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La Seine en peinture

Au pays des impressionnistes

par Elisabeth Bouvet

Article publié le 05/01/2009 Dernière mise à jour le 05/01/2009 à 09:50 TU

Descendre la Seine vers la Normandie pour remonter le temps jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle… Telle est l’invitation de Ruel-Malmaison. La commune de l’ouest parisien propose une exposition qui rend hommage aux peintres impressionnistes qui firent de la Seine leur principale source d’inspiration, leur thème de prédilection. A travers les tableaux de Sisley, Monet, Pissaro, Renoir, Caillebotte sans oublier Berthe Morisot qui résidait à Bougival, c’est également tout un patrimoine qui revit, depuis les guinguettes jusqu’aux activités fluviales dont témoignent les toiles « sur le motif » des Impressionnistes.  

<em>La Seine à Bougival</em>, Alfred SISLEY (1873).© RMN

La Seine à Bougival, Alfred SISLEY (1873).
© RMN

Bougival, Croissy, Marly, Chatou, Ruel-Malmaison… Autant de communes dont la seule énoncé du nom renvoie aussitôt à un tableau ou évoque instantanément un peintre, à commencer par Alfred Sisley. Les boucles de la Seine ont, il est vrai, accueilli de nombreux artistes au XIXe siècle, et pas uniquement des peintres puisque Bizet y avait sa maison, Tourgueniev sa datcha et les Goncourt leurs habitudes. On doit d’ailleurs aux deux frères écrivains quelques descriptions inattendues faisant notamment de la Seine, une sorte de Madagascar noyée dans une végétation luxuriante, ce que les tableaux confirment du reste. Témoin, les premières œuvres dites des précurseurs dont Charles-François Daubigny qui voue une vraie fascination aux Iles vierges de Bezons (peintes 9 fois) et Louis Français qui de l’île de Croissy où il posait volontiers son chevalet rapportera en 1841 un Jardin antique à la végétation dense et épaisse, presque inquiétante.

<em>L'hiver près de Lavacourt</em>. Claude MONET (1880).(DR)

L'hiver près de Lavacourt. Claude MONET (1880).
(DR)

Le flâneur a d’ailleurs l’opportunité de retrouver chacun des emplacements qui furent ainsi immortalisés, grâce à ce chemin des Impressionnistes qui, d’une rive à l’autre, racontent l’histoire d’une quarantaine de tableaux : ici, Sisley tournait le dos au pont, là Monet s’était installé dans son bateau-atelier, le fameux bottin conçu d’ailleurs par Daubigny pour lui permettre de partir quelques jours au fil de l’eau et dont le visiteur peut découvrir un exemplaire au beau milieu de l’exposition, etc. Car, si à travers les couleurs, les sujets - comme la nature vierge de toute présence humaine chez Sisley tandis que Pissaro s’intéresse davantage aux machines et autres péniches qui font entrer ce bout de campagne dans la modernité et que Monet est déjà accaparé par le thème de l’eau -, Reflets de la Seine impressionniste est surtout l’occasion de raviver le souvenir d’une époque où l’ouest parisien voyait se décharger, le dimanche, des hordes de parisiens venus qui pêcher, qui se baigner (les deux activités n’étant d’ailleurs pas incompatibles, semble-t-il), qui rêvasser, qui canoter, qui danser sur les planchers des guinguettes fort nombreuses et fort réputées dont La grenouillère et La Maison Gicquel, qui ont contribué à faire de ces boucles de la Seine, un lieu de divertissement hautement prisé.

<em>Péniche sur la Seine</em>, Camille PISSARRO (1864).(DR)

Péniche sur la Seine, Camille PISSARRO (1864).
(DR)

Caricatures (y compris de Daumier qui exécutera, en 1839, une série désopilante intitulée Les Baigneurs), affiches vantant les tarifs et la rapidité de la toute nouvelle ligne ferroviaire Paris-Normandie au départ de la gare St Lazare, gravures évoquant les productions locales comme les cerises de Montmorency, récits dont un signé Maupassant racontent ces dimanches au fil de l’eau placés sous le signe de la convivialité, le mot-clé de ces retrouvailles avec un passé vieux d’un siècle et demi. Car si Ruel-Malmaison réfléchit à la réouverture de son ancienne guinguette, la Maison Giquel, c’est moins par nostalgie que pour redonner vie à ses berges et attirer, ainsi, de nouveau, des badauds dans cet ouest parisien qui aujourd’hui ressemble davantage à une banlieue-dortoir chic qu’à un lieu de villégiature bon enfant. 

Il est vrai, et les toiles sont là pour nous le rappeler, qu’au fil du temps ces mêmes berges se sont de plus en plus industrialisées, perdant du même coup cet aspect bucolique voire sauvage qui avait attiré les artistes. Depuis les précurseurs jusqu’à l’héritage des impressionnistes qui clôt cette remontée fluviale aux alentours des années 1920, on assiste avec Paul Signac, Albert Gleizes puis Albert Marquet à une métamorphose qui ne va pas tarder à rendre méconnaissables, les sites enchanteurs des premiers tableaux. Comme si, n’en déplaise à Jacques Prévert, la Seine n’allait bientôt plus se la couler douce.

<em>Le pont d'Issy-les-Moulineaux</em>, Maximilien LUCE (1910).(DR)

Le pont d'Issy-les-Moulineaux, Maximilien LUCE (1910).
(DR)

Reflets de la Seine impressionniste, une exposition à découvrir à l'atelier Grognard à Ruel-Malmaison jusqu'au 9 mars 2009.

A voir également au musée Marmottan à Paris, Monet, l'oeil impressionniste. Une exposition à l'affiche jusqu'au 15 février.