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Afrique

Y-a-t-il un ordinateur dans la classe ? Encore tant de choses à dire...

par Anne-Laure Marie

Article publié le 25/03/2009 Dernière mise à jour le 25/03/2009 à 17:30 TU

La place de l’ordinateur à l’école en Afrique ? Le sujet est à l’évidence trop vaste pour être traité en quelques articles, même inspirés d'une enquête participative riche de plus de 230 témoignages. Il nous faut pourtant clore cette discussion. De « l’ordinateur à 100 dollars » à la question du prix des logiciels en passant par le problème de la maintenance informatique, retour pour ce dernier article sur tous ces points que vous avez soulignés. Avec, en guise de conclusion quand même, un éclairage inédit sur l’impact de l’ordinateur dans l’apprentissage des enfants. Une expérience menée en Inde par le Laboratoire d’action contre la pauvreté du MIT (1)

Peinture de Mr Kabré sur le phénomène des TIC en Afrique.(Crédit : <a href="http://burkina-ntic.net/" target="_blank">Burkina NTIC</a>)

Peinture de Mr Kabré sur le phénomène des TIC en Afrique.
(Crédit : Burkina NTIC)

« L’ordinateur à 100 dollars » pour les enfants des pays pauvres ?

© OLPC

© OLPC

Dès le début de la discussion, c’est vous qui en avez parlé. Pour Sia, du Burkina Faso, c’est la « grande promesse » de la Fondation OLPC (« One Lap top per Child », autrement dit « un ordinateur portable par enfant »). Véritable « défi de civilisation » selon Djibirine, (Togo), le projet lancé par l’informaticien américain Nicolas Negroponte a déjà fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreuses interviews y compris dans l’Atelier des Médias… Au point que beaucoup d’entre vous, comme Bertrand, de Lomé, qui voudrait « plusieurs ordinateurs de ce type pour améliorer les enseignements qu’il donne aux enfants de son quartier » se demandent aujourd’hui : « Comment dois-je procéder ? ». L’ordinateur à 100 dollars, qui en coûte en fait près de 200,  comme nous l’explique Lionel Laské d’OLPC France (voir audio ci-dessous) suscite toujours beaucoup d’espoir. L’annonce de « la réduction drastique » des effectifs et des moyens de la fondation début 2009 a d’ailleurs été immédiatement répercutée sur le forum de la discussion. Pourquoi alors ne pas avoir traité plus en profondeur la question de l’ordinateur à 100 dollars ? Sans doute parce que le projet suscite – aussi- beaucoup de réserves au sein du monde éducatif. En résumé, le principal reproche fait au projet OLPC est qu’il fait la part trop belle à la technologie (Google et le fabricant de microprocesseurs AMD font partie de son Conseil d’administration nous dit Lionel Laské dans l'interview). Or, si la machine peut être un soutien, elle ne garantit pas forcément de meilleurs résultats dans l’apprentissage (voir à ce sujet l’entretien avec Hélène Giacolbino sur l’expérience indienne). Cet argument, vous l’avez vous aussi développé et nous l’avons repris dans les articles de cette enquête. Faire la promotion de « l’ordinateur à 100 dollars » dans ce contexte n’aurait pas été très logique. Pour autant, le projet de la Fondation OLPC a le mérite selon François Laureys de l’IICD (la coopération néerlandaise) de poser concrètement la question du prix du matériel neuf. Sur ce point et sur l’avenir de l’OLPC nous avons joint le président d’OLPC France Lionel Laské

Lionel Laské

Président de la fondation OLPC France (One Laptop Per Child)

« L'ordinateur annoncé à 100 $ coûte en réalité 188 $ mais l'idée c'est qu'il puisse y avoir un financement autre pour l'acquisition de ce matériel éducatif. »

24/03/2009 par Anne-Laure Marie

La « facture numérique »

