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Erythrée / Iran

Des Pasdarans iraniens en Erythrée

par Olivier Rogez

Article publié le 06/05/2009 Dernière mise à jour le 07/05/2009 à 11:12 TU

Information exclusive RFI : des unités, des navires et du matériel militaire iraniens sont implantés depuis quelques mois dans le port érythréen d’Assab, sur la mer Rouge. Avec l’appui d’Asmara et de Khartoum, le régime de Téhéran semble pousser ses pions dans le golfe d’Aden, un lieu hautement stratégique sur la route du pétrole. C’est un axe anti-occidental qui se met en place dans une zone troublée par la présence des pirates somaliens.  

(Carte : RFI)

(Carte : RFI)

Depuis le mois de décembre, des unités de Pasdarans, les Gardiens de la Révolution ont débarqué en Erythrée. Selon plusieurs sources occidentales, des navires mais aussi un sous-marin mouillent dans le port d’Assab. L’endroit est stratégiquement situé sur la mer Rouge, à quelques encablures du détroit de Bab el-Mandeb et de l’entrée du golfe d’Aden. C’est dans cette zone que transitent un quart du pétrole de la planète, mais aussi dix pour cent du commerce maritime mondial.

Autant dire que les Iraniens n’ont pas choisi le port d’Assab par hasard. En cas de conflit avec l’Occident sur la question nucléaire, Téhéran serait en mesure de mener un « Jihad maritime ». Le contrôle des détroits semble d’ailleurs être devenu une priorité du régime iranien qui a déjà menacé en 2008 de bloquer le détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique. Pendant que les marines du monde entier donnent la chasse aux pirates somaliens dans le golfe d’Aden, à quelques milles nautiques de là, Téhéran pousse ses pions.

La mer Rouge et l’océan Indien sont devenus l’une des zones les plus surveillées de la planète. L’Otan, l’Europe, la Cinquième flotte américaine, les Russes et les Chinois, entre autres, ont déployé des navires pour donner la chasse aux pirates somaliens. Autant dire que l’arrivée des Gardiens de la Révolution n’est pas passée inaperçue. D’autant qu’à quelques dizaines de kilomètres d’Assab, à Djibouti, Français et Américains disposent chacun de leur base. La présence américaine s’y est considérablement accrue ces dernières années. Aujourd’hui, une partie de l’état-major africain des Etats-Unis y est basée, de même que les activités de lutte anti-terroriste. En cas de conflit, l’Otan peut utiliser les bases de Djibouti.

Alliance régionale pour contrer les Occidentaux

La question qui agite les militaires et les experts occidentaux est de savoir à quel jeu jouent les Iraniens. Plusieurs sources militaires et civiles affirment que les Gardiens de la Révolution y ont acheminé des missiles de moyenne portée. En Iran, le corps des Pasdarans dispose d’un monopole sur les missiles au détriment de l’armée régulière. « Les missiles sont bien présents mais en pièces détachées », confirme un expert sous couvert d’anonymat.

Les missiles de l’Iran chiite pourraient, s’ils étaient déployés, atteindre l’Arabie sunnite mais aussi Israël. La menace est suffisamment prise au sérieux pour que Tel-Aviv s’en alarme. Selon nos informations, l’Etat hébreu a fait savoir qu’il ne resterait pas sans réaction si les missiles étaient assemblés et déployés. Israël a démontré sa capacité d’action en février dernier en bombardant successivement trois convois d’armes destinés au Hamas dans le désert soudanais. Les armes remontaient de l’Erythrée et devaient transiter par le Soudan et l’Egypte avant d’arriver dans la bande de Gaza. Une source égyptienne fait même état d’un navire iranien coulé par les drones israéliens.

Soudanais, Erythréens et Iraniens ont formé une alliance régionale afin de contrer les Occidentaux. Depuis l’inculpation du président soudanais Omar el-Béchir, Khartoum cherche désespérément de nouveaux alliés. Asmara fut la première capitale à accueillir le président soudanais après son inculpation. Plus isolée encore que le Soudan, l’Erythrée veut contrecarrer son ennemi juré, l’Ethiopie. Elle soutient notamment depuis plusieurs années les islamistes somaliens radicaux et les séparatistes de l’Ogaden, une région éthiopienne peuplée de Somalis.

Washington, qui s’appuie sur l’Ethiopie dans sa politique régionale et qui a voulu en faire le gendarme régional dans le conflit somalien, accuse Asmara de déstabiliser la Corne de l’Afrique. Pourtant, ni le Soudan autrefois très proche des dirigeants saoudiens, ni l’Erythrée chrétienne n’ont d’affinité idéologique profonde avec le régime iranien. La seule logique qui forge cet axe est d’empêcher une déstabilisation interne réelle ou supposée de la part des grandes puissances occidentales. Les Iraniens poursuivent quant à eux leur politique globale de dissuasion, encore manifestement peu convaincus par la main tendue de l’administration Obama. Dans ce jeu, certains prennent soin de ne pas aller trop loin. Ainsi, le Soudan aurait refusé d’accueillir sur son sol des missiles iraniens.