par Frédérique Misslin
Article publié le 18/02/2009 Dernière mise à jour le 18/02/2009 à 18:27 TU

Des enfants palestiniens jouent au milieu des ruines d'une école de Rafah, au sud de Gaza, le 7 janvier 2009.
(Photo : Saïd Khatib/AFP)
Un million quatre cent mille habitants à Gaza, dont 48,3% ont moins de quinze ans. « Assumant une croissance régulière au cours des prochaines années, la population de la bande de Gaza doublera d’ici vingt et un ans », assure le Bureau central des statistiques palestinien.
Le premier recensement réalisé en 1997 dans ce territoire avait comptabilisé 1 022 207 personnes. Aujourd’hui, 1 416 543 Palestiniens habitent Gaza. Cela signifie qu’en 10 ans, la population a augmenté de 40% sur une bande terre de 360km2. Dans vingt ans, selon les projections, la population aura doublé. Or, aujourd’hui déjà, la densité de population dans la bande de Gaza est une des plus fortes au monde, avec plus de 4 000 personnes au km2.
Des chiffres qui ne sont pas sans conséquences pour les politiques publiques à court et à moyen terme, en termes d’éducation, de logement, de santé. A cela s’ajoute le blocus qui touche la bande de Gaza depuis plus d’un an et qui fait monter les statistiques du chômage : plus d’un Palestinien sur deux est sans emploi. L’UNRWA (Office des Nations unies pour les réfugiés palestiniens) enregistre et gère l’écrasante majorité des habitants de Gaza : 67,9% sont inscrits auprès des Nations unies.
Taux de fécondité en baisse
Actuellement, le taux de fécondité dans la bande de Gaza est estimé à 5,3 enfants par femme (contre 6,9 il y a 12 ans). Les chiffres de la natalité ont donc fortement baissé. Durant la première intifada, le nombre d’enfants par femme avait atteint un record 8,1. La fécondité a tendance à s’aligner ces dernières années sur les normes arabes ou proche-orientales, mais elle reste élevée et « typique d’une société islamique conservatrice », précise le directeur du Bureau des statistiques, Luay Shabaneh.
En 2007, la cellule familiale comprenait en moyenne 6,5 personnes, un chiffre en baisse « à l’instar de ce qui se passe dans les pays développés, où les gens ont tendance à habiter en ville, en appartement », souligne Luay Shabaneh.
Selon le recensement, les femmes ne travaillent pas et le divorce reste rare, une baisse du nombre de mariages a toutefois été enregistrée ces derniers temps. Le directeur du Bureau des statistiques attribue ce phénomène à la très mauvaise situation économique qui est la conséquence du siège israélien. L’étude montre également quelques signes encourageants. L’éducation et le taux d’alphabétisation sont en hausse. Le nombre de Palestiniens, âgés de plus de dix ans, et analphabètes est passé de 11,3% en 1997 à 5,5% aujourd’hui. Et la proportion de ceux qui ont eu accès à l’éducation jusqu’au secondaire a augmenté de 62,8% à 70,6%.
L’arme démographique au Proche-Orient
Taux de fécondité élevé, peu de migrations puisque les habitants de Gaza ne peuvent pas quitter le territoire, cela donne un taux de croissance rapide dans une région où la démographie est un élément central du conflit avec les Israéliens. C’est d’ailleurs dans les camps de réfugiés que la croissance démographique est la plus forte. Au-delà de l’enjeu territorial au Proche-Orient se mène un autre combat, à savoir la guerre des berceaux, comme l’explique Youssef Courbage, chercheur à l’INED, la natalité est « l’arme de destruction massive du pauvre ».
De l’autre côté, les partis nationalistes et religieux israéliens utilisent également la fécondité comme une arme politique avec un taux, côté israélien, de près de trois enfants par femme. Les colons bénéficient en effet de nombreuses aides de l’Etat qui rendent les naissances nombreuses très attractives.
Directeur du Bureau palestinien des statistiques
« Même si Gaza tend vers les mêmes caractéristiques que les pays développés, Gaza conserve tout de même des cellules familiales de grande taille. »
Démographe
« 3 millions dans 21 ans c'est peut être un excessif parce que ce qui est en train de se passer à Gaza, en Cisjordanie et chez la diaspora palestinienne c'est un phénomène de modernisation démographique. »
En savoir plus : Bureau des statistiques palestiniennes