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Chine / Afrique / Diaporama

Les Africains de Guangzhou

par Olivia Marsaud

Article publié le 24/09/2009 Dernière mise à jour le 25/09/2009 à 17:09 TU

Xialei Beilu : pour des centaines d'Africains, ce nom de rue est synonyme d'un Eldorado. C'est autour de cette artère, au nord de la ville chinoise de Guangzhou (Canton), que l'on trouve le quartier baptisé par les chauffeurs de taxis « Chocolate City ». En effet, depuis le début des années 2000, plusieurs milliers d'Africains (les autorités chinoises estiment la communauté à 20 000 personnes) viennent y faire du business. Reportage multimédia d’Olivia Marsaud.


Les sociétés d'import-export ont fleuri. Ici, on achète de tout, des vêtements et des chaussures 100% plastique - que l'on retrouve sur les marchés de Douala ou Dakar - aux pesticides, en passant par le wax, les motos et les meubles de salon extravagants qui garnissent les cossues villas africaines. Entre les Chinois et les Africains, une seule arme : la calculatrice, qui pallie les problèmes de communication. Et une seule religion : l'argent.

Malgré tout, la cohabitation, dans cette cité qui allie une décrépitude moite et tropicale à une ultra-modernité à l'occidentale (malls, grands hôtels...) n'est pas toujours aisée. Le noeud du problème : le visa chinois. « Avant les Jeux Olympiques de 2008, les autorités chinoises ont fait le ménage. Elles ont emprisonné tous les Africains en situation irrégulière, qui ont dû payer leur billet de retour. Et elles ont durci les conditions d'obtention du visa longue durée. Aujourd'hui, il est maximum d'un an et vous ne pouvez plus l'obtenir sur place », explique un homme d'affaires malien. Résultat : « Toutes les communautés ont connu en deux ans une baisse de 20 à 30% de leurs effectifs », affirme le président de la communauté guinéenne. C'est aussi cette affaire de visa qui a donné lieu à la première manifestation d'Africains en Chine, en juillet dernier. Lors d'une descente de police dans un appartement loué par un groupe de Nigérians, l'un d'entre eux a sauté par la fenêtre pour échapper aux contrôles. Il s'en est sorti de justesse. Pour protester contre les interventions policières qu'ils jugent trop « musclées », une centaine de Nigérians a attaqué le commissariat du quartier. La réponse de la police a été rapide, et violente. Un jeune Nigérian vend aujourd'hui sous le manteau des DVD de la vidéo (filmée d'un portable) des coups de matraque chinois.

Les Nigérians forment la plus importante communauté africaine de Guanghzou, mais aussi la plus controversée. La plupart des Africains des autres pays (en majorité des Maliens, Guinéens, Sénégalais, Ghanéens), les accusent d'être au coeur de tous les trafics : drogue, fausse monnaie et faux passeports. Des activités reconnues par le porte-parole des Nigérians, qui tente de mettre en place un système de surveillance par le biais d'une association de jeunes. « Les lois chinoises sont suffisamment claires. Si vous êtes impliqué dans un trafic, quelle sorte d'aide attendez-vous ? Il y a quelques éléments pertubateurs, mais la plupart des Africains cherchent à gagner leur vie honnêtement », tranche le président de la communauté ghanéenne. « Avoir une grande communauté avec des papiers en règle, c'est bien. Sinon, ce ne sont que problèmes et tensions. »

« Il y a encore de l'argent à faire »

Loins de leur pays d'origine, les Africains de Guangzhou y recréent un bout de continent. Ils mangent dans des restaurants au goût de là-bas, se retrouvent à la mosquée ou à l'église, jouent au foot le week-end, papotent dans des salons de coiffure où les clips de ndombolo passent en boucle et au Kama club, la boîte des « étrangers », il n'est pas rare de couper-décaler jusqu'au petit matin. Dans un café du quartier, un groupe de jeunes Maliens a même recréé l'ambiance du « grin » bamakois. On y aborde tous les sujets et on y règle les problèmes autour d'un thé. « On est venu avec notre solidarité. Ça fait du bien. Tout le monde s'entraide », résume l'un d'eux. Alors que l'immigration africaine en Chine était très masculine au début des années 2000, aujourd'hui, on croise de nombreuses femmes, des épouses, mais aussi des aventurières, comme cette Ivoirienne à la langue bien pendue. Elle a ouvert son salon de coiffure il y a 3 ans, et voulait « tenter la Chine ». « Il n'y a pas de raison, les femmes aussi peuvent faire des affaires ! », insiste une Congolaise. Faire des affaires, c'est bien ce qui retient les Africains ici. « C'est dur avec les Chinois, il y a de gros problèmes de compréhension et il faut être au courant de toutes les lois, qui sont très compliquées », explique Iya, un Guinéen à peine trentenaire, installé depuis 2003. « C'est vrai qu'on a senti la crise, il y a moins de demande côté africain. Mais on reste optimistes. Il y a encore de l'argent à faire ! »

Réalisation  multimédia : Thomas Bourdeau