Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Russie

Retour à la vie normale pour le journaliste Alexandre Podrabinek

par Patrick Adam

Article publié le 13/10/2009 Dernière mise à jour le 14/10/2009 à 00:55 TU

Après avoir été menacé au point qu’il estimait sa vie en danger, le correspondant de la rédaction russe de RFI reprend peu à peu une vie normale. Un exemple de harcèlement, parmi beaucoup d’autres, à l’heure où les Etats-Unis pourraient, selon la presse moscovite, renoncer à critiquer publiquement la Russie sur le respect des droits de l’homme.

Le journaliste Alexandre Podrabinek (C) et Nikolaï Khramov, le secrétaire des Radicaux russes, à Moscou. (Photo : AFP/RIA Novosti)

Le journaliste Alexandre Podrabinek (C) et Nikolaï Khramov, le secrétaire des Radicaux russes, à Moscou.
(Photo : AFP/RIA Novosti)

Il n’a pas encore repris toutes ses activités, mais il est désormais joignable. Après avoir renoncé pendant plusieurs jours à utiliser son téléphone portable pour des raisons de sécurité, le journaliste Alexandre Podrabinek vit à nouveau au grand jour.

A l’origine de la tourmente qui s’est abattue sur lui, un éditorial diffusé sur internet. Il y critiquait la décision des autorités locales de débaptiser le restaurant « Antisoviétique » au profit d’un autre nom jugé moins offensant pour les anciens combattants de l’URSS.

Le souvenir du Goulag

Dans son article, le journaliste ressuscitait le Goulag et les crimes du stalinisme et écrivait « vous êtes choqués par le nom ‘antisoviétique’ car vous étiez sans doute matons dans les camps et les prisons…bourreaux dans un peloton d’exécution ». Lui-même avait à l’époque été emprisonné pendant huit ans pour des écrits clandestins.

A l’heure où le pouvoir réécrit l’histoire de la Russie, réhabilite Staline et assimile toute critique contre l’ancien dictateur à une attaque contre le régime actuel et le pays tout entier, l’article a mis le feu aux poudres.

Brandissant l’honneur des combattants de la « Grande guerre patriotique », les Nachi, ces jeunes pro-Kremlin, ont mené la contestation publique et publié sur des sites internet le numéro de téléphone et l’adresse d’Alexandre Podrabinek.

« Nous considérons que des gens qui insultent les vétérans ne devraient pas avoir le droit de vivre » en Russie, s’enflamme Gleb Kraïnik, l’un des porte-parole des Nachis dont le mouvement a organisé une manifestation « illimitée » devant le domicile du journaliste pour exiger des excuses.

Menaces de mort

Plus grave, Alexandre Podrabinek affirme avoir été menacé à « un très haut niveau ». « Des sources fiables m’ont informé qu’une décision de m’éliminer coûte que coûte a été prise à un très haut niveau. J’ignore qui en sera l’exécutant », a-t-il écrit dans son journal en ligne. De fait, le journaliste a reçu des appels menaçants et des personnes non identifiées se sont présentées à son domicile.

Après l’assassinat de nombreux journalistes et défenseurs des droits de l’homme en Russie, dont la plus célèbre reste Anna Politkovskaïa, l’affaire a provoqué une réelle mobilisation.

Le chef de la diplomatie française a publiquement soutenu Alexandre Podrabinek et le Comité pour la protection des journalistes basé à New York a appelé à enquêter immédiatement sur le « harcèlement » du journaliste.

Mais pour que l’affaire s’apaise, il aura fallu une intervention au plus haut niveau de l’Etat. Alors que par le passé le Premier ministre Vladimir Poutine a souvent dénigré des journalistes ou militants assassinés, cette fois la présidence est intervenue en faveur d’Alexandre Podrabinek.

Medvedev pour l’apaisement

Des conseillers de Dimitri Medvedev ont saisi la justice au sujet des agissements des Nachis. Fondés il y a quatre ans sous la présidence Poutine, ces groupes de jeunes s’en prennent régulièrement à ceux qu’ils accusent d’activités antipatriotiques. Le Conseil présidentiel pour la société civile et les droits de l’homme fait valoir que les Nachis « s’étaient livrés à de nombreuses violations de la loi russe au cours de leurs manifestations ». Un geste inhabituel de la part du pouvoir qui pourrait être l’indice d’une division à la tête de l’Etat.