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Egypte / Société

La pratique de l'excision recule

par Julie Lerat

Article publié le 14/07/2009 Dernière mise à jour le 14/07/2009 à 15:36 TU

Pour la première fois, les chiffres de l’excision sont en baisse en Egypte. D’après la dernière étude du ministère de la Santé, publiée le mois dernier, le nombre de femmes excisées ayant entre 15 et 49 ans est de 91%, contre 97% il y a 5 ans. Plus encourageant, le chiffre est de 80% seulement pour les 15-19 ans. Le résultat de près de 15 ans de lutte contre cette pratique millénaire.

 

Malgré l'interdiction, l'excision est toujours pratiquée en Egypte.Photo : Julie Lerat

Malgré l'interdiction, l'excision est toujours pratiquée en Egypte.
Photo : Julie Lerat

 « J’ai peur, murmure Dounia. J’ai peur que ma mère m’emmène chez le docteur. Cela peut arriver à tout moment. Je lui ai dit que je ne voulais pas être excisée, mais elle ne veut rien savoir », explique la jeune fille de 12 ans, un voile bleu pâle noué autour du visage. Quand sa maman la rejoint, dans une ruelle d’un quartier pauvre du Caire, Dounia prend la fuite et crie : « J’espère que je serai morte avant que tu ne me fasses ça ». Sa mère justifie : « C’est un médecin "barbu" qui lui a dit que c’était "haram", contraire à la religion, et elle l’a cru. Mais on ne va pas écouter les propos d’une jeune fille : il y a des coutumes qui existent depuis très longtemps, il faut les respecter ». Sur le fond, la maman ne donnera pas plus d’explications : pourquoi veut-elle faire exciser sa fille ? Elle ne le sait pas, « c’est comme ça ».

A Boulak, en plein centre du Caire, les campagnes du gouvernement contre l’excision font timidement évoluer les mentalités. La plupart des adolescentes sont passées entre les mains d’un médecin et ne se posent pas de questions. Seules quelques personnes ont entendu parler de la loi qui a été adoptée en juin 2008 : elle interdit la pratique de l’excision, désormais punie de 3 mois à 2 ans de prison et de 5 000 guinées d’amende (environ 625 euros). « J’ai excisé toutes mes filles, sauf la dernière, raconte Fatima, mère de quatre filles. Elle y a échappé grâce à la loi. Mais je ne pense pas que cela changera quoi que ce soit qu’elle ne soit pas excisée ».

Les médecins en première ligne

Quelques rues plus loin, Oum Mohamed, 70 ans, désapprouve ce texte. Assise par terre, un fichu noué sur la tête, elle est vêtue de la galabya noire de Haute-Egypte, une région où l’excision est une tradition bien ancrée. « L’excision, c’est bon pour la fille. Cela embellit son corps, et c’est plus facile de la marier », explique-t-elle, en vertu de la croyance largement répandue qui veut qu’en coupant le clitoris d’une jeune fille, son désir soit contenu, et sa chasteté garantie avant le mariage. Oum Mohamed indique l’adresse d’un docteur dans le quartier : « Lui, il le fait encore, malgré la loi ».

Depuis quelques années, les médecins sont en première ligne. Après la médiatisation de plusieurs décès de jeunes filles, mortes d’hémorragie après avoir été excisées, les Egyptiens ont peu à peu délaissé les « dayas », accoucheuses traditionnelles et exciseuses. « Il y a un phénomène de médicalisation de l’excision : aujourd’hui, 75% de ces opérations sont pratiquées illégalement par des médecins, contre 24% seulement en 1995 », explique le docteur Mohamed Farid, qui coordonne des sessions de formation et de sensibilisation du personnel médical, organisées par le ministère de la Famille. « La bonne nouvelle, c’est que seuls 10% des médecins pratiquent l’excision », poursuit-il. Les autorités égyptiennes ont donc fait des médecins les premières cibles de leurs campagnes de sensibilisation : un programme est en cours qui vise à atteindre les quelque 120 000 docteurs que compte le pays d’ici au mois d’octobre prochain.

« Encore 50 ans… »

Parmi les différentes stratégies envisagées pour changer le comportement des médecins, le ministère de la Famille compte encourager la délation. « Cela ne fonctionnera pas, arrête net le docteur Shoubary, directeur de la maternité Al Galaa, la plus grande du pays. Personne n’ira dénoncer un confrère. Le changement se fera chez les médecins comme il s’est fait chez les familles, par la communication. Les médecins sont membres de la communauté, de la société égyptienne, et ils sont nombreux à être convaincus qu’il faut exciser les femmes ».

Dans une autre maternité du Caire, une infirmière raconte : « J’ai excisé moi-même ma fille aînée, et je m’apprête à exciser la seconde, parce qu’il est de plus en plus difficile de trouver un médecin qui accepte de pratiquer l’excision ». L’infirmière assure avoir suivi des formations sur les conséquences de l’excision, mais elle y est restée insensible. Tout comme cette femme médecin qui pratique l’excision, mais assure qu’il ne s’agit que d’une opération « esthétique » : « On n’enlève qu’une petite partie si le clitoris et les lèvres sont trop gros », explique-t-elle. « On examine les jeunes filles et on voit si l’opération est nécessaire ou pas », poursuit le médecin, qui s’obstine à trouver des motifs médicaux pour justifier la pratique de l’excision. « Il faudra encore 50 ans pour changer les mentalités et en finir avec ce problème», conclut de Dr Shoubary.