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Afrique

Un ordinateur dans la classe : pour quoi faire ?

par Anne-Laure Marie

Article publié le 26/02/2009 Dernière mise à jour le 03/03/2009 à 18:33 TU

Classe de lycée à Kilembwe Territoire de Fizi dans le Sud-Kivu, RDC.(Photo: Patient Alesire)

Classe de lycée à Kilembwe Territoire de Fizi dans le Sud-Kivu, RDC.
(Photo: Patient Alesire)

Et si il y avait un ordinateur dans la classe  et que les enseignants étaient formés pour s’en servir avec les élèves, qu’est-ce que cela changerait ? Et quand on n’a pas de connexion internet, un ordinateur ça sert encore à quelque chose ? Deux questions auxquelles vous répondez dans cet article. Questions à laquelle Christian depuis Yaoundé au Cameroun ajoute celle, plutôt polémique, du Tableau Blanc Interactif. Retrouvez toutes les contributions à cette discussion sur le forum de l’Atelier des Médias

On dit qu’une image vaut parfois bien des discours... Celle que vous voyez au-dessus de cet article a été prise à Kilembwe, dans le Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo. Un témoignage iconographique en quelque sorte que nous a fait parvenir Patient avec cette seule question : « Comment peut-on apprendre l'ordinateur dans cette classe de lycée ? ». Cette question, à ce stade de l’enquête, nous nous devions de la poser. Depuis le Maroc, Abd Elfetah  nous la soumet en décrivant « nos écoles (qui) sont encore à l'âge de craie »…Une jolie expression pour une vraie question : peut-on parler d’ordinateur alors que les classes en Afrique sont surchargées, les enseignants et les élèves privés de tout, les étudiants tiraillés par la faim ? La réponse ou plutôt les réponses, c’est vous qui les avez données, et on commence par celle d’Abdellatif, marocain lui-aussi.

Au Maroc, tableau noir ou programme multimédia

Abdellatif est enseignant. Passionné par les TICE(1), il a tenté sa chance lors d’un concours annuel organisé par son ministère de l’éducation nationale sur « la production de supports didactiques multimédia ». Son projet, l’apprentissage de la langue Amazighe (le berbère) avec des images, de l’animation, de la musique et « quelques techniques pédagogiques, comme les questionnaires à choix multiple, la comptine ...etc. » lui a valu d’être lauréat de l’édition 2006 du concours. Mais ce qu’il en retient surtout, c’est l’impact sur l’efficacité de son métier d’enseignant avec « plus d’autonomie pour les élèves, une meilleure évaluation de leurs progrès, une plus grande motivation de la classe via le caractère ludique des programmes ». Abd Elfetah et Abdellatif vivent dans le même pays et tandis que le premier travaille la craie à la main, l’autre conçoit des programmes multimédia. Un exemple parmi d’autres des disparités énormes constatées au sein d’un même pays parfois …et souvent d’un pays à l’autre. Mais au delà des différences, les points communs sur l’intérêt d’avoir un ordinateur dans sa classe demeurent. Le premier d’entre eux étant l’accès à une documentation actualisée, même sans connexion internet.

Surtout n’envoyez pas de livres !

Accéder à des contenus quand « les bibliothèques sur place sont pauvres en documents » est un des premiers atouts de l’ordinateur selon vos témoignages. Et quand on peut disposer de programmes pédagogiques qui ne datent pas de « 1980 pour un cours en vigueur en 2006 » comme Blaise l’a expérimenté avec son Professeur d’économie au Burundi, c’est encore mieux. C’est l’objectif initial d’Accesmad. Fondée pour pallier le manque de documentation scientifique accessible à Madagascar et par là-même la quasi désertion par les élèves des filières scientifiques au baccalauréat, l’association de Jacques-Marie Perrier avait pour but initial de fonder une médiathèque. « Pas de livres s’il vous plait ! » leur a demandé un directeur de lycée, anticipant la pénurie de manuels par rapport au nombre d’élèves concernés, la gestion des prêts, la fragilité du papier, la péremption des contenus… « De toutes façons, le transport couterait trop cher », selon Accesmad qui pensait tout simplement télécharger des contenus de cours via internet pour remplir sa médiathèque électronique. « Là, on a beaucoup tâtonné » avoue Jacques-Marie Perrier, « avec une connexion excessivement lente, des problèmes de coupures d’électricité… » Bref, cinq ans après, les cours de physique-chimie, de sciences naturelles, de la seconde à la terminale sont accessibles « en local » (les informations sont contenues dans la mémoire des ordinateurs) dans 38 lycées publics malgaches. Des informations que l’on peut actualiser soi-même, s’il y a une connexion internet. Et les filières scientifiques remportent un tel succès auprès des élèves que les professeurs manquent pour satisfaire les besoins ! Mais si ce projet a été fondé sur l’usage de l’ordinateur, il a été monté sur place avec les enseignants qui ont été formés pour cela. Le tableau blanc interactif, lui, est un outil inédit même dans les salles de classe des pays riches.

