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| 31/03/2006 | |||
| Façons de parler | |||
| A PROPOS DE : Bistrot (MFI) Que l’endroit où l’on boit un café parce qu’on l’aime, mais souvent aussi pour s’acheter le droit d’attendre un ami, de palabrer, de lire en paix ou d’écouter en toute impunité des conversations qui ne nous sont pas destinées, s’appelle « café », rien de plus normal. Mais « bistrot » : quel drôle de mot ! D’où vient-il donc, ce petit mot rapide et décidé qui pousse la désinvolture jusqu’à laisser parfois tomber son « t » final ? Certains lui voient des origines russes : lorsqu’ils ont occupé Paris en 1814, les cosaques assoiffés auraient eu l’habitude de crier « byistro » (« vite ») pour se faire servir plus rapidement au cabaret. Le problème est que « bistro » n’est attesté que depuis 1884 et « bistrot » depuis 1892 - ce qui rend l’hypothèse assez hasardeuse. Du coup, on s’oriente vers le Poitou, où « bistraud » signifiait « petit domestique » : le mot pouvait donc désigner le jeune employé aidant le marchand de vin ou le cabaretier. Pour soutenir cette hypothèse, on allègue les termes « bistingo », qui voulait dire « cabaret », ou même « bistouille », qui désigne un mauvais alcool un peu trafiqué (d’où la nécessité de le « touiller » pour le mélanger). Après tout, peu importe. Un bistrot, c’est un café où l’on est à l’aise, parce qu’il ne se la joue pas. Depuis une vingtaine d’années, cela peut même être un petit restaurant sans prétention (ou qui profite de cette image pour être un peu plus cher qu’il ne devrait…). Et puisque au fond on ne sait pas très bien d’où nous est venu ce vocable, aux allures un peu canailles mais si sympathique, pourquoi ne pas décider que si nous donnons à notre café préféré le nom affectueux de « bistrot », c’est parce qu’il n’a rien à voir avec… quoique ce soit de bistre et de sinistre. C’est parce que son nom rime avec Poulbot. Que c’est un lieu rigolo où tout marche au trot, où l’on peut attendre le résultat des courses de chevaux et jouer au loto, où l’on se sent si bien que l’on n’en a jamais assez ni trop, et qu’on a envie d’y crier « bis », et pourquoi pas, d’y faire des bises ! JEU DE MOTS : devinette (MFI) Question : Qu’est-ce qui sonne pareil à l’oreille mais a un rapport inverse avec l’idée de « couler » ? Réponse : L’[ãkR]. Car si nous avons tous des souvenirs de mains ou de cartables tachés et si certains événements font couler beaucoup d’encre, l’ancre a pour mission d’immobiliser le bateau et donc de l’empêcher de couler. MOTS D’AUJOURD’HUI : Epizootie/panzootie (MFI) Il est aujourd’hui rare d’ouvrir un journal – ou même de lire sa une – sans y trouver un article ou des informations chiffrées sur la grippe aviaire, maladie qui affecte les oiseaux (de avis, oiseau en latin). D’où une floraison de termes désignant le phénomène et son ampleur présumée. S’ils ne sont pas nouveaux, leur usage est de plus en plus fréquent et ils sont en train de passer du vocabulaire savant ou spécialisé à celui de Monsieur Tout-le-monde. « Faut-il parler d’“épizootie” de grippe aviaire due au virus A (H5N1) ou, dès maintenant, évoquer une “panzootie” ? » titrait récemment Le Monde (25/02/2006). Comme souvent pour les mots liés à la médecine, c’est au grec que le français a emprunté. « Epidémie » désigne une maladie qui se propage dans la population (dêmos) d’un pays à une période donnée ; en revanche, si elle est habituelle, on utilise le mot « endémie » (en veut dire « dans »): par exemple, dans certaines zones, le paludisme est endémique. Lorsqu’une épidémie affecte un grand nombre de personnes, et sur une zone très étendue, voire dans le monde entier (pan signifie « tout » en grec), elle devient une « pandémie » et la situation est particulièrement grave. Si elle touche les animaux, elle est désignée par le terme « épizootie » (zôon = animal en grec). On comprend donc l’enjeu de la question posée par Le Monde : la grippe aviaire, qui semblait épargner certaines régions, est-elle en passe d’affecter les oiseaux du monde entier et de devenir une panzootie ? Si le mot est absent de la plupart des dictionnaires, ce qu’il désigne est très clair … et la réponse semble peu optimiste. Heureusement, on ne parle pas encore de pandémie ! Car nous serions alors tous concernés, et en premier lieu, bien sûr, ceux d’entre nous qui sont de drôles d’oiseaux… M.-C. Kirpalani | |||
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