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Anniversaire

La Bossa Nova, quinquagénaire, se bonifie

par Annie Gasnier

Article publié le 30/09/2008 Dernière mise à jour le 01/10/2008 à 14:16 TU

La Bossa Nova à la fête au Brésil où le pays célèbre les cinquante ans de cette musique aux accents suaves et intimistes, née le 10 juillet 1958 à Rio. Chega de Saudade est enregistrée ce jour-là par Joao Gilberto, un titre qui ouvre la voie à une nouvelle esthétique, entre jazz et samba, qui va non seulement bouleverser la musique brésilienne mais également conquérir le monde.

DR

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Les notes de musique se noyent dans le bruit de la circulation, et vous invitent à pousser la porte d´une boutique avenante, pour écouter un peu plus ce rythme enlaçant. Rue Vinicius de Moraes à Ipanema, la « Toca de Vinicius » est un vrai refuge, pour curieux et amoureux de la Bossa Nova, ce genre musical créé par des musiciens brésiliens, et qui a fait le tour du monde en un demi-siècle.

« Je reçois des gens de partout, de mon quartier, de Rio, du Brésil, et beaucoup de l´étranger », raconte le magicien des lieux, le propriétaire Carlos Alberto Afonso. « Surtout cette année, reprend-t-il, où l´anniversaire de la Bossa Nova attire ici de nouveaux clients, et une nouvelle classe sociale ».

Un véritable cri

Surnommée « le jazz blanc » ou encore « la samba d´appartement », la Bossa Nova a subi diverses influences, mais principalement celle du jazz américain, et de la samba, imposée au Brésil par les descendants d´esclaves africains. En 1958, Chega de saudade (La nostalgie, ça suffit) fût une révolution et un immense succès : « C´était un véritable cri, Assez de tristesse, en réaction aux chansons plus sombres des années précédentes, souligne l´historien de la musique brésilienne, Ricardo Cravo Albin, et la Bossa Nova a célébré la joie de vivre, la nature, la femme et l´amour ».

João Gilberto Prado Pereira de OliveiraDomaine public

João Gilberto Prado Pereira de Oliveira
Domaine public

Ce premier tube réunit le trio des « pères blancs » de la Bossa Nova, le compositeur Antonio Carlos (Tom) Jobim, le poète et diplomate Vinicius de Moraes, et l´irremplaçable interprète, João Gilberto. Seul à survivre au trio, ce septuagénaire perfectionniste, étonne encore et toujours lors de ses rares apparitions. Assis sur un petit banc, avec sa guitare pour unique compagne, il émeut l´auditoire avec ses « bossas » minimalistes. En cette année spéciale, le discret João Gilberto s´est prêté à quelques hommages.

 

Une période d'euphorie

La Bossa Nova reflétait son époque, une sorte d´euphorie animait le Brésil où tout était « novo », la construction de sa future capitale Brasilia, l´architecture moderne d´Oscar Niemeyer, le cinéma de Glauber Rocha, et la première victoire en Coupe du monde de football, avec Pelé.

Dans un Rio entouré de beautés naturelles, où la violence ne faisait pas encore la loi, la Bossa Nova entra dans les appartements de la jeunesse dorée de Copacabana et Ipanema, comme une bourrasque... de douceur.

Caricature de Vinicius de Moraes par André Koehne.(Domaine public)

Caricature de Vinicius de Moraes par André Koehne.
(Domaine public)

« Il y a un avant et après Vinicius de Moraes, explique sa dernière épouse, Gilda Mattoso, sa poésie et sa légèreté ont permis à des nouveaux paroliers, comme Chico Buarque, Caetano Veloso, Gilberto Gil, d´avoir du succès ». Gilda Mattoso n´a jamais quitté le milieu de la MPB (musique populaire brésilienne) et elle observe la Bossa Nova évoluer, chaque jour, se prolonger, au Brésil et ailleurs : « Le récent album de Fernanda Takai, reprenant le répertoire de la principale interprète féminine, Nara Leão, est magique. Ailleurs, il y a Sting, et aussi Carla Bruni ».

« La Bossa Nova est avant tout une atmosphère, on la sentait et la ressent encore partout, par exemple chez Henri Salvador ou Françoise Hardy », pense André Midani, l´ancien « patron » du disque brésilien, aujourd´hui retraité. Pour lui, la Bossa Nova fût une merveilleuse comète, qui brilla entre 1958 et 1968, une musique de qualité exportée avec fierté par le Brésil, qui a exercé une grande influence, mais fût stoppée net par la dureté du régime militaire. « Les chansons romantiques ne se prêtaient plus à la situation politique », affirme-t-il.

50 ans et un bel avenir devant elle

Le cinquantenaire de la Bossa Nova est donc jalonné de multiples évènements, concerts, hommages, reportages. Une façon de régénérer dans la population, un style considéré non plus, aujourd´hui, comme un « truc nouveau », mais plutôt un « truc de vieux ». Et notamment de séduire la jeune génération, qui vient plus nombreuse à la Toca de Vinicius. Carlos Alberto Afonso n´a-t-il pas vu, un jour, 60 enfants du primaire chanter devant sa librairie-disquaire Si todos fossem iguais a você (Si tout le monde était comme toi). Ils venaient d´effectuer dans Rio, une « excursion Bossa Nova », pour chanter dans les lieux emblématiques des chansons les refrains correspondants : Samba do avião dans le hall de l´aéroport, O barquinho face à l´océan sur Copacabana, Garota de Ipanema face au bar où Tom et Vinicius écrivirent leur succès planétaire.

Quinquagénaire, la Bossa Nova existe toujours !

 

Un hommage à la Bossa Nova aura lieu à Paris, Salle Pleyel le 5 novembre prochain, avec le Trio Jobim et Milton Nascimento, les fils de Baden Powell et la petite-fille de Vinicius, Mariana de Moraes.