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| 03/03/2006 | |||
| Chronique Livres | |||
| De nouveaux mercenaires pour un nouvel impérialisme (MFI) Cet ouvrage s’attaque à la montée en puissance des SMP (sociétés militaires privées), sujet déjà largement débattu et combattu par l’association Survie et son fondateur François-Xavier Verschave (décédé en juin 2005). Cet ouvrage militant dénonce ainsi « la réémergence du phénomène mercenaire sous sa forme entrepreneuriale » qui aboutit à une nouvelle prédation des richesses naturelles de la planète, particulièrement en Afrique. Les « chiens de guerre » d’hier se sont transformés en employés de sociétés légales (corporate warriors) : ils se mettent désormais au service des multinationales qui exploitent les pays du Sud dotés en ressources minières. De fait, estime Xavier Renou, chercheur en sciences politiques et responsable de la campagne « Désarmement nucléaire » de Greenpeace France, les SMP s’affirment chaque jour davantage comme l’instrument privilégié d’un nouvel impérialisme. Plus dangereux, elles sont pour la majorité d’entre elles l’instrument privé de la politique étrangère de leur Etat de tutelle, le prolongement commercial de ses appareils de sécurité et le moyen de sa dissimulation. C’est dans sa troisième partie, intitulée « Les mercenaires de la mondialisation », que cet ouvrage dense se révèle le plus intéressant, avec les collaborations de spécialistes du sujet : Philippe Chapleau, journaliste et auteur du livre Mercenaires SA, et Wayne Madsen, ancien agent de la NSA (National Security Agency) et auteur de Genocide and Covert Operations in Africa 1993-1999, qui décrit le mercenariat américain comme une véritable industrie. On reste malgré tout sur sa faim lorsque est abordé le sujet des SMP françaises : on aurait ainsi bien aimé en savoir un peu plus sur le groupe Géos, le numéro un français de la sûreté, également présent dans la gestion des risques et l’intelligence économique. La privatisation de la violence, collectif sous la direction de Xavier Renou, 467 pages, Editions Agone. Isabelle Verdier Un féminisme à visage musulman (MFI) Dévoilement, « revoilement » : depuis le début du 20e siècle, les femmes du monde arabe hésitent entre deux identités apparemment contraires. Dans la première moitié du 20e siècle, elles ont été nombreuses à emboîter le pas des pionnières comme l’Egyptienne Huda Sharawi et à jeter leur voile aux orties. Sorties des harems et de l’espace domestique, elles ont participé avec ardeur aux combats nationalistes. Mais depuis les années 1970, Palestiniennes, Algériennes et autres choisissent massivement de porter le hijab. Et apparaissent aux yeux de nombreux Occidentaux comme en pleine régression. Pas si sûr, explique Sonia Dayan-Herzbrun. Certes, les femmes ont pu entrer dans l’espace publique - et politique - à des moments où les hommes ne pouvaient pas se passer d’elles, lors des luttes d’indépendance. Mais sitôt le joug colonial secoué, elles ont été renvoyées à leurs casseroles et à leur rôle de mères au foyer. En soutenant les régimes autoritaires et corrompus qui ont continué à les opprimer, l’Occident ne leur est plus apparu comme libérateur ni même synonyme de modernité. Aujourd’hui, le hijab serait pour elles un compromis permettant de concilier leur désir de circuler librement pour participer à la gestion de la cité et leur recherche d’une modernité originale, soluble dans les sociétés islamiques. « Toutes les jeunes femmes revoilées de leur propre gré ont en commun de vouloir être à la fois musulmanes et modernes », écrit Sonia Dayan-Herzbrun. Reste à savoir si ce chemin-là ne débouche pas sur une impasse. Femmes et politique au Moyen-Orient, Sonia Dayan-Herzbrun, L’Harmattan, 159 pages. Sophie Boukhari Pronétaires du monde entier… unissez vous ! (MFI) Les « internautes » d’hier étaient de paisibles voyageurs du cyberespace ; les « pronétaires » d’aujourd’hui sont redescendus sur Terre, où ils inventent une nouvelle lutte contre le grand capital à base de blogs, vlogs, wikis et autres logiciels de P2P (échanges gratuits de fichiers audio et vidéo de « pair à pair »). Pour Joël de Rosnay, l’ancien modèle économique, qui repose sur la distribution d’informations et de contenus culturels par de puissants empires, est gravement menacé. De même, les médias classiques ont perdu leur monopole sur l’information, discrédités par leur concentration entre les mains de quelques grands groupes et leur collusion avec les pouvoirs. A la place, on voit se développer des « journaux citoyens » en ligne, fondés en grande partie sur la prolifération des blogs. Ces réseaux de journaux intimes, carnets de voyage et témoignages en tous genres se structurent peu à peu et inventent des mécanismes collaboratifs de contrôle de l’information. A tel point qu’ils sont parfois considérés comme plus fiables que les médias traditionnels. « Les statistiques montrent qu’aujourd’hui une grande partie de la population, et surtout des jeunes, passe plus de temps devant son PC pour s’informer en texte et vidéo que devant la télévision ou à lire des journaux ! », constate Joël de Rosnay dans son ouvrage, truffé de pistes pour surfer intelligemment sur le net - et dont le petit lexique final n’est pas le moindre des atouts. La révolte du pronétariat, Des mass médias aux médias des masses, Joël de Rosnay (avec la collaboration de Carlo Revelli), Fayard, 251 pages. S. B. Le tour du monde des sens (MFI) Une anthropologie des sens, drôle d’idée… A lire cet ouvrage mince mais dense de l’universitaire français David Le Breton, on se dit pourtant qu’il y a de quoi faire. Structuré en neuf chapitres, chacun axé autour d’un aspect particulier de la vie des sens (la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, etc.), La saveur du monde tente de montrer que les époques et les civilisations leur allouent une importance très variable. S’y confirment quelques intuitions : que de tous les sens, la vue est celui qui a été le plus massivement investi par la culture occidentale. En revanche, le toucher reste l’enfant pauvre de l’Occident. Le Breton cite le cas de ce pédiatre new-yorkais qui, en 1938 décida que chaque enfant hospitalisé serait plusieurs fois par jour porté, materné, cajolé : « Ce nouveau régime de soins diminua la mortalité infantile dans son service de 30 à 35 % à 10 % ». La saveur du monde, David Le Breton, Ed. Métailié, 450 pages. Elisabeth Lequeret La geste mitterrandienne en 160 pages (MFI) François Mitterrand est mort le 8 janvier 1996. La commémoration des dix ans de sa mort a donné lieu à la parution de dizaines d’ouvrages de tous formats et de tous styles : factuels, polémiques ou hagiographiques. Celui-ci ne fait pas tout à fait partie de la dernière catégorie. Mais nul doute qu’écrit par un proche, il ne se donne certes pas pour objectif de remonter à la surface les faits les plus obscurs du règne d’un président dont Védrine fut dès mai 1981 le conseiller diplomatique, avant de devenir Porte-parole puis Secrétaire général de l’Elysée (1991-1995), enfin ministre des Affaires étrangères (1997-2002). De l’enfance aux premiers pas politiques, de la première présidence et des espoirs qu’elle suscita aux derniers mois secoués de son second mandat (affaires Bousquet et Mazarine, batailles pour le contrôle du PS, opération Turquoise), toutes les grandes pages de la geste mitterrandienne sont ici évoquées dans une prose agréable et photos à l’appui. François Mitterrand, un dessein, un destin, Hubert Védrine, Découvertes Gallimard, 160 pages. E. L. | |||
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