Ecole primaire du quartier Biyemassi, dans la banlieue de Yaoundé.(Photo : <a href="http://www.protegeqv.org" target="_blank">Momeni Avis</a>)

Ecole primaire du quartier Biyemassi, dans la banlieue de Yaoundé.
(Photo : Momeni Avis)


Le tableau blanc interactif, ordinateur collectif

C’est une sorte d’ordinateur collectif avec un écran où chacun peut écrire comme sur un tableau noir sauf que la machine contient la réponse à la question posée avec tous les documents possibles pour illustrer le cours. Selon Christian, ce Tableau Blanc Interactif, dont il a été souvent question notamment lors de la conférence sur la solidarité numérique en novembre dernier à Lyon, « va révolutionner l'éducation en Afrique » C’est aussi l’avis de Gabriel Cohn-Bendit. Président fondateur du Réseau Education pour Tous en Afrique, il ne tarit pas d’éloge sur cet outil, beaucoup plus intéressant qu’un ordinateur selon lui en ce qu’il est collectif et ludique

Gabriel Cohn-Bendit

Président et fondateur du réseau éducation pour tous en Afrique (Repta)

« C'est un tableau interactif dans lequel on peut projeter des choses qui sont dans l'ordinateur et on peut en mettre en partant du tableau, en écrivant dessus. »

26/02/2009 par Anne-Laure Marie


Une machine qui donne la bonne réponse à la place du professeur ? Pour Gabriel Cohn-Bendit, ce peut être le moyen d’améliorer la formation des enseignants en Afrique dont on sait qu’elle (aussi) manque de moyens. Pour Marc en revanche, si l’on n’y prend pas garde, c’est surtout prendre le risque « dans l'euphorie de l'utilisation de nouvelles technologies (…) d’ignorer certaines missions du maître, pilier de la formation de l'enfant. Car il ne s'agit pas, dit-il, d'accumuler dans la tête de nos enfants, n'importe quelles informations contenues dans les serveurs du monde entier » Témoignage conforté par la contribution de François, coordinateur de projets éducatifs au Burkina Faso et au Mali pour l’IICD ( la coopération néerlandaise) : « L'approche Tableaux Blancs Interactifs pour l'Afrique n'est en soi pas une mauvaise initiative, dit-il,mais les systèmes éducatifs en Afrique sont-ils suffisamment prêts pour réellement intégrer un outil pareil ? En dehors du problème des infrastructures et des coûts, le deuxième défi non moins fondamental est celui du changement des approches/mentalités pédagogiques. » Ces critiques sont intervenues après que nous ayons interrogé Gabriel Cohn-Bendit et mis son interview en ligne sur le site de l’Atelier des médias. Nous n’avons donc pas pu lui soumettre. Il a répondu en revanche à d’autres critiques sur cet outil qui fait couler beaucoup d’encre et passe parfois pour une « idée du Nord » comme l’affirme Blaise  depuis le Burundi qui prête à notre invité « des idées ambitieuses et fausses sur l'Afrique » qui finiront « comme d’habitude dans des séminaires pour intellectuels et n’atteindront jamais leur public cible » Pourtant, répond le Repta, les contenus de ces ordinateurs d’un genre nouveau sont pour une fois des documents issus des pays africains et édités en langue locale.

Gabriel Cohn-Bendit

« Toutes les technologies, si elles sont bonnes je veux que les plus démunis en profitent. »

26/02/2009 par Anne-Laure Marie


Réponse de Blaise : « Je lui conseille de lancer le projet, le financer, le mettre en œuvre, faire le suivi-évaluation et allouer les intérêts au bénéficiaires. » Et c’est justement ce que prévoyait le Repta au moment où nous l’avons joint par téléphone. Gabriel Cohn-Bendit se préparait en effet à partir au Burkina Faso, en mission de reconnaissance, un voyage dont nous avons eu des échos incidemment …via une des membres de l’Atelier des Médias ! Marino est professeur de Français Langue Etrangère en Italie et correspond grâce à internet avec d’autres écoles dans le monde. C’est elle qui nous a raconté comment l’association avec laquelle travaille Alassane au Burkina Faso avait pu bénéficier grâce au Repta d’un accès au Tableau Blanc Interactif, une « arme précieuse de lutte conte l’ignorance et de promotion de l’éducation » selon Alassane. Une arme hors de portée de la plupart des écoles mais dont Gabriel Cohn-Bendit prévoit que le prix va baisser.

Gabriel Cohn-Bendit

« Les coûts vont énormément baisser comme pour les téléphones portables. »

26/02/2009 par Anne-Laure Marie


Tableau blanc interactif, ordinateur, internet, pour les élèves, c’est aussi la possibilité de découvrir d’autres horizons, qu’ils soient africains, français ou italiens comme ceux de Marino qui voudraient ajouter, dit-elle,    « combien cela leur apporte de se confronter par le biais d'un ordinateur et d'une langue commune (le français) et de se découvrir si proches... » Quand l’ordinateur abolit les distances, et permet aussi de suivre des cours au Québec ou en France en restant dans son pays d’origine...Ce sera le prochain volet de notre enquête participative. En marge de cet article, vous trouverez une version plus longue de l’interview de Gabriel Cohn-Bendit sur le Tableau Blanc Interactif. Enfin, merci à ceux qui nous ont envoyé les photos qui illustrent cet article. N’hésitez pas à en envoyer d’autres, nous essaierons de les publier en même temps que vos témoignages.

(1) : TICE : Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement