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| 14/04/2006 | |||
| Littérature Le calvaire d’un journaliste contraint à l’exil | |||
| (MFI) Du journalisme à l’écriture, il n’y a qu’un pas. Que François Bikindou vient de franchir en publiant un premier livre (1). Intitulé Des rires sur une larme, le roman de l’ancien correspondant de la BBC au Congo-Brazzaville raconte l’histoire de Frédéric, un célèbre journaliste africain francophone, confronté à la cruelle condition de demandeur d’asile politique en Grande-Bretagne. | |||
| Des rires sur une larme, c’est le chemin de croix de Frédéric, le correspondant de la British International Broadcasting (BIB) en République de Malassa, un pays déchiré par une guerre civile particulièrement meurtrière, qui oppose l’armée régulière et la rébellion menée par Mapakassa. Les malheurs du jeune journaliste commencent lorsqu’il reçoit du chef de la rébellion une cassette audio contenant des déclarations hostiles au pouvoir en place. Informé, Flusi Morobé, le président de la République, est en colère et multiplie les menaces pour empêcher la diffusion du message du chef rebelle sur les antennes de la BIB. Ne se sentant plus en sécurité dans son pays, Frédéric part en exil. Le célèbre journaliste africain débarque alors en Grande-Bretagne. Très vite, il se rend compte que sa vie vient définitivement de basculer. De sa condition de star du micro, il ne reste presque plus rien. Le journaliste, autrefois adulé et même craint, fait désormais partie de ce que le Britannique ordinaire considère comme une racaille... Un affamé, qui use de tous les subterfuges pour améliorer son sort. L’angoisse, le lot quotidien des demandeurs d’asile Avec force détails, François Bikindou décrit dans un style dépouillé le quotidien des demandeurs d’asile politique en Grande-Bretagne. Un quotidien où dominent le vice, le travail au noir, l’angoisse parmi les candidats au statut de réfugié, qui attendent le résultat des démarches engagées auprès du Home Office, l’office britannique de protection de réfugiés. Ce sentiment d’insécurité est renforcé par la non-maîtrise de la langue anglaise pour des demandeurs d’asile qui, comme lui, sont originaires de pays francophones : ils doivent s’en remettre à un traducteur pour raconter – imparfaitement- leur histoire. La solitude est l’autre grande réalité vécue ici. Plongé dans un milieu de laissés-pour-compte, Frédéric vit presque en vase en clos. Impossible pour lui de partager sa passion des livres avec les autres demandeurs d’asile, uniquement préoccupés par des considérations matérielles. Impossible de débattre des questions d’actualité. Frédéric sombre progressivement dans l’alcool et le sexe devenus des exutoires. Le livre évoque le caractère pernicieux du fonctionnement du Home Office, dont les agents font peser la présomption du mensonge sur toute demande d’asile politique. L’ancien journaliste en fait très rapidement la douloureuse expérience : sa demande, sans examen sérieux, est rejetée, sous le prétexte que la République de Malassa venait de se doter d’une loi… sur la liberté de la presse. Il ne se voit reconnaître le statut de réfugié politique qu’après un procès où la justice lui donne raison au détriment du Home Office. Le livre Des rires sur une larme est bien sûr un roman autobiographique. Pourquoi le choix de la fiction ? François Bikindou explique que c’est pour « pouvoir aborder en toute liberté des questions sensibles et délicates relatives à la situation politique de mon pays, et évoquer les difficultés des demandeurs d’asile en Grande-Bretagne sans craindre des procès.» Rejoint en Grande-Bretagne par son épouse et ses deux enfants, à la faveur de la procédure de regroupement familial, François Bikindou travaille actuellement comme animateur culturel à l’Alliance française de Manchester, et prépare son deuxième roman… sur la difficile reconversion des anciens dictateurs africains – ayant servi à l’époque du monolithisme – en démocrates. Gervais Nitcheu (1) Des rires sur une larme, François Bikindou, éditions L’Harmattan. | |||
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