par Tirthankar Chanda
Article publié le 20/02/2008 Dernière mise à jour le 20/02/2008 à 12:16 TU
Après le Maroc en 2006 et l’Algérie en 2007, le Maghreb des livres met un coup de projecteur cette année sur les lettres tunisiennes. Albert Memmi, Abdellatif Laabi, Abdelwahab Meddeb, Tahar Bekri, Fawzia Zouari sont quelques-uns des auteurs tunisiens qui ont été invités à venir dialoguer avec leurs lecteurs et dédicacer leurs livres. Ceux-ci prendront part aux débats qui proposent d’attirer l’attention sur l’état de la littérature tunisienne en mettant l’accent plus particulièrement sur le théâtre, ou sur l’expérience tunisienne en matière de traduction littéraire. La littérature arabophone tunisienne est particulièrement riche, mais sa traduction vers le français reste problématique et insuffisante. Cela n’empêche pas la poignée d’écrivains francophones que compte la Tunisie de puiser leur inspiration dans l’univers et l’esthétique de leurs aînés arabes et persans.
Souvent bilingues et exilés en Europe, ils s’inspirent aussi des heurs et malheurs de leur double culture pour dire la nostalgie et le déracinement, comme le fait notamment Tahar Bekri dans son superbe récit autobiographique Le livre du souvenir (Elyzad, 2007). Dans son roman Tunis Blues (Maisonneuve et Larose, 2002), le romancier Ali Bécheur procède pour sa part par superpositions des voix et des allégéances. Les personnages de Bécheur sont tiraillés entre tradition et modernité, entre le pays natal et l’Occident, comme le sont aussi les femmes que mettent en scène les écrivains féministes montants que sont Fawzia Zouari (La Retournée, éditions Ramsay, 2002), Cécile Oumhani (Plus loin que la nuit, éditions de l’Aube, 2007) et Emha Belhaj Yahia (Un Jardin à la Marsa, éditions Paris-Méditerranée, 2003). Inscrivant leur prose résolument dans la mouvance du féminisme maghrébin incarné avec éclat par Assia Djebar, ce trio tunisien dit avec une puissance inédite dans les lettres tunisiennes le corps, le désir et la révolte des femmes contre la domination masculine.
Enfin, un regret. Il est dommage qu’aucune rencontre ou table ronde n’ait été prévue sur les essais qui est un domaine dans lequel les écrivains tunisiens contemporains excellent, faisant preuve d’une force de réflexion et de questionnement singulière et saine dans un monde musulman où le conservatisme est trop souvent la règle.