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Afghanistan

La justice impossible ?

par Nicolas Vescovacci

Article publié le 07/07/2009 Dernière mise à jour le 07/07/2009 à 09:14 TU

Ce ne sera pas facile mais c’est désormais une quasi certitude : l’Afghanistan aura dans les deux ans qui viennent une armée et une police formées, à coups de milliards de dollars, par des bataillons d’instructeurs américains. Pour le président afghan Hamid Karzaï, c’est la preuve que l’Etat de droit est en marche. Pour cela, il manque aujourd’hui un pilier à l’édifice en construction : une justice indépendante et respectée. Un Grand reportage à suivre sur notre antenne RFI.

Seul Hamid Karzaï peut gracier Pervez Kambakhsh, ce jeune étudiant en journalisme.( Photo : N.Vescovacci/RFI)

Seul Hamid Karzaï peut gracier Pervez Kambakhsh, ce jeune étudiant en journalisme.
( Photo : N.Vescovacci/RFI)


Dans ce Grand reportage, vous aurez l’occasion d’entendre l’histoire de Pervez Kambakhsh. Ce jeune étudiant en journalisme a été arrêté le 27 octobre 2007 dans la province de Balkh pour avoir écrit un article critiquant la manière dont les femmes sont considérées par l’islam.

Détenu pendant trois mois, il a été jugé par le tribunal de Balkh à la fin du mois de janvier 2008. Le juge a estimé que ses écrits étaient « blasphématoires et insultants pour l’islam », qu’ils interprétaient « de manière erronée les versets du Coran ».

En Afghanistan, la justice est islamique. La critiquer, c’est critiquer le Coran et donc risquer la peine de mort. Le procès en première instance s’est déroulé à huis clos. Pervez Kambakhsh n’a bénéficié d’aucune assistance juridique. Le jeune homme, âgé aujourd’hui de 25 ans, a donc été condamné à la peine capitale pour « blasphème ».

Grâce à la mobilisation internationale, la peine a été commuée en octobre 2008 à vingt ans de prison.

« Un complot ourdi par un clan ultra-conservateur »

Pervez Kambakhsh et son frère Yacoub.( Photo : N.Vescovacci/RFI)

Pervez Kambakhsh et son frère Yacoub.
( Photo : N.Vescovacci/RFI)

Du fond de sa prison, Pervez continue de clamer son innocence. En janvier 2009, il explique à RFI avoir « téléchargé un texte trouvé sur un site internet iranien qui défend la cause des femmes. » Rien de plus ! Or, dans le code pénal afghan, le délit de « téléchargement illégal » n’existe pas. En théorie, donc, Pervez Kambakhsh n’a commis aucun acte répréhensible.

Voilà pourquoi ses proches ainsi que son avocat, Me Nouristani, parlent d'« un complot ourdi par un clan ultra-conservateur qui voulait faire du cas Kambakhsh un exemple de justice islamique ».

Parce que sa peine de vingt ans de prison a été confirmée en février 2009 par la Cour suprême, le cas de Pervez relève désormais du président afghan. Hamid Karzaï a seul le pouvoir de grâce. Mais, selon nos sources, le président de la République ne devrait pas en user avant l’élection présidentielle du 20 août 2009.