par Constance de Bonnaventure
Article publié le 22/09/2008 Dernière mise à jour le 01/10/2008 à 08:02 TU
C’est une première dans l’histoire récente du cinéma afghan. Le film Kabouli Kid (« L’enfant de Kaboul ») a été présenté la semaine dernière au grand cinéma Ariana. En trente ans de guerre, très peu de productions afghanes sont sorties sur le grand écran. Et depuis 2001, le cinéma afghan essaie petit à petit de se constituer en tant que tel.
La salle était pleine ce jour-là. De nombreuses personnalités politiques ou du monde culturel s’étaient donnés rendez-vous au cinéma Ariana de Kaboul afin de visionner le premier long métrage de Barmak Akram, jeune réalisateur franco-afghan. Kabouli Kid, (« L’enfant de Kaboul ») raconte l’histoire d’un chauffeur de taxi qui trouve un enfant abandonné à l’arrière de sa voiture. Il part alors à la recherche de la mère du nourrisson. Véritable road movie dans la capitale afghane, ce film nous immerge dans la vie quotidienne des Afghans. Tout y est : attentats, patrouilles militaires ou encore hélicoptères qui survolent la capitale et ce décor témoigne d’une actualité chargée. « Je crois que c’est le reflet de la société afghane et que beaucoup d’Afghans pourront se retrouver dans ce film », explique Barmak Akram.
Le film a été projeté en avant-première au grand cinéma Ariana, reconstruit avec des fonds français, et inauguré en mai 2004, entre autres, par le cinéaste Claude Lelouch et Renaud Donnedieu de Vabres, ministre français de la Culture à l'époque. Pour Philippe Gautier, producteur français de Kabouli Kid et grand connaisseur de l’Afghanistan, cette journée est à marquer d’une pierre blanche. Tourner un film dans un pays comme celui-là présentait de nombreux risques dans la situation sécuritaire que l’on connaît. Et les financements ont été très difficiles à trouver : « Faire un film en Afghanistan, c’est déjà un vrai challenge. Et pour nous c’est une manière de participer à la reconstruction de ce pays, d’en donner une image positive. Pouvoir montrer aux Afghans un film sur leur vie qui pour une fois traduit la réalité des Afghans dans Kaboul, il n’y a pas plus belle récompense en tous cas pour des producteurs qui ont pris des risques pour un film comme celui-là. »
Aujourd’hui, le cinéma afghan renaît difficilement de ses cendres. Très peu de longs métrages ont été produits ces trente dernières années, période marquée par la guerre. Et pourtant, jusqu’en 1979, le cinéma afghan faisait partie intégrante de la vie culturelle des citadins. Aujourd’hui, alors que le pays tente de se reconstruire, la culture est loin d’être une priorité. On ne compte que sept cinémas dans Kaboul et les Afghans ont perdu l’habitude de s’y rendre. A l’affiche, des films de Bollywood ou des grosses productions américaines, mais aucun film afghan. Najib Malalai, vice-ministre afghan de la Culture, était parmi les invités de la projection : « La situation du cinéma afghan en général n’est pas excellente. D’abord parce qu'il manque d’énormément de moyens. D’autre part, au niveau de la qualité artistique, les producteurs afghans n’ont pas encore appris ou ont peut être oublié ce qu’est un film de qualité. Mais avec ce film, on voit que l’engrenage est en route et que petit à petit nous atteignons notre but ».
Kabouli Kid a déjà remporté le prix des droits de l’homme à la dernière Mostra de Venise. Le film devrait sortir en début d’année prochaine en France puis en Afghanistan. Mais avant toute chose, il sera présenté aux Oscars d’Hollywood sous les couleurs de l’Afghanistan. Un encouragement pour tous les réalisateurs qui tentent de redonner une vitalité au cinéma afghan.