 27/01/2009 Dernière mise à jour le 27/01/2009 à 03:17 TU

La chute du prix des maisons a entraîné la chute des magasins de bricolage, qui entraîne le licenciement de leurs salariés, qui ne peuvent plus payer leur babysitter, qui ne peuvent plus payer l'essence de leur voiture,... A New-York, de très chères écoles privées sont en difficulté : les parents enlevent leurs enfants, les frais de scolarité étant devenus insupportables. ( Photo : AFP )

La chute du prix des maisons a entraîné la chute des magasins de bricolage, qui entraîne le licenciement de leurs salariés, qui ne peuvent plus payer leur babysitter, qui ne peuvent plus payer l'essence de leur voiture,... A New-York, de très chères écoles privées sont en difficulté : les parents enlevent leurs enfants, les frais de scolarité étant devenus insupportables.
( Photo : AFP )

Il n'y a pas que les emplois industriels qui soient touchés en première ligne par la crise économique, celle-ci a aussi des effets sérieux dans des secteurs inattendus comme celui de la loi, de la fonction publque ou... des couche-culottes. Inventaire non exhaustif.

Lundi, la une du Wall Street Journal racontait l’histoire de Heller Ehrman LLP, un cabinet d’avocats de San Francisco qui vient de mettre la clef sous la porte après 118 ans d’existence. Il avait pourtant tout d’une affaire solide, avec une bonne réputation et un effectif de 600 avocats. Heller Ehrman avait, il y a deux ans, réalisé les meilleurs profits depuis sa fondation. Sa plongée brutale est due à l’effet conjugué de la situation financière et du rétrécissement d u marché. Il y a moins de travail sur les fusions, les acquisitions et même  les conflits : en période de crise, les entreprises préfèrent conclure un accord à l’amiable plutôt que d’aller en justice. Les cabinets qui ont vu leur chiffre d’affaire baisser n’ont plus le recours de lignes de crédit auprès de leur banque.

Un autre cabinet d’avocats de San Francisco et une vénérable institution, vieille de 160 ans, à New York, n’ont ainsi pas vu la fin de l’année 2008. Comme Heller Ehrman, il s’agissait de cabinets de taille moyenne, qui employaient plusieurs centaines d’avocat. C’est le format le plus vulnérable, les grands cabinets qui emploient plusieurs milliers de personnes, dans plusieurs villes, et les petites affaires, qui tournent autour de quelques personnes, s’en tirent mieux. Le drame des cabinets moyens est qu’ils reposent sur les talent de leurs avocats vedettes : lorsque le marché devient moins bon, ceux-ci fuient vers les grandes entreprises, considérées comme plus sûres. C’est un cercle vicieux qui s’alimente de la crise.

Voir des avocats au chômage dans un pays aussi procédurier que les Etats-Unis donne une idée de l’effet boule de neige du ralentissement économique. L’un des créneaux porteurs reste les divorces, dont la courbe suit celle du chômage… avec tout de même un effet correcteur, qui n’a pas été quantifié : devant la difficulté de liquider leurs biens pour les partager dans un marché à la baisse, certains couples préféreraient rester provisoirement mariés, en attendant une embellie économique.
Autre conséquence judiciaire de la crise : dans le comté d’Hamilton, où se trouve la ville de Cincinnati, un  procureur vient d’accepter un poste à mi-temps dans un cabinet d’avocats privé. Il va ainsi compenser le manque à gagner dû à la réduction de ses horaires, entraînée par les difficultés budgétaires des collectivités locales. La loi de l’Ohio permet ce genre d’arrangements, à condition que le magistrat n’ait pas une clientèle privée qui présente un conflit d’intérêt avec ses fonctions publiques.
 Le procureur n’est pas un cas isolé : le comté d’Hamilton a supprimé  500 emplois  dans les services publics. Cela veut dire que même les fonctionnaires ne sont plus assurés de ce qui constituait l’un des atouts de leur métier, la sécurité de l’emploi. Dans tous les Etats américains, les budgets ont été revus à la baisse, ce qui veut dire moins d’argent pour les pompiers, les écoles, les hôpitaux. Un centre médical du Minnesota vient de supprimer 100 emplois d’un coup. Une démarche qui a un  caractère désespéré, car les professions liées a l’éducation et à la santé sont celles qui résistent le mieux à la crise.
On constate par exemple une recrudescence d’activité dans ce que l’on appelle les « community colleges », de petites universités locales qui assurent une formation professionnelle  en deux ans, au lieu des quatre requis dans les institutions plus prestigieuses. Elles reçoivent un afflux de chômeurs qui veulent se reconvertir et engagent des professeurs, essentiellement dans des matières scientifiques.
Certaines entreprises pensaient être à l’abri de la crise parce qu’elles fabriquent des produits de base. Lundi, la firme texane Kimberly-Clark, qui produit les célèbres «  kleenex » et de grandes marques de produits de toilette comme des couches pour bébé, a annoncé des revenus en baisse de 8,1% pour le dernier trimestre de 2008. Les résultats d’autres géants des produits ménagers comme Procter & Gamble, qui sont attendus cette semaine, pourraient confirmer cette tendance. Les consommateurs se tournent  de plus en plus vers les produits génériques bon marché, au détriment des grandes marques de produits de consommation courante, qui pourraient être à leur tour touchées par les licenciements.