Si le projet OLPC ne fait pas l’unanimité, le sujet de la « facture numérique » comme l’appelle Mombo, lui, revient systématiquement dans vos interventions et dépasse le seul problème du prix des machines. « Un ordinateur, c'est bien » nous écrit Ajavon de Lomé, au Togo, « mais un ordinateur est une suite de programmes et ces programmes sont encore assez inaccessibles sur le vieux continent.(…). Vous prenez un logiciel de gestion financière comme "ciel compta" …Cela vaut plus de 150 euros ». Ici, c’est tout le débat du « logiciel propriétaire » contre le « logiciel libre » qui s’invite dans la discussion. Depuis Libreville, Mombo nous explique ainsi que « les logiciels libres, sont gratuits, accessibles à tous sur l'internet, il suffit seulement de les télécharger, comme Linux. Malheureusement, en Afrique, ce sont les logiciels onéreux qui se perfectionnent d’année en année, c’est Windows qui est en vogue. » « Oui, tout à fait d'accord », lui répond Laurent, « il faut absolument baisser le coût de l'informatique en évitant d'acheter du matériel tous les 4 ans et en payant des licences. C'est ce que nous proposons et on arrive à des solutions vraiment pas chères ». Inutile de dire que nous avons relancé Laurent sur ces « solutions vraiment pas chères ». Réponse : « En fait le concept est assez simple : il n'y a plus aucune donnée sur le PC (poste de travail) et celui-ci ne sert qu'à afficher le "travail" qui est fait sur un gros ordinateur central (un serveur). Cela permet de travailler avec toutes ses données (fond d'écran, applications, fichiers, ...) depuis n'importe où puisqu'elles sont centralisées. Cette solution a été mise au point pendant 4 ans et uniquement avec des logiciels open source (dont le code est accessible à tous et qui sont gratuits ndlr). Donc pas de licences à payer, pas de matériel récent à acheter (sauf l'ordinateur central) et on arrive à des solutions vraiment pas chères et qui permettent de valoriser les déchets informatiques (2). Si quelqu'un souhaite tester c'est gratuit, il suffit de remplir ce formulaire ...

Peinture de Mr Kabré sur le phénomène des TIC en Afrique.(Crédit : <a href="http://burkina-ntic.net/" target="_blank">Burkina NTIC</a>)

Peinture de Mr Kabré sur le phénomène des TIC en Afrique.
(Crédit : Burkina NTIC)


« Quand j'ai ouvert la chambre de cartouche, elle était "pourrie" par manque d'utilisation »

Autre dépense incontournable quand on parle de matériel informatique en Afrique : la maintenance. Les ordinateurs donnés ou achetés à bas prix sont en effet souvent du matériel d’occasion or, en l’absence de compétences sur place pour réparer ces matériels, on en arrive à des situations absurdes comme celle qu’a vécue Blaise : « Pour la moindre panne, les gestionnaires recherchent des financements auprès des ONG. S'il n'y a pas de financement de la panne les salles restent fermées. Parfois ces pannes sont banales. Dans un lycée de la province Kayanza au Burundi ils m'ont dit que leur imprimante ne fonctionnait pas depuis 10 ans, qu'ils n'avaient pas eu des frais pour la réparer. Quand j'ai ouvert la chambre de cartouche, il y avait une cartouche pourrie par manque d'utilisation ». Autrement dit par Ajavon depuis Lomé, « l'Afrique n'a pas besoin à mon avis des ordinateurs qui la polluent, mais des ordinateurs qui sauront redresser son économie et faire valoriser son potentiel intellectuel.» Et même quand les ordinateurs sont neufs, « les coûts de maintenance du matériel informatique (…) sont souvent élevés et amènent des cybers et des salles et centres informatiques à se retrouver avec pléthore de hardware inutile ! » regrette Ephrem depuis le Bénin.

