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Littérature

Leroy, le Magnifique, Pennac, le Cancre

par Elisabeth Bouvet

Article publié le 05/11/2007 Dernière mise à jour le 05/11/2007 à 16:32 TU

Gilles Leroy avec Isabelle Gallimard, son éditrice du Mercure de France.(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

Gilles Leroy avec Isabelle Gallimard, son éditrice du Mercure de France.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)

Gilles Leroy et Daniel Pennac, les deux heureux lauréats de ce 5 novembre. Au premier, le Goncourt, au second, le Renaudot. Alabama Song (Mercure de France) du discret Gilles Leroy s’est imposé au terme (historique) de 14 tours de scrutin. Quant à Chagrin d’école (Gallimard) de l’illustre Daniel Pennac, il rafle la mise alors qu’il ne figurait même pas sur la dernière liste retenue. Deux prix-surprises en quelque sorte. Et deux bonnes surprises pour les éditions Gallimard puisque le Mercure de France est une filiale de la Maison de la rue Sébastien-Bottin. Choses vues et entendues au restaurant Drouant, à Paris, où, depuis plus d’un siècle, est annoncée la divine nouvelle.

« Le bonheur ». La joie de Gilles Leroy tient en un mot, aussi simple que sincère si l’on en juge par son sourire, sa patience, sa courtoisie devant l’insatiable appétit des photographes et autres journalistes. Et pourtant, concède-t-il aussitôt, « ce prix est un étonnement. Je ne me sentais pas vraiment favori ». Les prix Goncourt se suivent et ne se ressemblent pas, effectivement. 14 tours de scrutin auront été nécessaires cette année pour départager Gilles Leroy et Olivier Adam, les deux finalistes alors que l’an passé, Jonathan Littell s’imposait dès le premier tour avec Les Bienveillantes. Bernard Pivot, juré du Goncourt pour la 3e année, confirme qu’« il n’avait jamais connu cela et que lui-même a hésité jusqu’au bout, soutenant tantôt l’un tantôt l’autre » tandis qu’Edmonde Charles-Roux, de l’autre côté de la table, lance, comme pour réclamer mansuétude et indulgence aux journalistes, « nous avons l’air de boxeurs épuisés ». Après 14 rounds, c’est donc l’aîné qui l’a emporté. Justement, de l’avis toujours de Bernard Pivot, parce que « Olivier Adam n’a que 32 ans et tout le temps devant lui ». Un choix par défaut alors ? Ne faites pas dire aux jurés ce qu’ils n’ont pas dit, le livre de Gilles Leroy a une « qualité d’écriture extraordinaire », s’enthousiasme Françoise Chandernagor. Même s’il s’agit d’un « roman historique », selon l’expression de l’ancien présentateur de l’émission Apostrophes.

Zelda forever

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Alabama Song raconte à la première personne le destin tragique de l’épouse de Francis Scott Fitzerald, Zelda, personnage auquel l’auteur voue, a-t-il confié, « une fascination depuis qu’il a 20 ans. Elle m’a toujours accompagné même si j’ai fait d’autres choses. Et puis, ce livre s’est finalement fait, au bon moment ». Biographie romancée, Alabama Song a remporté l’adhésion des jurés justement parce qu’il s’agissait du récit d’une femme tourmentée et courageuse qui essaie de survivre face à un mari talentueux et célèbre, une lutte que « le style de Gilles Leroy, un style d’aujourd’hui, rend contemporaine alors qu’il s’agit d’une période qui court de 1914 à 1940 », se souvient Bernard Pivot. Quant à Françoise Chandernagor, elle a été séduite par « ce nouveau regard alors que jusqu’à présent on a toujours eu le point de vue du mari, du génial Scott Fitzgerald. Et, on découvre plein de choses assez inattendues ». Dixième roman de Gilles Leroy, 48 ans, Alabama Song connaît décidément un parcours étonnant depuis sa parution sans esbroufe en septembre dernier. Comme le rappelle Gilles Leroy, lui-même, « ce livre va de surprise en surprise puisque dès ses débuts en librairie, il a rencontré ses lecteurs ». Le voilà maintenant couronné par le plus prestigieux des prix littéraires français. La promesse, a priori, d’un avenir placé décidément sous le signe du bonheur.

Mieux vaut tard que jamais

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Même bonheur sûrement pour Daniel Pennac mais celui-ci restera muet. Et pour cause. S’il a reçu le prix Renaudot, c’est pour ainsi dire sans le savoir. Son livre, Chagrin d’école ne figurait pas en effet parmi les 5 ouvrages de la dernière sélection de ce prix. Le charme des jurés du Renaudot qui en 2004 avaient accordé leurs voix, à titre posthume, à Irène Némirovsky. L'écrivain Patrick Besson, juré du prix Renaudot, s’est déclaré « touché par ce livre tendre, drôle, vif et sincère. C’est le récit des déboires scolaires d’un cancre. Celui que Daniel Pennac fut quand il était enfant mais, au delà, ce sont aussi tous les cancres que Pennac a lui-même rencontrés tout au long de sa carrière de professeur. C’est cela qui est touchant, comment amener les gens à la littérature ». Quant à récompenser un auteur à succès, Patrick besson n’y voit aucun inconvénient : « Pourquoi, après tout, un cancre n’aurait-il pas le droit de recevoir un prix d’honneur ? », se demande-t-il en souriant. Il y a fort à parier en effet que cette attention (ironie du sort ?) ira droit au cœur de Daniel Pennac qui, à 62 ans, se voit remettre, pour la première fois de sa carrière, un des grands prix littéraires de l’automne.

Les deux derniers prix, le Médicis et le Fémina, seront attribués le 12 novembre, la veille de la remise du prix Interallié, dernier prix important de la saison.