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Etats-Unis/Politique

Obama : une semaine à la tête des Etats-Unis

par Julie Lerat

Article publié le 27/01/2009 Dernière mise à jour le 27/01/2009 à 18:46 TU

Changement de ton, changement de style. En une semaine, Barack Obama a concrétisé la rupture. A coup d’annonces et de mesures, il a commencé à défaire les huit années de présidence de George W. Bush. Au lendemain de sont investiture, le nouveau président américain a annoncé la fermeture de Guantanamo, il a banni le recours aux méthodes controversées d’interrogatoire de la CIA, et enclenché le plan de retrait des soldats américains d’Irak.
Le président américain, Barack Obama, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 21 janvier 2009.(Photo : AFP)

Le président américain, Barack Obama, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 21 janvier 2009.
(Photo : AFP)

Selon le Washington Post, « aucun président avant lui n’a adopté autant de mesures de politique générale au cours de sa première semaine à la présidence ». Mardi 20 janvier, Barack Obama était investi 44e président des Etats-Unis. Depuis, chaque jour apporte son lot d’annonces et de décisions qui tranchent radicalement avec la politique de son prédécesseur.

Mercredi : Guantanamo et la torture

Il fallait bien deux jours pour s’atteler à cette tâche. Pour effacer ce symbole controversé de la présidence de George W. Bush : Guantanamo. A peine avait-il quitté son costume de bal, que Barack Obama annonçait sa décision de geler les procédures judiciaires en cours concernant les détenus de la base américaine. Il s’agissait de prendre le temps d’étudier les dossiers des quelques 250 personnes encore détenues à Guantanamo, et de déterminer quel tribunal serait le plus légitime à juger ceux qui doivent l’être.

Le lendemain, Barack Obama ordonnait par décret la fermeture définitive de Guantanamo d’ici un an. Au même moment, il signait un autre décret stipulant que les Etats-Unis se conformeraient aux Conventions de Genève sur les droits des prisonniers. Peu après, le nouveau responsable des services de renseignement américains nommé par Barack Obama, Dennis Blair, déclarait : « La torture est illégale, immorale et inefficace ».

Autant de décisions, d’engagements, de déclarations qui désavouent la politique de l’administration Bush. Cette administration qui avait créé Guantanamo en 2002, puis mis en place des tribunaux militaires d’exception pour juger les détenus accusés de « terrorisme » en 2006, et qui avait enfin autorisé la CIA à utiliser des méthodes d’interrogatoire dénoncées par les organisations de défense des droits de l’Homme comme n’étant rien d’autre que de la « torture ».

La presse s’interroge cependant sur l’étendue de cette rupture avec l’administration précédente. Au lendemain de l’annonce de la fermeture de Guantanamo, un missile américain était tiré sur une cible au Pakistan, causant la mort de 18 personnes. « La terminologie de « la guerre contre le terrorisme » peut disparaître, mais la guerre contre Al-Qaïda ne disparaîtra pas », affirme Bruce Riedel, ancien agent de la CIA et conseiller de Barack Obama pendant la transition et la campagne présidentielle. « C’est une erreur de conclure que l’administration Obama ne va pas s’en prendre à Al-Qaïda avec des intentions au moins aussi sérieuses que celles de George W. Bush », poursuit-il.

Jeudi : Proche Orient et Afghanistan

Jeudi, deux nouveaux venus ont rejoint l’administration de Barack Obama, deux négociateurs chevronnés qui joueront les émissaires dans deux zones jugées prioritaires par le nouveau président : George Mitchell au Proche-Orient, et Richard Holbrooke en Afghanistan. George Mitchell est convaincu que les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens doivent reprendre, et est connu comme un fervent partisan du gel des colonies israéliennes. Richard Holbrooke, lui, a été l’artisan des accords de Dayton qui ont mis fin en 1995 au conflit en ex-Yougoslavie.

Trois jours plus tard, l’administration Obama annonçait le départ imminent de l’envoyé spécial pour la paix, George Mitchell, pour une tournée au Proche-Orient – en Israël, dans les Territoires palestiniens, en Egypte, en Jordanie et en Arabie Saoudite. Dans une interview donnée à la chaîne de télévision Al Arabiya ce lundi, Barack Obama a dit qu’il dépêchait son émissaire sur place avec pour consigne de « commencer par écouter, parce que trop souvent, les Etats-Unis commencent par dicter les choses ». Le président américain a également déclaré que selon lui, le temps était venu pour les Israéliens et les Palestiniens de revenir à la table des négociations. Il a promis de tendre la « main de l’amitié » au monde musulman.

Vendredi : l’avortement et l’Irak

La veille, il avait affirmé son engagement à défendre le droit des femmes à l’avortement, à l’occasion du 36e anniversaire d’une décision de justice qui a permis de légaliser l’avortement aux Etats-Unis. Vendredi, Barack Obama est allé plus loin en annulant une décision de George W. Bush. Il a levé l’interdiction de financer des organisations pratiquant ou favorisant l’avortement à l’étranger. Cette interdiction avait été adoptée sous la présidence de Ronald Reagan, levée par Bill Clinton puis renouvelée par George W. Bush. Dans un communiqué, Barack Obama a justifié sa décision : « Au cours des huit années passées, (ces dispositions) ont sapé les efforts pour promouvoir un planning familial volontaire, sûr et efficace dans les pays en développement ».

Autre signe que la page de l’administration Bush est tournée : vendredi dernier, Barack Obama a également réuni des responsables militaires pour faire avancer le plan de retrait des troupes américaines de l’Irak. Il a également joint par téléphone le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon en soulignant son « attachement à une relation forte entre les Etats-Unis et l’ONU ».

Samedi : Le plan de relance

Samedi, lors de sa première allocution hebdomadaire à la radio, Barack Obama a évoqué son vaste plan de relance économique de 825 milliards de dollars, qu’il voudrait faire adopter le plus rapidement possible. Chaque jour de cette première semaine à la tête des Etats-Unis, le nouveau président a consacré une partie de son temps à mettre en œuvre ce plan, et à convaincre les indécis. « Si nous agissons en tant que citoyens, et non en tant que partisans, et tentons de rebâtir l'Amérique, alors j'ai confiance que nous sortirons de cette période éprouvante plus forts et plus prospères que nous ne l'étions avant », a assuré le président.

Lundi : l’environnement

Ce lundi, Barack Obama a défait un pan entier de la politique de l’administration Bush : la lutte contre le réchauffement climatique. Là où son prédécesseur avait rejeté les accords de Kyoto, le nouveau président assure que « les Etats-Unis sont prêts à reprendre les commandes » sur ce dossier. « Les temps où Washington traînait les pieds sont révolus », a dit Barack Obama. Le président a nommé Todd Stern « négociateur en chef » de son administration sur le réchauffement climatique. Todd Stern avait négocié le protocole de Kyoto au nom du président Bill Clinton.

Barack Obama a également demandé à l’Agence de protection de l’environnement de permettre à la Californie d’adopter ses propres règles en matière de limitation des rejets de gaz à effets de serre. Depuis plusieurs années, le gouverneur de Californie veut imposer dans son Etat des règles plus sévères que celles en vigueur au niveau national. Chose que George W. Bush a toujours refusé. « Il est clair que la Californie et l'environnement ont désormais un allié solide à la Maison Blanche », s'est réjoui Arnold Schwarzenegger, le gouverneur de Californie.