Formateur informatique propose ses services gratuitement

© UNESCO

© UNESCO

Enfin, parmi les choses dont on n’a pas parlé, il y a tous ces retours d’expériences réussies. Celle de Gabriel qui a implanté « un centre informatique à 180 kms de Bukavu précisément Kamituga où tout le monde voulait non seulement voir et toucher l'ordinateur, mais aussi apprendre, car pour la plupart des gens c'était la première fois qu’ils voyaient l'ordinateur. Après trois mois de formation nous venons de remettre les brevets à 18 lauréats ». Ousmane, au Niger, raconte comment « la Sœur-directrice Geneviève Essi Sokpor a monté des cours informatiques sans aucune aide extérieure. Depuis octobre 2008 les classes de CE2, CM1 et CM2 suivent une heure de cours d’informatique par semaine, tous les enseignants de l’école suivent une formation d’initiation à l’informatique ». Selon lui, « c’est juste une question de volonté ». Une proposition de service pour conclure. Celle de Said Omar, Comorien de 25 ans, formateur en informatique. « Je propose que l’on fasse une sorte de partage de connaissances de façon bénévole. C'est-à-dire qu’une organisation, association ou une personne paye le billet et le logement,disons une ou deux mois ou plus si c’est possible, à des formateurs pour aller dans un pays comme la Guinée, le Sénégal, pour aller leur porter secours. Moyennant comme salaire zéro franc. En ce qui me concerne, je suis disponible pour deux mois pour cette idée » conclut-il.

L'ordinateur, efficace pour apprendre en maths, pas en langue 

On le voit bien, la question initiale « Y-a-t-il un ordinateur dans la classe » était le prétexte à une discussion plus large sur la place de l’informatique dans l’enseignement en Afrique. Sur la question de l’apport de ces technologies dans les processus d’apprentissage, une enquête inédite a été menée par le Laboratoire d’action contre la pauvreté, autrement appelé J-Pal. Ce réseau international de chercheurs mène des expérimentations concrètes sur les projets de réduction de la pauvreté. Dans le domaine de l’éducation, des résultats intéressants ont été mis à jour en Inde sur l’impact de l’ordinateur à l’école, comme l'explique Hélène Giacobino, directrice du développement pour J-Pal Europe

Hélène Giacobino

Directrice du développement de J-Pal Europe

« Le laboratoire J-Pal a pour objectif d'évaluer l'impact de programmes de lutte contre la pauvreté, afin de vérifier quel programme est le plus efficace dans tel ou tel domaine notamment dans l'Education... L'intérêt de ce type d'évaluation est très important. Une étude comme ça évite beaucoup de discussion sur des sujets qui sont plus politiques par exemple, donc ça permet de rapprocher des gens qui au départ ont des opinions différentes parce qu'ils peuvent constater des résultats rigoureux. »

25/03/2009 par Anne-Laure Marie

Mais si l’ordinateur n’est pas indispensable pour apprendre à l’école, ne pas savoir s’en servir dès le plus jeune âge, c’est la certitude d’être coupé du reste du monde. C'est bien ce que l’on appelle la fracture numérique.

Nous continuons de travailler sur un diaporama sur le sujet de cette enquête avec vos photos. Il vous sera proposé dès que la banque d'images sera suffisamment fournie pour une synthèse en images de qualité. Merci à Sylvestre de Burkina-NTIC de nous avoir fait découvrir les tableaux de Kabré. Vous pouvez retrouvez toutes les contributions à l’enquête participative : Afrique y-a-t-il un ordinateur dans la classe sur le site de l’Atelier des Médias. Vous pouvez aussi venir y proposer de nouveaux sujets d’enquête.

(1) Fondé en 2003 au MIT (Massachusetts Institute of Technology), J-PAL, réseau de chercheurs, compte depuis 2007 deux antennes régionales en Europe et en Inde. Dirigée par Esther Duflo, également Professeur au Collège de France, ce réseau tente d'évaluer, par l'expérimentation, l'efficacité des politiques sociales dans les pays pauvres. (2) Ecoutez l'interview de Laurent Alliod dans l'Atelier des Médias