Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Culture Société Liste des articles

15/09/2006
Femmes en politique : la longue marche vers l’égalité

(MFI) Bien sûr, çà et là, des femmes accèdent au pouvoir suprême. Mais ces consécrations individuelles ne sont pas toujours le signe d’une émancipation de leurs semblables dans le pays où elles vivent. En France, la représentation féminine en politique continue d’accuser un retard considérable par rapport à de nombreux pays d’Europe du Nord mais aussi d’Amérique du Sud ou d’Afrique. Catherine Achin et Sandrine Lévêque analysent dans leur essai Femmes en politique les raisons de cette sous-représentation.

Angela Merkel en Allemagne, Michèle Bachelet au Chili, Ellen Johnson-Sirleaf au Libéria, sont parvenues au sommet du pouvoir. En France, Ségolène Royal pourrait être la candidate du parti socialiste en 2007, mais ce phénomène cache mal les difficultés des femmes à accéder à la représentation politique. Les auteurs de Femmes en politique, maîtres de conférence en sciences politiques et chercheurs, font remonter à la Révolution française les causes de cette quasi absence des femmes en politiques. En effet, dès cette époque, des femmes prennent part à l’événement comme elles participeront à tous les mouvements sociaux et politiques des siècles suivants. Mais, comme à chaque fois, les avancées qui seront réalisées en partie grâce à elles ne leur profiteront guère. Si elles accèdent au statut d’individu en 1789, elles le perdent dès 1804 avec la promulgation du Code civil. Les auteurs soulignent également que la France est l’un des pays où le délai entre les dates d’accès au suffrage universel pour les hommes et les femmes est le plus long. Tandis que la gent masculine est autorisée à se rendre aux urnes dès 1848, les femmes n’accèderont à l’isoloir qu’à partir de 1944, soit près d’un siècle plus tard. Ce siècle de tergiversations au sujet de leur droit à devenir citoyennes à part entière pourrait en partie expliquer la faible représentation féminine de nos jours mais les auteurs en identifient d’autres.
Si les femmes sont présentes depuis longtemps à tous les niveaux de la société, leur accession aux responsabilités n’en demeure pas moins problématique. Dans le monde du travail comme dans celui de la politique, leur action est appréciée mais elles restent cantonnées à des tâches subalternes par un encadrement majoritairement masculin. La femme, mère et épouse, continue d’assumer les charges du foyer et ne se voit guère offrir de responsabilités à l’extérieur. A cette question de mentalité très française, s’ajoute la direction prise par les différents mouvements féministes français qui ont souvent privilégié la libération de la femme en tant qu’individu plus que comme citoyenne. Résultat : les femmes sous représentées en politique le sont également dans le mouvement syndical. Seul le milieu associatif, lorsqu’il concerne la famille, est épargné par ce phénomène.
Celles qui accèdent aux plus hautes fonctions ne sont souvent, soulignent les auteurs, que des professionnelles de la politique mues par une ambition personnelle. Leur réussite n’annonce aucune réelle avancée des femmes. De fait, en 2007, le parti socialiste sera peut-être représenté par Ségolène Royal à l’élection présidentielle mais la France se placera toujours au 84e rang mondial en ce qui concerne la représentativité des femmes dans une assemblée parlementaire, loin derrière le Rwanda (1er), le Mozambique (10e) ou l’Afrique du Sud (14e).


La parité peut-elle se décréter ?

Faut-il pour autant désespérer du pays de Condorcet qui écrivait en 1790 à propos de l’admission des femmes au droit de cité : « Je crois que la loi ne devrait exclure les femmes d’aucune place… Songez qu’il s’agit des droits de la moitié du genre humain […] » ? Pas si sûr. La loi sur la parité votée en juin 2000 (qui oblige à ce qu’une liste électorale comporte un nombre égal de femmes et d’hommes en position éligible) devrait contribuer à améliorer l’équilibre entre représentation masculine et féminine. A condition qu’elle ne subisse pas trop de contournements. Une révision des modes de scrutin et du découpage électoral pourrait également contribuer à augmenter la visibilité des femmes en politique. De plus, soulignent les auteurs, « les femmes occupent désormais une place grandissante dans l’espace public. » Une réalité incontournable qui favorisera tôt ou tard l’entrée massive des femmes en politique. A ce stade, il ne resterait aux femmes qu’à accumuler l’expérience nécessaire pour être en mesure d’imposer à ce monde d’hommes des valeurs nouvelles, dites féminines, qui seraient bienvenues dans un milieu particulièrement sclérosé aujourd’hui. Reste à espérer que l’évolution promise ne débouchera pas sur une « révolution conservatrice » ou ne se fera pas pour le seul profit d’une élite féminine qui reproduirait les comportements masculins. Un livre indispensable pour saisir les enjeux de la représentation féminine en politique.

Geneviève Fidani


Femmes en politique, Catherine Achin, Sandrine Lévêque, La Découverte, Collection Repères, 110 pages.



retour