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| 07/07/2006 | |||
| Façons de parler | |||
| AUTOUR D’UN MOT : Genre (MFI) Voilà un mot connu de tous ceux qui apprennent le français ! Car le genre leur en fait voir de toutes les couleurs, surtout si leur langue maternelle n’en comporte pas. Alors, masculin, féminin : glissons sur ces distinctions qui fâchent. Attardons-nous un instant sur l’expression « mauvais genre ». Utilisée auparavant pour désigner des personnes (de genre…féminin, la plupart du temps) dont l’habillement ou la conduite semblait annoncer une moralité douteuse, elle était en général prononcée avec une intonation sévère accompagnée d’une moue réprobatrice. Eh bien, depuis quelque temps déjà, elle s’énonce avec un sourire soulignant le second degré du propos : en effet, utilisée dans un contexte où il est question des genres littéraires, « les mauvais genres » (roman policier, bande dessinée) se revendiquent paradoxalement comme passionnants, même si les traditionalistes les estiment encore souvent inférieurs aux genres nobles que sont le roman, le théâtre et la poésie. C’est ainsi que jusqu’à l’an dernier existait un site – mauvais genres.com – consacré au roman policier. Plus récent est l’usage qui consiste à faire de « genre » une expression plus ou moins adverbiale. D’abord cantonnée aux jeunes, elle commence à se répandre mais reste confinée aux échanges oraux. En général précédée par une très légère pause, elle a plusieurs sens : – « à peu près », « environ », « par exemple » : « J’aurais bien aimé y être pour genre neuf heures » ; « Il est un peu comme mon cousin, genre ». – « comme si » (souvent lorsqu’on réagit au propos de quelqu’un) : « Tu pourrais donner cette lettre à Isabelle, demain ? » « Genre j’y vais tous les jours, chez Isabelle ! » (Comme si j’y allais tous les jours !) Dans un dialogue, elle est assez souvent employée ironiquement : « Je suis sûr que tu vas gagner au loto » « Ouais, genre ! » (Comme si c’était mon habitude ! Oui, c’est ça !) JEU DE MOTS : Devinette Question : Je suis à la fois un habit, une danse, une œuvre musicale célèbre : qui suis-je ? Réponse : « Boléro ». Le boléro est une danse espagnole, plus particulièrement andalouse, de rythme ternaire. Elle aurait été inventée par le danseur Sebastian Cereso, surnommé « el bolero » parce qu’il portait un gilet brodé typiquement andalou. Bientôt, le mot désigna en France une petite veste courte, sans manches, portée par les femmes. Mais le Boléro, c’est une œuvre au rythme lancinant que Maurice Ravel composa rapidement et un peu par hasard pour remplacer une musique qui devait être utilisée pour un ballet. Dans son dernier roman, Ravel, l’écrivain français Jean Echenoz nous raconte l’histoire de cette oeuvre devenue mondialement célèbre. MOT DU CORPS : Le pied (MFI) Pas besoin d’écouter le Boléro de Ravel pour entrer en mouvement et même avoir le tournis : il suffit de se mettre à « voir » certains expressions de la langue française. Regardez bien ! Elsa piétine un peu devant le cinéma : à l’image des péripatéticiennes arpentant le trottoir à la recherche de clients, elle fait le pied de grue en attendant son copain Romain. Elle n’est pas contente, mais c’est normal : sa journée a mal commencé car elle s’est levée du pied gauche. Elle se promet, quand il arrivera, de mettre les pieds dans le plat et de lui dire brutalement qu’il lui casse les pieds et qu’elle ne supporte vraiment plus ses retards. Dire qu’elle a fait des pieds et des mains pour arriver à l’heure ! Elle a même eu le temps de faire dix minutes de queue pour acheter les billets. Et qu’il ne s’avise pas, pendant la séance, de lui faire du pied pour la draguer ! Il ne montre vraiment aucune considération à son égard et elle en a assez de se faire marcher sur les pieds. Elle n’est quand même pas pieds et mains liés : elle a sa marge de manœuvre ! D’ailleurs, n’est-ce pas Clément qui fait la queue ? Parfait ! C’est le pied ! Il va remplacer Romain au pied levé. Ce ne sera que justice : Romain ne lui arrive pas à la cheville… Marie-Claudette Kirapalani | |||
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