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Iran

Moussavi défie le guide suprême

par  RFI

Article publié le 21/06/2009 Dernière mise à jour le 21/06/2009 à 10:58 TU

Le candidat malheureux à l’élection présidentielle Mir Hossein Moussavi a lancé samedi une critique sans précédent contre le numéro un du régime iranien Ali Khamenei, alors que de violents affrontements ont opposé les forces de l’ordre à des milliers de manifestants protestant à Téhéran contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.

Le bilan reste incertain. Selon la télévision d'Etat, 10 personnes ont été tuées et plus de 100 blessées samedi dans la capitale iranienne, au 8e jour de la crise née de la réélection du président ultraconservateur. La chaîne américaine CNN parle d'au moins 19 morts depuis une semaine.

Affrontements entre policiers et partisans de Mir Hossein Moussavi, dans les rues de Téhéran, le 20 juin 2009.(Photo : Reuters)

Affrontements entre policiers et partisans de Mir Hossein Moussavi, dans les rues de Téhéran, le 20 juin 2009.
(Photo : Reuters)

Plus d’une semaine après l’élection présidentielle la tension reste vive dans le pays. Malgré les mises en garde des autorités et le discours du guide suprême, les manifestations anti-Ahmadinejad continuent à Téhéran et dans les grandes villes de province.

Samedi encore des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de la capitale en scandant « Mort au dictateur ! » bravant ainsi la police anti-émeute qui a tiré des balles et des gaz lacrymogènes et recouru aux canons à eau et matraques pour les disperser. Malgré la répression les manifestations ont continué. En joignant ses partisans, Mir Hossein Moussavi s’est dit « prêt au martyre » et leur a demandé de ne pas baisser les bras et d’organiser une grève générale s’il était arrêté.

Dans un communiqué publié le même jour sur son site internet, Mir Hossein Moussavi a franchi un nouveau cap en critiquant ouvertement le guide suprême Ali Khamenei et en demandant à nouveau l'annulation de l'élection. Au cours d’un discours vendredi, l’ayatollah Ali Khamenei avait encore une fois apporté son soutien à Mahmoud Ahmadinejad en validant sa réélection et en interdisant tout rassemblement contre le président réélu. Sans le nommer, Mir Hossein Moussavi a critiqué très sévèrement les propos du guide suprême.

« L'islam est incompatible avec la République »

Mir Hossein Moussavi acclamé par ses partisans, à Téhéran, le 15 juin 2009.(Photo : Reuters)

Mir Hossein Moussavi acclamé par ses partisans, à Téhéran, le 15 juin 2009.
(Photo : Reuters)

L’ancien Premier ministre accuse Ali Khamenei de menacer le caractère républicain de la République islamique et de vouloir imposer un nouveau système dans le pays. « Un projet qui va au delà de l'imposition au peuple d'un gouvernement non voulu, l'imposition d'une nouvelle vie politique au pays », a dénoncé le candidat protestataire. Il a également assuré qu'il sera « toujours aux côtés » des Iraniens pour défendre leurs droits légitimes.

Le guide suprême avait également écarté l’idée d’une irrégularité en soutenant qu’aucune fraude ne pouvait expliquer une aussi large victoire de Mahmoud Ahmadinejad (plus de 62% des voix). Ce à quoi Mir Hossein Moussavi a répondu : « Si cette énorme taille de la fraude (...) est présentée comme la preuve d'une absence de fraude alors l'aspect républicain du système sera massacré et cela prouverait que l'islam est incompatible avec la République ».

Le Conseil des Gardiens s'est dit prêt à un recomptage de 10% des urnes, choisies au « hasard ». Mais Moussavi rejette catégoriquement cette proposition et demande tout simplement l’annulation des résultats du scrutin.

Une crise à huis clos

Les médias étrangers ne sont pas autorisés à couvrir les manifestations anti-Ahmadinejad. Seule la télévision d'Etat a diffusé quelques images des heurts sur lesquelles on voit des civils frappés à coups de matraques par des policiers et l’arrestation d’un manifestant.

Même les journalistes locaux ont du mal à exercer leur métier. Selon Reporter sans frontières, depuis la réélection d'Ahmadinejad une vingtaine de journalistes ont été arrêtés. En affirmant que l’Iran est devenu « la première prison du monde pour les journalistes », l’organisation a annoncé avoir envoyé une lettre avec la liste des personnes arrêtées aux dirigeants des 27 pays membres de l’Union européenne pour les alerter sur la situation en Iran.

La situation reste donc très tendue. Dans la journée de samedi, un attentat-suicide au mausolée du fondateur de la République islamique, l’imam Khomeiny, près de Téhéran, a fait un mort et trois blessés. Officiellement, depuis le début de la crise seulement 7 personnes ont péri lors des affrontements mais Amnesty International affirme que « jusqu'à 10 personnes » ont été tuées lors des manifestations. Certains médias occidentaux, notamment CNN, et les sites iraniens évoquent le nombre de 19 tués et de 400 blessés pour la seule journée de samedi.